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Illustration http://www.charpi.fr

 

Les derniers  déboires immobiliers et judiciaires du couple Balkany sont l'occasion de retrouver le portrait du "grand copain de Nicolas Sarkozy" réalisé pour l'Humanité par le journaliste et écrivain Pierre-Louis Basse en  Janvier 2014.

 

Patrick Balkany, le cador de Neuilly-sur-Seine

Je vais vous dire : j’aime bien Patrick Balkany. C’est sans doute ce qui se fait de mieux dans une démocratie dévoyée. Usée jusqu’à la corde, par ces quelques figures qui auront traversé le temps des affaires et de la vulgarité, comme on traverse un boulevard, un jour d’automne pluvieux. Je dois dire que, dans cette cour des miracles, Balkany est un cador. Et puis les affreux jouent en couple. On dirait un scénario ficelé par Audiard. Même un peu à droite, je demeure convaincu qu’Audiard se serait régalé. Il y a Patrick, le toujours hilare. Et il y a Isabelle, la toujours teigneuse. On dirait du Ceausescu de banlieue. Vous vous rappelez, les agapes au pistolet ? Les bagnoles rutilantes dans la cour de la mairie ?

C’est du lourd tout de même ! Balkany est un garçon qui invente la présomption d’innocence aux mains pleines. Qu’il soit, dit-on, le grand copain de Nicolas Sarkozy ne fait pas de l’ancien président un coupable de quoi que ce soit. En revanche, je crois bien que cela m’interdit d’avoir le moindre respect pour cette triste cour de récréation. Comme dirait joliment Edgar Morin : « Je méprise leur mépris. »

Figurez-vous que chaque matin, en me rasant, je me félicite que ces types ne soient plus au pouvoir. Alors je vous vois venir… Vous allez me dire, oui, mais tout de même, cette gauche que nous avons portée au sommet de l’État est parfois… Comment dire… Un peu gauche… Certes ! Mais en attendant, cette gauche, je la préférerai toujours aux affreux…

Revenons à notre ami. Le cador de Levallois. L’homme qui a toujours voulu, avec Schuller (Clichy) et Sarkozy (Neuilly), réaliser le triangle juteux du Grand Ouest. Ou plutôt le triangle des bermudas. C’est très utile, les bermudas. Je pense à ce pauvre Didier Schuller comprenez-vous… Les bermudas, ça aide à lutter contre le soleil des Antilles, où il a bien fallu fuir cette sale justice française qui n’en finit plus de régler ses comptes. Didier Schuller justement. Eh bien c’est lui qui se met à table, dites-moi, dans le dernier livre de Gérard ­Davet et Fabrice Lhomme (French Corruption, Stock). Pas triste !

L’ancien patron de l’office HLM du 92 ­raconte ainsi comment il aurait convoyé au Liechtenstein des commissions tout à fait occultes versées par des entreprises de BTP. Au passage, le personnage au bermuda, de nouveau candidat à la mairie de Clichy, accuse les ­Balkany d’avoir mis dans leur fouille une partie du magot, via un compte en Suisse. Je vous passe d’autres détails. Des broutilles pour ces gens-là. Soupçons d’avoir emmené un policier municipal faire le chauffeur du côté de Saint-Martin. Emplois fictifs. N’en jetez plus. La coupe des Balkany est pleine. Sacré Balkany. Je l’ai secoué, un jour d’interview, à la radio. Ce type est formidable : un aplomb et une morgue capables de redonner la vue à un aveugle. Alors quoi ? On se marre en attendant la prochaine histoire des affreux ? On en redemande ? On est triste surtout, et en rage. On observe monter la grande marée noire sur les côtes françaises. La marée d’extrême droite, qui ressemble, sur le fond, à la houle de la colère, de la frustration et de la nausée, devant de telles pratiques. De ­Cahuzac à ­Balkany, on mesure à quel point notre démocratie a laissé s’installer quelque chose de pourri dans le coin du décor.

On pense, naïvement, à ceux et celles qui vivent au quotidien, dans des HLM à l’abandon.

Au cœur même de Neuilly. Et l’on se dit, tranquillement, mais sûrement, qu’il y a décidément des révolutions qui se perdent.

 

Pierre-Louis Basse

 

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