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Cet article, publié dans notre de "Tribune Libre",   présente le point de vue de son auteur  et n 'engage ni la section Oswald Calvetti ni le Parti Communiste Français.

R.C.

  06 novembre 2015 |  Par Albertdaix

Article originale sur http://blogs.mediapart.fr/blog/albertdaix/061115/regionales-en-paca-votons-castaner-pour-perdre-gauche

 

Plus habitué à me découvrir devant un corbillard qu’à lui tirer dessus, je ne pensais pas écrire sur Christophe Castaner, candidat du Parti Socialiste aux élections régionales des 6 et 13 décembre 2015 en région Provence – Alpes – Côte d’Azur. D’autres avant moi se sont prêtés à l’exercice. Plusieurs rappelant son accointance libérale avec Manuel Valls et Emmanuel Macron dont il a rapporté la loi (lire le blog de Gérard Filoche pour une analyse poussée de cette loi anti-sociale). D’autres citant des exemples, et non des moindres, de promesses non tenues qui en disent long sur ses promesses de campagne… les dernières semaines devraient être une course aux cadeaux fictifs pour s’attirer une certaine frange de l’électorat.

Non, je ne comptais pas mettre plus en lumière cet homme politique, maire de Forcalquier depuis le 18 mars 2001 et député de la 2e circonscription des Alpes-de-Haute-Provence depuis le 20 juin 2012, vice-président du Conseil régional de Provence Alpes – Côte d’Azur du 28 mars 2004 au 13 juillet 2012 et président de la Communauté de communes du pays de Forcalquier et montagne de Lure du 1er janvier 2003 au 12 avril 2014. Épinglé en 2012 par Anticor pour cumul de mandat « député + maire » , je ne voulais pas remettre en avant le fait que ce candidat brigue un troisième mandat. Surtout que ce n’est pas le seul des candidats à la présidence de la région. C’est même un point commun des représentants des piliers du tripartisme français : PS, LR et FN.

 

Non, je ne souhaitais pas à mon tour parler de sa liste, parler de ces incontournables candidats guérinistes, parler de l’incapacité de Castaner à obtenir de ses camarades la tête de liste dans les Alpes-de-Haute-Provence (quelle popularité au sein de son parti !), parler du parachutage de Christian Madrolle, ex-Modem et aujourd’hui secrétaire général de l’UDE, à la première place des Bouches-du-Rhône (ils devaient bien avoir des candidats PS pour cet exercice), parler, parler, parler…

Surtout, je ne voulais pas faire le rapprochement – tant il est évident – entre la politique que propose de mener Christophe Castaner avec le PS PACA et la politique d’austérité menée par le gouvernement PS d’Ayrault hier et de Valls aujourd’hui. Je me refusais de dire l’évidence : la liste de Christophe Castaner est la liste pro-gouvernementale, la liste d’un gouvernement qui poursuit la politique économique du président Sarkozy (pour ne citer que cette continuité-ci). Je ne voyais pas l’intérêt de dire que pour les citoyens ayant des valeurs de gauche, pour les citoyens ayant des valeurs de progrès social, démocratique et écologiste, voter Castaner c’était faire gagner les idées de droite, tant directement en donnant sa voix au représentant local de la politique gouvernementale, qu’indirectement en permettant à Estrosi ou Maréchal – Le Pen de remporter la région. Pour ce dernier point, il ne fait en effet aucun mystère que Christophe Castaner n’a pas le vent en poupe et que les abstentionnistes dont le nombre augmente élection après élection ne vont pas soudainement se tourner vers le Parti Socialiste, sachant que les seules choses que ce parti peut sauver sont quelques meubles ici et là, en aucun cas la région Provence – Alpes – Côte d’Azur.

Je ne comptais pas, ne souhaitais pas, ne voulais pas, me refusais, ne voyais pas l’intérêt, … mais finalement, l’actualité médiatique me pousse à reprendre mon clavier. La faute ? La faute à Valls qui dévoile trop rapidement la suite de la campagne électorale du PS et à Castaner faisant trop rapidement preuve de dévotion à Emmanuel Macron.

 

1) LE PS SE RETIRERA AU SECOND TOUR

Au fur et à mesure que nous entrons dans le cœur de la campagne des élections régionales, une éventualité semble poindre :

Le retrait du candidat Castaner au 2nd tour.

Sans procéder à une revue de presse exhaustive, les articles récemment distillés dans la presse confirment l’hypothèse du tangage :

    le 27 septembre http://www.europe1.fr/politique/regionales-front-republicain-anne-hidalgo-prefere-le-retrait-du-ps-a-la-victoire-du-fn-2520803
    le 27 octobre: http://www.ouest-france.fr/regionales-2015-maintien-ou-retrait-le-dilemme-du-ps-3797705
    le 28 octobre http://www.slate.fr/story/109061/regionales-maintien-retrait-fusion-listes-ps
    le 29 octobre http://www.ledauphine.com/vaucluse/2015/10/29/regionales-une-candidate-ps-jette-l-eponge-et-denonce-l-attitude-du-parti-face-au-fn
    le 30 octobre http://www.lejdd.fr/Politique/Un-retrait-du-PS-au-second-tour-des-regionales-Six-Francais-sur-dix-sont-pour-757583

Que Christophe Castaner déclare en septembre qu’il ne se retirera pas, qu’il n’y aura pas de front républicain avec Christian Estrosi, représentant de la droite-extrême selon ses dires, ne fait pas de ses déclarations une vérité.

Que le député-maire de Forcalquier le répète ces derniers jours suite aux péripéties décrites dans les articles pré-cités ne fait toujours pas de ses déclarations une vérité.

En effet, peu importe sa dénégation car ce n’est pas lui qui décidera in fine mais Manuel Valls et Jean-Christophe Cambadélis – n’est pas Vauzelle qui veut. Celui qui rêve d’un porte-feuille de ministre se verra remettre un sous-poste de chargé de mission pour arrêter de rouspéter de ne pouvoir se maintenir au second tour. Ainsi va la vie d’un politicien de 49 ans qui a encore de beaux jours devant lui dans le système oligarchique français.

Il ressort de cette situation que le 6 décembre au soir, le PS laissera ses électeurs dupés, floués, trompés... simple question d’habitude me direz-vous depuis un certain mois de mai 2012… Vous savez, cette mélodie : « Le changement c’est maintenant… mon ennemi c’est la finance… ô violons, ô violons, jouez donc de la musique pour ce bon peuple, les sans-dents apprécient ces chansons. ».

Mais les duperies répétées ne plaisent pas forcément. Surtout lorsque le candidat PS affirme haut et fort son appartenance à l’aile droite de son parti en ce début de mois de novembre.

 

2) AvecCasta, L'AUSTÉRITÉ VOUS OUVRE LES BRAS !
a) Castaner & Estrosi, en moins d’une nuit

Tout a commencé, du moins de ce que j’ai suivi, le 29 octobre lors du débat organisé par la Chambre de Commerce et de l’Industrie de PACA pour le système tripartite PS-LR-FN, la CCI PACA ayant décidé de ne pas convier les autres candidats. On notera notamment l’absence de Sophie Camard et Jean-Marc Coppola, co-têtes de liste de La Région coopérative sociale – écologiste – citoyenne, rassemblement de citoyennes engagés, d’EÉLV, du Front de Gauche et de la Nouvelle Gauche Socialiste (anciens socialistes ayant quitté le PS après avoir désespérément voulu orienté leur ancien parti à gauche)…. Sait-on jamais, l’opposition de gauche incarnée par la liste de Camard et Coppola a peut-être de trop bonnes propositions pour l’emploi et la formation et on allait quand même pas donner la possibilité à l’union de la gauche et des écologistes de remporter le débat !

Pas de Camard & Coppola donc, mais un certain Castaner, seul représentant de la « gauche » telle qu’on la conçoit dans les médias. Vers la fin du débat, un dénommé Roland Cayrol est intervenu comme arbitre de la soirée, analysant les propositions des différents candidats à la lumière du livret blanc de la CCI. Ce directeur de recherche au Cevifop de Science Po a alors eu une appréciation fort intéressante :

Si Christophe Castaner et Christian Estrosi avaient comme exercice imposé de faire un programme économique commun, il ne leur faudrait pas la nuit pour le faire

Sûrement que cet avis est remonté aux oreilles de Jean-Christophe Cambadélis et Manuels Valls. Avis qui ne saura que les conforter dans leur décision de retrait de la liste PS au profit de celle du candidat LR. Et si l’arbitre dit juste, il est fort à parier que le 7 décembre au matin, le programme économique commun sera là, fruit d’une courte nuit d’exercice imposé.

Si l’avis de Roland Cayrol peut paraître surprenant pour un non-initié, la phrase qu’a tenu Christophe Castaner lors de cette soirée organisée par la CCI PACA permet de comprendre le lien réel existant entre le maire de Forcalquier et celui de Nice d’un point de vue économique :

« Je me retrouve dans les préconisations régionales du MEDEF. »

Pierre Gattaz a dû se frotter les mains lorsque l’envoyé du syndicat patronal lui a rapporté les propos du candidat. À n’en pas douter. Par contre, il est fort probable que l’accueil de ces propos par les salariés de cette région ait été bien différent. Si certains ne sont pas au courant, je vous invite à leur signaler le camp choisi par le PS lors de ces élections. Si vous avez des doutes, je vous invite à poursuivre.


b) Prendre son pied avec l’austérité

En région PACA, le chômage est des plus hauts et les dotations de l’Etat sont nécessaires pour maintenir et favoriser l’industrie, l’implantation de PME/TPE, et mettre en place la transition écologique qui feront les emplois de demain et préserveront notre cadre de vie en luttant contre le changement climatique. De façon liée, ces dotations sont également nécessaires pour répondre au 17 % de la population - soit environ 830.000 personnes - vivant en-dessous du seuil de pauvreté (moins de 989 euros par mois). La région PACA se place ainsi au quatrième rang des régions les plus pauvres de France, nettement au-dessus du niveau national où le taux de pauvreté s'établit à 14,3 %. Sombre tableau. Mais les forces vives de la région peuvent permettre que demain soit meilleur en proposant un projet alternatif à gauche, un projet de progrès social et écologiste.

Par ailleurs, ce jeudi 5 novembre, le Secours Catholique a publié son édifiant rapport sur l’état des lieux de la pauvreté en France. Ce même jour où Castaner apparaît dans les colonnes de La Provence, face aux lecteurs du quotidien, et sort cette indécence :

« On peut toujours se faire plaisir en disant que l’austérité, c’est terrible. Mais ce n’est pas le cas en France, à la différence du Portugal ou de l’Espagne. », ou de façon concise : « L’austérité, ce n’est pas méchant. ».

Oui, mais vous pourriez me dire « tu ne retiens qu’une phrase  dans une longue interview… sa langue a dû fourcher… ». Enfin, là, vu la structure de la phrase, ça doit être une super-fourche qu’il a avalé « Casta ». Mais bon, soit. Admettons que sa langue ait fourché.

Le lendemain, vendredi 6 novembre, le même Christophe Castaner débute son interview au micro d’AnonymalTV avec une tirade on-ne-peut-plus claire :

« Aujourd'hui qu'on vienne pas me parler d'austérité. [...] On peut pas endetter les générations futures. Donc chacun doit contribuer à ce qu'il y ait moins de dépenses publiques, au niveau de l'Etat comme au niveau des collectivités. [...] Alors on peut passer des heures sur la baisse de dotations de l'Etat. C'est 35 millions sur un budget de 2.1 milliards d'euros. Donc vous voyez, très clairement c'est compliqué, on vit toujours mieux avec plus d'argent, mais on peut aussi faire des choix. [...] Donc très clairement, les baisses de dotations de l'Etat ne sont pas aujourd'hui un obstacle à avoir une politique ambitieuse pour la région. ».

CQFD ! Voter Castaner, c’est voter l’austérité.

Voter Castaner, c’est valider les choix politiques des gouvernements PS successifs.

C’est un choix parmi d’autres. Ce n’est pas un choix de gauche. C’est le choix d’un projet social-démocrate fonctionnant à budget sans cesse diminué, le choix d’un projet libéral par conséquent.

D'autres choix existent lorsque l'on défend des valeurs progressistes de solidarité, d'écologie et de démocratie. La liste de La Région Coopérative menée par Sophie Camard et Jean-Marc Coppola en est une parmi d'autres. C'est sans doute la mieux placée pour passer devant le Parti Socialiste au premier tour et éveiller l'espoir de remporter la région au second pour appliquer un projet résolument anti-austéritaire, à rebours des politiques libérales et porteur d'une réelle alternative à gauche, s'appuyant sur la participation des forces vives de la région, sur l'implication et la souveraineté populaires.


3) FINIR SUR UNE NOTE PLUS LÉGERE, ou la plume du geai était d’un bleu

Pour finir cet article – un tantinet longuet, je tiens à partager un brin de légèreté à travers une tranche de romantisme où Christophe Castaner nous invite à une balade sur les hauteurs de Forcalquier, ses yeux s’arrêtant sur une plume de geai à la beauté sans égale :

« Au cours d'une balade sur les hauteurs de Forcalquier mes yeux se perdent dans un sous bois quand soudain le bleu magnifique d'une plume de geai m'attire. Je l'ai saisi comme un trésor précieux, pour la conserver comme un humble trophée. A la tombée de la nuit je retrouverai l'oiseau moqueur sous les traits de pinceau d'Aliette Soustelle. »

 Personnellement, même si je n’aime pas m’immiscer dans la vie des femmes et hommes politiques, séparant l’intimité des individus de leurs mandats d’élus, j’avoue apprécier de telles pauses bucoliques, littéraires ou parfois gastronomiques. Mais à condition que cela soit de vraies expériences vécues, et non des histoires inventées, encore moins des instants empruntés à d’autres et travestis pour gagner en popularité sur Facebook. Merci à la radio Alpes 1 pour avoir déniché la supercherie 

 

Albertdaix

Choix de l 'illustration et photomontage R.C

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Tag(s) : #REGIONALES

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