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Il y a quelquefois certains non-évènement, repris pourtant en boucle par les médias, dont nous n'avons même pas envie de faire mention sur Rouge Cerise. Les inepties proférées par une femme politique anthropologue auto-proclamée au cours d'un talk-show télévisuel tardif et superficiel en font partie.

Les soutiens qu'elle a depuis reçus ne nous étonnent pas, et les postures faussement réprobatrices d'une partie de sa mouvance politique ne nous feront pas oublier les petites phrases sur " les fuites d'eau" ," la cinquième colonne islamiste ",  " les Auvergnats trop nombreux ",  " les vols de pains au chocolat " ou "l 'incapacité de l'homme Africain à entrer dans l 'histoire". En d'autres temps un président de ce même parti politique, à l'enseigne  maintes fois ripolinisé, avait parlé " du bruits et des odeurs " visant sans les nommer les Africains du quartier de la Goutte d’Or à Paris.

Aujourd'hui, le bruit est médiatique, omniprésent, relayant de pseudo "discours de vérité" et l'odeur, tenace, c'est celle nauséabonde et rance d'une époque que nous espérions révolue, l'époque du colonialisme, de la morgue et de la suffisance bougeoise , du poujadisme, et du repli sur soi.

Nous n'avons pas besoin de pointer le doigt sur   l'ignorance crasse de Nadine Morano pour constater l'extrème-droitisation du débat politique, nous croyons plus utile d'aider ceux qui se taisent à faire entendre leurs voix.

Mais lorsque au détour d'une page Facebook apparaît une "lettre ouverte à Nadine Morano ",  décapante et empreinte d'intelligence ( la lettre, pas Nadine ... ) écrite par un professeur d'histoire de la Cité scolaire Schuman-Perret au Havre, on a plutôt envie de la partager ...
 

R.B

 

Nicolas Huguenin·dimanche 27 septembre 2015

LETTRE OUVERTE À NADINE MORANO

 

Madame,
Je n'ai pas regardé votre prestation télévisuelle hier soir. Je sortais d'un concert où de magnifiques artistes avaient interprété des œuvres de Liszt, de Brahms et de Chopin, et, après tant de beauté sonore, l'idée de vous entendre débiter vos âneries avec une voix de poissonnière lepénisée me répugnait légèrement. Non, complètement, en fait. Mais ce matin, j'ai quand même pris sur moi et j'ai regardé huit (longues) minutes de votre intervention. Et permettez-moi de vous dire, madame, que la maladie dont vous souffrez – dite « maladie de la bouillie de la tête » – vous fait dire n'importe quoi.

Vous parlez de « race blanche » et de religion, en associant l'une et l'autre. Passons sur le fait que la « race blanche » n'existe pas, et que plus personne n'en parle depuis que les derniers théoriciens nationaux-socialistes ont été pendus à Nuremberg. Mais associer une religion à une couleur de peau, là, il fallait le faire ! Les Albanais sont blancs et musulmans. Desmond Tutu est noir et chrétien. Le pays musulman le plus peuplé du monde est l'Indonésie, habitée par... des jaunes. Ah, c’est compliqué, hein! D'ailleurs, si on ne peut pas changer de couleur de peau, à part Mickael Jackson, on peut toujours sans modifier son teint abandonner une religion ou en changer. Tenez, moi j'ai renoncé à la mienne et je ne suis pas devenu transparent pour autant – sauf quand j'essaie de draguer un grand brun aux yeux bleus dans un bar gay, mais ceci est une autre histoire. Et, au passage, en affirmant que la France est « de race blanche », vous laissez entendre que la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Réunion et Mayotte, ce n'est pas la France. C'est bien les patriotes en peau de lapin d'extrême-droite, ça ! Ça nous rebat les oreilles avec la France, mais ça raye de la carte cinq départements d'un coup.

Vous expliquez ensuite que la France a une identité judéo-chrétienne. Et là, pour une fois, vous n'êtes pas allée assez loin – sans doute parce que vous ne connaissez pas mieux l'histoire de la France que sa géographie. Non, madame, la France n'est pas judéo-chrétienne. Elle est catholique. Et elle l'est parce que, pendant mille trois cents ans, on n'a pas permis aux Français d'être autre chose. Juifs, cathares, vaudois et protestants le savent bien. Entre 496, date à laquelle Clovis a (selon la formule célèbre) embrassé le culte de son épouse, et 1790-1791, date à laquelle on s'est résolu à considérer les juifs et les protestants comme des citoyens à part entière, la religion n'a pas été une affaire de choix personnel. Ni même collectif. Les Français n'ont pas voulu être catholiques. Ils ont été contraints de l'être. Ce que les libéraux appellent « la concurrence libre et non faussée » n'est appliquée, en matière de religion, que depuis deux siècles. Le chevalier de la Barre était déjà mort. Jean Calas aussi. Et tous ceux qu'on avait massacrés au nom de Dieu, avant eux ; rançonnés par Philippe Auguste, marqués de la rouelle par Saint Louis, expulsés du royaume par Philippe le Bel, massacrés par toutes sortes de croisés, immolés par l'Inquisition, trucidés par Charles IX, pourchassés par les dragons de Louis XIV... Au passage, je trouve parfaitement dégueulasse votre tentative minable de récupérer les Juifs et les protestants pour alimenter votre petit commerce de la haine. Quand on sait ce qu'ils ont subi en France pendant des siècles... Il fallait une sacrée persévérance pour ne pas être catholique en France, alors. Heureusement, ce n'est plus le cas. Et moi, contrairement à vous, je m'en réjouis. En laissant les Français librement choisir leur religion, ou choisir de ne pas en avoir, on a des surprises. Et alors ? Cela porte un beau nom, madame Morano. Cela s'appelle la liberté de conscience.

Et c'est enfin la troisième et dernière remarque que je voulais vous faire, madame. Vous vous plaignez que, dans certains quartiers, on ne célèbre plus que 5 baptêmes, là où il s'en célébrait 250 il y a encore quelques décennies. Mais la faute à qui ? Aux musulmans, qui « envahissent » nos villes, ou aux catholiques, qui renoncent à l'être et n'obligent plus leurs enfants à fréquenter le catéchisme ? Et vous ne vous demandez pas pourquoi l'Église faisait fuir les fidèles ? Non ? Vraiment, vous n'avez pas une petite idée ? Ne serait-ce pas, je ne sais pas, moi, par exemple, parce qu'elle condamne encore les femmes qui prennent la pilule, et les hommes qui emploient un préservatif ? Ou parce qu'il est devenu insupportable d'affirmer, comme le font certains évêques, qu'une femme violée qui avorte est plus coupable que son violeur ? Ou parce que ça commence à se savoir, que certains curés tripotent les enfants de choeur dans les sacristies ? Ou parce que répéter que le mariage est un sacrement indissoluble, dans un pays où un tiers des couples divorcent, ça fait un peu “ringard” ? Ou parce que le double discours d'une Église riche à milliards en faveur des pauvres n'est plus tout à fait pris au sérieux ? Ou, tout simplement, parce que la foi, dans notre monde moderne, n'apporte plus de réponses suffisantes aux masses ? Et d'ailleurs, rassurez-vous, les catholiques ne sont pas les seuls concernés. Tenez, je vous parie que, dans deux ou trois générations, les musulmans de France ne mettront pas plus souvent les pieds dans une mosquée que moi dans une église... ou que vous dans une bibliothèque. C’est dire... Déjà, un tiers d'entre eux ne fait plus le ramadan.

Tout cela pour vous dire, madame, que votre vision d'une France réduite à ses seuls habitants « de souche » est non seulement insupportable moralement, mais aussi sacrément dépassée. Et que votre peur panique de tout changement, de toute modernité, est pathétique. Et presque risible. « Nous avons éteint dans le ciel des lumières qu'on ne rallumera plus », disait le député René Viviani en 1906. Et ce n'est pas en allumant les feux d'une guerre civile que vous ferez croire aux électeurs que vous brillez, madame. Tout le monde le sait : vous n'êtes pas une lumière.

 

 

Choix des illustrations Rouge Cerise

 

 

 

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Mercredi 21 octobre 2015 à 18h30 

Salle de l'antichambre, Mairie d’Avignon, place de l'Horloge

 

conférence–débat avec Maxime VIVAS sur le thème :

«  Le Vénézuéla et les médias »

 à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage :

 « Rouges les collines de Caracas ».

 

 

Pour une première approche du sujet de la conférence, vous pouvez vous rendre sur le site Le Grand Soir dont Maxime Vivas est co-administrateur.

 http://www.legrandsoir.info/_vivas-maxime_.html

Et l'article de Roger Martin

 

Soirée Organisé par France-Cuba et les Amis de l'Humanité

 

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Tag(s) : #TRIBUNE LIBRE

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