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Fanny Doumayrou Mercredi, 30 Septembre, 2015 L'Humanité.

 

C’est presque un rituel, désormais. Chaque année au mois de septembre, aux alentours de la Fashion week cruciale pour le secteur de l’hôtellerie parisienne, les femmes de ménage et équipiers sous-traitants du palace Park Hyatt Paris-Vendôme se mettent en grève, et gagnent.

Lors du premier conflit en 2013, ils ont obtenu un treizième mois et la suppression de la clause de mobilité, ce qui leur a permis de rester soudés.

En 2014, ils ont arraché une série d’avantages représentant environ 400 euros brut par mois.

Cette année, les 87 salariés, employés par la société sous-traitante Luxe et traditions, ont remis le couvert. Vendredi matin à 7 heures, trois jours avant le début de la Fashion week, la quasi-totalité de l’équipe a cessé le travail en portant une série de revendications formulées depuis plusieurs mois auprès de la direction de l’hôtel. « On pensait que le mouvement durerait plusieurs jours, a expliqué Claude Lévy, de la CGT HPE (hôtels de prestige et économiques), au rassemblement organisé hier midi devant l’établissement, rue de la Paix.

Mais les employeurs ont retenu la leçon. Dès la fin d’après-midi, on signait un protocole de fin de conflit qui a presque mis fin aux inégalités de traitement entre les salariés de l’hôtel et de Luxe et traditions. » « On a obtenu la majoration des jours fériés à 100 % au lieu de 50 %, la prise en charge de la mutuelle à 70 %, la prime de panier à 7 euros au lieu de 4 euros, une journée annuelle de récupération pour le temps d’habillage et de déshabillage, la prise en charge à 100 % des frais de transport », égrène au micro Nora Khalil, gréviste et déléguée du personnel CGT dans l’hôtel. De quoi élever aux alentours de 1 600 euros net par mois le salaire des femmes de chambre.

La victoire éclair ne l’étonne pas : « Depuis deux ans, la direction sait qu’on est solidaires, et pendant la Fashion week elle a besoin de nous. On avait présenté nos revendications en juillet, on voulait éviter ce conflit. Mais la direction n’a pas voulu négocier. Elle ne fonctionne que quand on arrête de travailler. »

 

« La paie c’est pas bon, 
il n’y a pas de treizième mois... »

Hier midi, les grévistes d’un jour s’étaient donc donnés rendez-vous pour fêter la victoire, aux côtés d’une quinzaine de collègues d’un autre palace parisien, le W Paris-Opéra, qui se lancent à leur tour dans la grève. La centaine de personnes participant au rassemblement a défilé, sous bonne escorte policière, du Park Hyatt jusqu’au W Paris-Opéra, situé à deux pas, au pied de l’Opéra. « Frotter, frotter, il faut payer ! » ont scandé les manifestants devant les vitres fumées de l’hôtel. Le palace, propriété du groupe Starwood, a ouvert en 2012 et compte 90 salariés, plus une trentaine de femmes de chambre et équipiers employés là aussi par la société sous-traitante Luxe et traditions. « Ici au W, on n’a rien, résume une femme de chambre gréviste. La paie c’est pas bon, il n’y a pas de treizième mois, la prime de panier est de 2 euros, c’est impossible de manger dans le quartier avec ça ! »

Les grévistes réclament un treizième mois, une augmentation du salaire et de la prime de panier, une mutuelle, et des plannings fixés quinze jours à l’avance. « Pour eux, c’est le début du combat comme nous en 2013, il va falloir deux ou trois conflits pour que ça avance », prévoit, confiante, Nora Khalil, du Park Hyatt Paris-Vendôme. Au W, il n’y avait aucun syndicat, mais fin 2014, des syndiquées CGT de la sous-traitance ont demandé la tenue d’élections professionnelles, qui se sont tenues en avril dernier. « Le directeur a mené une campagne terrible contre notre liste, mais la CGT a obtenu 78 % des voix au premier collège », a expliqué au micro Claude Lévy.

Comme il s’agit d’une délégation unique du personnel (DUP), les délégués du personnel siègent aussi au comité d’entreprise. Mais en se prévalant d’un article de la loi Rebsamen adoptée en août (*), la direction refuse de convoquer les élus de la sous-traitance aux réunions du comité d’entreprise. « Macron leur donne des ailes, et depuis cinq mois le comité d’entreprise est bloqué, déplore Claude Lévy. Mais nous sommes allés au tribunal, qui nous a donné raison. Dans un jugement du 22 septembre, il ordonne à la direction de convoquer les trois élus CGT. Le directeur m’a dit qu’il ne ferait pas appel, mais qu’il n’appliquerait pas la décision de justice. Il dit qu’il n’est pas d’accord avec les juges, mais avec M. Macron ! Il ferait mieux de s’asseoir à la table pour discuter, sinon son mépris va l’amener devant le tribunal correctionnel. »

Hier, la direction n’a pas répondu à nos sollicitations pour s’exprimer sur l’état des relations sociales dans l’entreprise. Les grévistes ont reconduit le mouvement pour aujourd’hui.

 

(*) Pochette-recul  dans la loi Rebsamen  Depuis 2008, les salariés de la sous-traitance peuvent se présenter 
aux élections de délégués du personnel dans l’entreprise utilisatrice. 
La jurisprudence a ensuite validé 
cette possibilité en cas de délégation unique du personnel (DUP). La loi Rebsamen du 17 août vient de casser cette avancée en alignant le mode d’élection de la DUP sur celle des comités d’entreprise, où les salariés sous-traitants ne peuvent pas se présenter. La CGT HPE va tenter de faire annuler cette disposition à travers une question prioritaire 
de constitutionnalité.

 

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Pour nos droits,

Contre la politique du MEDEF et de ses commis:

 

Jeudi 8 octobre, gève et manifestation

(CGT-FSU-Solidaires-UNEF-UNL)

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Tag(s) : #JE LUTTE DES CLASSES

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