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Les communistes et sympathisants de la section Oswald Calvetti tiennent une assemblée toutes les quatre semaines. À chaque réunion, un rapport politique introduit une discussion-tour de table d’une heure environ avant que l’on passe aux autres points à l’ordre du jour et à la préparation des actions sur notre territoire.

 
Contrairement à des habitudes anciennes, ce rapport est présenté par un(e)camarade différent(e) à chaque fois. Et, peu à peu, le cercle s’élargit. Comme d’ailleurs les contenus, les angles d’attaque, le style.
 
Notre dernière assemblée a jugé que Rouge Cerise, qui accueille volontiers des articles venus de « l’extérieur », serait parfaitement indiqué pour proposer le dernier rapport, présenté par notre camarade Bruce Royer, du Thor, qui a été très apprécié et a permis une discussion nourrie et passionnée.  
 
 
Rouge Cerise

 

 

 

Le mois dernier, Roger a mis en parallèles la situation politique que nous vivons et celle  de 1938. Pour ma part,  sans aucune prétention historique ni littéraire, j’aimerais vous projeter 10 ans plus tard, en 1948 et, à travers le roman d’anticipation qu'a  écrit cette année-là l’écrivain anglais George Orwell, vous faire part de  quelque réflexions.

Comme beaucoup sans doute,  à la première lecture  de « 1984 » ne m’est resté en mémoire  que ce slogan « Big Brother is watching you » (*) symbolique du  régime autoritaire et omnipotent d’Océania.

« Big Brother is watching you »…il est si facile de résumer l’univers de George Orwell à ce seul slogan , facile de faire le parallèle avec  les KGB , NKVD , et autres polices politiques.

D'autant plus qu'il était et qu'il est toujours  dans  l'air du temps de penser qu'un régime autoritaire ne peut qu' être soviétique en oubliant que d'autres dirigeants que le petit Père du peuple ont porté la moustache, que des polices politiques animées par les très sympathiques McCarthy et Edgar J. Hoover sévissaient aussi plus à l'ouest à cette époque.

Tellement facile que quelques jours après la disparition de l'Union soviétique certains journalistes, n'ayant sans doute lu du roman que le résumé de la 4ème de couverture, ont pu commenter l’événement en disant que finalement Orwell avait eu tort, et que la liberté avait enfin triomphé !

Mais pourrions-nous en 2015 classer encore ce récit dans les romans d'anticipation?  Rien n'est moins sûr…

Aujourd’hui,  pour nous surveiller, ceux qui nous gouvernent  ont à leurs disposition bien plus que ce télécran fixé au mur, allumé en permanence, dont on ne pouvait se cacher qu'en se recroquevillant dans un recoin de la pièce.

Nos Smartphones, nos cartes de crédit, la NSA et ses grandes antennes, les caméras de surveillance et les radars routiers  nous localisent et les tiennent informés de toutes nos activités.

Google, Facebook, Apple, et bien d'autres multinationales ne sont pas en reste.

Seules les capacités techniques forcément limitées du  traitement de cet amas gigantesque de données nous laissent encore un certain répit et ne permettent pour l'instant qu'une surveillance rétroactive.

Ainsi que ce n'est qu'après les attentats de janvier que l'on s’aperçoit que nous avions toutes les informations nécessaires pour prévoir ce qui allait se passer : difficile de dire si ce constat est effrayant ou d'une certaine façon rassurant pour de justes luttes futures.

Winston Smith, le personnage principal de « 1984 »  modeste fonctionnaire, remanie sans cesse  les archives historiques afin de faire correspondre le passé à la version officielle du Parti.

Est-ce vraiment différent de ce que fait Robert Ménard, maire de Béziers, lorsqu'il renomme la rue du 19 mars 1962 pour lui donner le nom de Denoix de Saint Marc, mettant en avant un passé incontestable de résistant durant la guerre afin de mieux occulter son action dans l'OAS et lors du putsch des généraux contre la république.

Est-ce vraiment différent de ce que fait  Manuel Valls lorsque, oubliant ses propres 5,63 % à la primaire socialiste, pour imposer sa politique libérale, il s’appuie sur la légitimité des  51 % obtenus en 2012 au deuxième tour ( en oubliant l’apport des 11% du Front de Gauche !) par un candidat Hollande seule pâle alternative de gauche à la droite bling-bling de Sarkozy ?

Certains sont même persuadés  que  Pétain aurait sauvé les juifs français, cependant que d'autres mettent en cause le rôle des Soviétiques dans la libération des camps nazis.

Les exemples ne manquent pas de ces « petites » entorses à l'histoire et si nous communistes ( et d’autres démocrates, car nous ne prétendons pas avoir l'exclusivité de la mémoire ) nous  n'avons pas besoin d'être convaincus que Jaurès aurait forcément réagi en entendant Sarkozy se réclamer de son héritage, si nous savons pertinemment que le 1er mai est la Fête du travail et non celle de Jeanne d'Arc, il nous faut sans cesse le rappeler à tous ceux qui, par facilité, finissent par prendre pour des vérités ce qu'il entendent à longueur de journée.

Lorsque paraît dans La Provence un article présentant la commémoration, le 15 mars dernier, de l’assassinat de notre camarade Louis Lopez comme une initiative du « Souvenir Français »,  occultant le rôle de la section locale du PCF, avec une photo dont le cadrage choisi met en scène un candidat aux élections totalement étranger à cette commémoration, je me dis que les archives n'ont même  pas besoins d'être réécrites. À peine créées, elles vont déjà dans le sens de ce que souhaite le système.

Quant à la novlangue, langue officielle d'Océania, sans cesse révisée et simplifiée, destinée à empêcher toute critique et dont l’objectif ultime est d'aller jusqu'à gommer l'« idée » même de  critique, elle semble partout triompher. Le vocabulaire des lycéens oscillerait entre 800 et 1600 mots, et 300 mots seraient suffisants pour survivre. Twitter quant à lui limite nos idées à 140 caractères nous contraignant à des raccourcis et des slogans peu propices à la réflexion.

Alors oui M. Macron, les ouvrières des abattoirs GAD  sont peut-être bien illettrées, mais à qui la faute ?

La faute à un système éducatif qui, bien qu'il soit le plus gros budget de l’État, ne semble pas être sa priorité, la faute à une formation professionnelle inexistante, la faute aux salaires de misère et à une vie difficile.

La faute surtout à une stigmatisation permanente et démotivante relayée par les médias et les partis politiques dans le vent. Il n'est pourtant pas honteux d’être ouvrier, travailleur manuel, immigré ou  fonctionnaire, il n'est pas honteux de  percevoir des allocations chômages ou le RSA  ou de revendiquer de meilleures conditions de vie. Il serait tout à l'honneur de ceux qui se réclament de la  gauche de le rappeler. Il serait tout à leur honneur de mettre en avant l’éducation, le civisme, et de donner une conscience politique et historique aux jeunes au lieu de les inciter à devenir milliardaires.

Mais malheureusement, la contribution du système libéral au vocabulaire de la novlangue est  immense : arriver à résumer dans  ce mot « charges »  que l'on nous répète sans cesse,  les concepts  de  droits sociaux, de juste demande de salaires décents et de partage de richesses, ramener au seul mot de « passéiste » tous les combats de ceux qui luttent pour conserver et améliorer des droits chèrement acquis, et surtout arriver à supprimer du débat et à transformer en gros mots le syndicalisme, l'engagement politique  ou le concept même de lutte des classes. Ils ont mis du temps mais ils y sont arrivés à démotiver les classes populaires…

Messieurs  Mulliez et Juniac, respectivement patron d'Auchan et PDG d'Air France, peuvent se réjouir, eux pour qui acquis sociaux et justice sociale sont des concepts d'un autre temps, leurs propres acquis plus personne n'ose les mettre en cause.

Les dirigeants d'Océania considèrent Emmanuel Goldstein comme l'ennemi du peuple. Celui-ci, dans son Manifeste, suggère que le pouvoir emploie la misère à des fins politiques et attribue les pénuries à une stratégie délibérée plutôt qu'à un échec économique. Nous savons que cela a toujours été et sans doute le restera encore longtemps…

Alors comment réveiller la flamme et amener la population à prendre part à son avenir,  à acquérir cette conscience politique qui lui fait défaut, comment amener les citoyens à réfléchir et s'interroger sur la réalité de ce que leur présentent quotidiennement journaux, radios, télévisions ou  maintenant « réseaux sociaux »,  aux mains des grands groupes surtout soucieux de leur propres intérêts?

À nous, par nos actions, de faire revenir dans le vocabulaire courant l’idée de lutte des classes et de nos droits. À nous de redonner une certaine fierté à ceux qui n'en ont plus.

Ces élections départementales en ont été quelquefois l'occasion, malgré les tentatives d'un certain premier ministre de surjouer et d'instrumentaliser la peur avec pour résultat l'effet inverse, celui de permettre à ceux qui se sentent dépossédés de leur droit d'avoir l'impression de s'exprimer  à travers un parti qui profite de leur ignorance.

À nous aussi  de ne pas oublier que le « traître » Emmanuel Goldstein de 1984 est aussi une création des dirigeants d 'Océania pour conserver la main mise sur la population, et que, dans ce rôle, il n'est pas sans rappeler la place donnée au Front National dans notre espace public.

Alors bien sûr, nous ne sommes pas encore dans la société totalitaire décrite dans le roman d' Orwell, mais les méthodes et les fondations sont en place et il nous faut aujourd'hui adapter nos actions et nos propres méthodes de luttes à cet assoupissement général des consciences qui n'augure rien de bon.

 

Bruce Royer

 

(*) "Big Brother" vous regarde

Tag(s) : #SE FORMER - COMPRENDRE

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