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La violence patronale et l'exaspération salariale.

4 octobre 2015, CE extraordinaire d'Air France.

Ordre du jour : examen du plan de licenciements proposé par la Direction dans une réunion baptisée négociation.

Qui entend « négociation » est en droit de penser que seront examinées les propositions des parties concernées à savoir : le patronat et sa Direction, les salariés et leurs syndicats, le gouvernement à travers ses représentants au Conseil d'Administration.

Apparemment c'est mal entendre puisque maintenant depuis bien (trop) longtemps, la négociation ce n'est plus ça.

Patronat et Direction proposent un plan de licenciements minimum. Seule latitude pour les syndicats : contester le nombre de suppressions d'emplois dans une fourchette prédéterminée sous le chantage de recours à un plan B avancé par le gouvernement, bien entendu plus drastique que celui de la Direction, en cas d'échec de la fameuse « négociation ».

L'inconscient collectif des salariés supporte de moins en moins d'être la seule variable d'ajustement dans les plans capitalistes. L'exaspération gagne du terrain sans pouvoir s'exprimer.

Un jour d'octobre 2015, des responsables de la Direction d'Air France se retrouvent « sans chemise, sans pantalon » déclenchant les cris d'orfraie du patronat et des média dont on connaît la dépendance dans leur quasi-totalité vis à vis du patronat.

Où se situe la violence, la plus forte, la plus insidieuse, la plus pénalisante économiquement et humainement ?

Est-elle dans ces quelques chemises arrachées ou dans les drames humains que vont devoir vivre les licenciés et leur famille?

C'est bien le salarié qui subira le chômage, qui devra surmonter, s'il le peut, le sentiment d'inutilité du travail accompli dans l'entreprise pendant plusieurs années, d'être désigné comme responsable des difficultés à travers ses « acquis sociaux » (excusez l'emploi de ce gros mot disparu du langage patronal et gouvernemental) dans et hors entreprise.

Alors oui, mesdames et messieurs du patronat, mesdames et messieurs les ministres, mesdames et messieurs les spéculateurs de tout genre, ne vous y trompez pas, ce que vous qualifiez de violence est le début de l'expression aujourd'hui limitée mais appelée à grandir devant cette politique indifférente au sort des individus, dangereuse politiquement et écologiquement.

Monsieur Vals annonce des sanctions exemplaires. Vis à vis de qui ?

Un premier ministre de gauche devrait penser à combattre la violence primaire patronale source de réactions parfois vives mais explicables par le refus de l'inacceptable. Mais monsieur Vals est un homme de droite qui flanqué de ses seconds couteaux (Macron...) a choisi de conforter l'attitude patronale.

En sanctionnant les salariés d'Air France, c'est l'ensemble des salariés qui seront sanctionnés accentuant le sentiment d'injustice partisane forcément source de futures autres vives réactions.

 

Exigeons les nécessaires débats capables de déboucher sur de véritables négociations.

Les créateurs de richesses chez air France et ailleurs, ce sont les salariés légitimement révoltés par l'accaparement de ces richesses par des parasites financiers, par la mise en place de conditions de travail de plus en plus difficiles imposées unilatéralement. Pour contenir le vorace appétit capitaliste subsiste le code du travail. C’est le dernier verrou que veut faire sauter le patronat avec la complicité d'un gouvernement usurpateur dans son auto qualification de gauche.

Pourquoi pas des négociations à grande échelle ? Nous pourrions parler:

  • des autoroutes et de leur financement.

  • Du transport et des avantages et inconvénients du routier ou du rail.

  • Des services publics et de leur coût selon qu'ils soient confiées au privé ou non.

  • De la gestion de la santé et des rapports public-privé.

  • De la gestion privée des parkings municipaux.

  • De l'évasion fiscale et des mesures à prendre contre les fraudeurs.

  • Du quasi-monopole privé dans la réalisation d'établissements d'accueil aux personnes âgées.

  • Des réductions massives de ressources des collectivités territoriales sources entre autres d'une remise en cause de la culture populaire.

  • De l'introduction de la démocratie dans l'entreprise.

  • De la liberté de la presse et de l'information.

  • ...

  • Sur toutes ces questions, élus, partis politiques, syndicats, citoyens ont des avis et propositions sûrement différents de celles du patronat qui puisqu'elles ne peuvent s'exprimer institutionnellement s'exprimeront forcément par la rue et de façon plus ou moins sage.

Pierre Pradel

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T

 

« Tandis que l'acte de violence de l'ouvrier apparaît toujours, la responsabilité meurtrière des capitalistes, elle, se dérobe. »  J.JAURES

Voici un extrait de l'intervention de Jean Jaurès lors d'un débat avec Clemenceau 
à la Chambre des députés le 19 juin 1906, suite à un conflit social très violent à Fressenneville dans la Somme.

« Quand on fait le bilan des grèves, quand on fait le bilan des conflits sociaux on oublie étrangement l’opposition de sens qu’il y a dans les mêmes mots pour la classe patronale et pour la classe ouvrière. Ah, les conditions de la lutte sont terriblement difficiles pour les ouvriers ! Oui, la violence pour eux c’est chose visible.

Oui, la violence, c’est chose grossière… palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace, il est vu, il est noté. Un acte de brutalité, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges. Le propre de l’action ouvrière dans ce conflit, lorsqu’elle s’exagère, lorsqu’elle s’exaspère, c’est de procéder, en effet, par la brutalité visible et saisissable des actes.

Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale.

Cela ne fait pas de bruit ; c’est le travail meurtrier de la machine qui, dans son engrenage, dans ses laminoirs, dans ses courroies, a pris l’homme palpitant et criant, la machine ne grince même pas et c’est en silence qu’elle le broie. »

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Tag(s) : #TRIBUNE LIBRE

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