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Je suis triste. Par André Chassaigne

 

Le 3 décembre 2014, je rencontrais Charb pour échanger avec lui sur le devenir de Charlie Hebdo. Il m’avait alors chargé d’être le porteur d’un amendement sur la presse à la loi de finances, qui est devenu ensuite « l’amendement Charb », et que Pierre Laurent a pu faire adopter au Sénat au lendemain de la tragédie de ce début d’année.

 C’est ce soir-là qu’il m’avait si gentiment offert l’illustration de ma carte de vœux pour 2015. J’avais alors fait le choix d’accompagner son dessin et mes vœux du texte suivant :

 « En remerciant l’ami Charb, dessinateur et directeur de Charlie Hebdo, pour l’illustration de cette carte de vœux, je voudrais attirer l’attention sur la crise que rencontre aujourd’hui, pour reprendre ses mots, « les titres imprimés sur du bon vieux papier ». Charlie Hebdo n’y échappe pas, l’Humanité et l’Humanité Dimanche non plus, et bien d’autres titres de la presse écrite.

 A la fin de l’éditorial fondateur de l’Humanité, le 18 avril 1904, Jean Jaurès déclarait que « Faire vivre un grand journal sans qu’il soit à la merci d’anciens groupes d’affaires est un problème difficile, mais non pas insoluble ».

 Alors que la guerre économique s’accompagne de ce qu’il faut bien appeler une puissante guerre idéologique, mobilisons-nous pour sauver les titres qui nous sont chers et aujourd’hui gravement menacés ».

 J’ai ensuite eu le sentiment douloureux d’« avoir été Charlie » avant l’heure. Mais j’ai eu aussi le regret de n’avoir pas cité d’autres titres, comme le Monde Diplomatique, lui aussi très menacé, et bien évidemment La Terre.

 Alors que je viens d’envoyer, en urgence comme chaque fin de matinée de lundi, ma chronique pour La Terre, je suis triste. C’est la dernière de l’hebdomadaire que j’aimais tant. Ce journal qui a tant marqué la conscience de générations de ruraux et qui disparaît sous sa forme actuelle.

 Je pense à un paysan de mon village aujourd’hui disparu. Je n’étais pas encore élu. Alors que je lui proposais de s’abonner à « notre » journal, il avait eu cette réponse : « La terre, je la lis pas, je la travaille ! ». Puis, La Terre, il s’était mis à la lire, avait levé la tête… puis il avait adhéré au Parti Communiste Français. Il n’avait pas été le seul.

 40 ans après, je mesure le chemin parcouru dans notre petit coin d’Auvergne. Comment ne pas être triste aujourd’hui ?

 

André Chassaigne

Tag(s) : #AGIR AVEC LE PCF

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