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Communiqué de la FSU Vaucluse, le 2 avril 2015

 

 

Des « palmarès des lycées » au projet du Rectorat sur le bassin d'Avignon: l'enseignement privé encore favorisé ?

 

Les « palmarès des lycées » sont de retour... Dans le Vaucluse, comme au niveau national, les lycées privés sont ainsi présentés en tête dans les journaux ou sites d'informations, qui construisent différents classements, à partir des données du ministère de l'Education Nationale. L'édition du 1er avril 2015 de Vaucluse Matin, présente par exemple un classement en fonction des taux bruts de réussite au bac, qui fait apparaître des établissements privés aux 3 premiers rangs pour les lycées généraux et technologiques (avec même 5 lycées privés sur les 6 premiers) et aux 1er et 3ème rangs pour les lycées professionnels.

Pour la FSU84, la promotion faite ainsi au privé, sur des bases dépourvues de véritables analyses, est un facteur de plus nuisant au service public d'Education. La FSU84 la dénonce d'autant plus que les projets actuels du Rectorat d'Aix-Marseille, concernant les lycées publics du bassin d'Avignon, risquent de les pénaliser davantage encore, face à la concurrence des lycées privés.

 

«Palmarès des lycées»: des bricolages statistiques qui font la promotion du Privé

L'affichage des taux bruts de réussite au baccalauréat est la mesure la plus trompeuse, puisqu'elle efface totalement les effets des déterminants socio-professionnels et de la sélection des meilleurs élèves : les établissements qui concentrent les élèves de milieux favorisés et accueillent peu d'élèves de milieux défavorisés et qui peuvent sélectionner leurs élèves, tels les lycées privés (et un tout petit nombre de lycées publics élitistes), ont forcément d'excellents résultats. La prise en compte de la prétendue «valeur ajoutée» d'un lycée (la différence entre les résultats obtenus et les résultats qui étaient attendus, compte tenu des caractéristiques scolaires et socioprofessionnelles des élèves) n'est pas non plus très fiable. Si la proportion d'élèves issus de milieux défavorisés sur un plan socio-culturel et plus généralement, d'élèves ayant des difficultés, est moindre et s'ils sont sélectionnés, cela permet de les faire progresser plus facilement : c'est pourquoi en terme de « valeur ajoutée », des lycées privés apparaissent encore parmi les mieux classés. Il faut rappeler, en outre, que le Privé sous contrat (la quasi totalité des établissements) bénéficie en terme de moyens, à la fois de fonds publics massifs (qui couvrent 100 % des frais de personnels et de fonctionnement), et des frais d'inscription des familles.

 

Un élément de plus pour jouer la concurrence public/privé, au détriment de la mixité sociale dans le public

Ce type de palmarès ne fait que favoriser le privé dans sa concurrence avec le public. Concurrence qui entrave déjà la mixité sociale dans le public, au détriment de son efficacité, du fait de la concentration toujours plus forte des élèves de milieux favorisés dans le privé et des élèves de milieux défavorisés dans le public. Les statistiques officielles, établies par le Ministère de l'EN dans « Repères et références statistiques », le montrent. De la rentrée 2003 à la rentrée 2013, la proportion d'élèves de milieux très favorisés (« favorisés A ») est passée de 30,5 à 36,7 % d'élèves dans le secondaire privé (sous contrat), de 19 à 20,6 % dans le secondaire public. La proportion d'élèves de milieux défavorisés est passée de 23,8 à 19,4 % dans le secondaire privé, de 39,3 à 39,4 % dans le secondaire public.1

 

Bassin d'Avignon : des projets du Rectorat qui pénaliseraient encore les lycées publics

Or la concurrence public/privé, l'évitement du Public, par des familles aisées pour l'essentiel, et les phénomènes de sé- lection sociale et scolaire, favorisant le Privé, risquent d'être aggravés, dans le bassin d'Avignon, par les projets du Rec - torat d'Aix-Marseille. En effet, le Rectorat prévoit de spécialiser les lycées publics, en fonction d'abord des filières technologiques, dans une logique de pôles (santé au lycée René Char, tertiaire au lycée Aubanel, sciences au lycée Philippe de Girard, arts et culture au lycée Mistral). Ainsi, chaque lycée, en se spécialisant, verrait son offre de formation se réduire plus ou moins, y compris dans les filières générales. Sur l'ensemble du bassin ce serait aussi, pour les élèves et leurs familles, une dégradation en terme d'accès à une offre de formation de proximité. Il est évident que ce serait les lycées privés d'Avignon qui profiteraient de ce contexte, pour développer les filières, d'abord générales, minorées dans le lycée public voisin, avec la possibilité de sélectionner les élèves, renforçant encore son attractivité pour les élèves ayant les meilleurs résultats et plus globalement, pour les familles les plus aisées.

La situation actuelle du lycée Aubanel est particulièrement significative, car au moment où le Rectorat prévoit cette spécialisation des lycées d'Avignon, il réduit de façon sévère les moyens du lycée Aubanel, ce qui affectera forcément ses filières générales. C'est pourquoi, pour défendre leurs moyens d'enseignement et pour montrer leur opposition à la politique du Rectorat sur le bassin, les enseignants du lycée se sont mobilisés, notamment par une grève majoritaire (60 % de grévistes), le 24 mars dernier.

 

la FSU Vaucluse

 

 

1. D'après les données les plus récentes fournies par le Conseil général (compilées par le cabinet indépendant Géocéane, à partir des données de l'Administration de l'EN), le Vaucluse n'échappe pas globalement à cette logique (plus accentuée encore qu'au niveau national dans le cas d'Avignon). De 2005 à 2011, dans les collèges privés, la proportion d'élèves de milieux très favorisés est passée de 29,6 à 32,9%, la proportion d'élèves de milieux défavorisés est passé de 21,4 à 20,8%

 

 

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Lire le numéro d'avril 2015

 

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Tag(s) : #JE LUTTE DES CLASSES

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