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Mardi, 24 Novembre, 2015
Humanite.fr

L'humeur de Gérard Le Puill

Devant les Gracques, le 21 novembre, le ministre de l’Economie a suggéré que les travailleurs qui défendent leurs conditions de vie et leur emploi avaient une part de responsabilité dans la radicalisation des auteurs de la tuerie du 13 novembre.

Grâce à Emmanuel Macron , nous savons désormais qui a armé mentalement les tueurs de la soirée du 13 novembre à Paris. Devant une assemblée des Gracques - ces sociaux démocrates plus libéraux que les sarkosystes en économie - il a suggéré le 21 novembre  que les hommes et les femmes qui se battent pour travailler dans des conditions dignes de l’époque dans laquelle nous vivons empêchaient certains jeunes de trouver leur place dans une  société où l’emploi devient chaque jour plus rare et plus précaire du fait des politiques gouvernementales de soumission au libéralisme.

Parlant des assassins, il a donc déclaré: «Nous avons une part de responsabilité, parce que ce totalitarisme  se nourrit de la défiance. Il se nourrit de cette lèpre insidieuse qui divise les esprits, et, si demain nous n’y prenons garde, il les divisera encore». Et le ministre dont la politique économique crée un peu plus de chômage chaque mois de plaider  pour «changer cette société en l’ouvrant». Comment?  «Je pense, a-t-il dit, que ce sont des fermetures dans notre économie, dans notre société, les pertes d’opportunités, les plafonds de verre qui sont mis, les corporatismes qui se sont construits  qui à la fois nourrissent de la frustration  sur le plan individuel et créent de l’inefficacité sur le plan économique».

Décoder le langage d’Emmanuel Macron est relativement facile en dépit de l’ambiguïté du propos. On peut raisonnablement penser qu’il ne visait pas un homme comme Philippe Varin  qui  a supprimé 11.000 emplois chez PSA Peugeot-Citroën, fermé l’usine d’Aulnay en 2012, jeté son personnel dehors  et fermé toute perspective d’embauche à bien des jeunes du 9-3  sur ce site  où travaillaient parfois leurs parents avant d’être licenciés. Non. Varin a été reclassé comme président du conseil d’administration d’Areva  en janvier 2005. Il a aussi été récompensé par les actionnaires, avec la caution  de Macron et des autres membres du gouvernement,  pour avoir supprimé ces 11.000 emplois dans l’industrie automobile. Il bénéficie à ce titre, d’une retraite chapeau d’un montant annuel brut de 299.000€ jusqu’à la fin de sa vie. Il a suffit pour cela, que son successeur,  Carlos Tavares , lui bricole un CDD de quelques mois  afin qu’il puisse justifier de 5 ans à la tête de Citroën, condition  d’ancienneté  permettant d’accéder à ce cadeau auquel il disait avoir renoncé en 2012.

Mais ce n’est pas ce «plafond de verre» que Macron visait devant les Gracques. En revanche, à supposer qu’un ouvrier d’Aulnay , licencié en 2012 ait utilisé ses indemnités de licenciement  et contracté un emprunt pour acheter une licence de taxis , on peut penser que, s’il a fait grève en 2015 pour tenter de préserver son métier contre la dérégulation engagée par Uber avec ses travailleurs précaires, ce chauffeur de taxis a, aux yeux de Macron, défendu «les corporatismes» qui «à la fois nourrissent de la frustration sur le plan individuel et créent de l’inefficacité sur le plan économique».

Ainsi donc , le ministre le plus protégé de François Hollande , l’homme dont des journalistes de l’Express du Monde et de quelques autres titres ont dressés ces derniers jours des portrait ridiculement élogieux, se conduit de plus en plus comme un esclavagiste dont l’obsession permanente est  le nivellement par les bas de toutes les conquêtes sociales du siècle passé avec la volonté  de les faire disparaître dès le début du siècle en cours.
Faut-il s’en  étonner? Non dans la mesure où  cet homme a été le rédacteur final du rapport Attali remis au président Sarkozy  en 2009 par Attali lui-même. Au point que  Sarkozy, qui a plus de flair politique que Macron, n’osa point à l’époque reprendre à son compte les propositions les plus libérales du tandem Attali-Macron.

Voilà la réalité. A supposer qu’il subsiste encore des doutes sur les intentions actuelles de ce ministre, il est possible de l’interroger sur ses propos du 21 novembre demain à l’Assemblée nationale, lors de question au gouvernement.

Gérard Le Puill


 

 

 

Tag(s) : #JE LUTTE DES CLASSES

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