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https://marsactu.fr/eelv-front-de-gauche-mariage-de-raison-tient/
Julien Vinzent
2 décembre 2015

Inédite dans une élection régionale, l'alliance EELV-Front de gauche a tenu sans accrocs publics. Face au risque FN, les divergences sont mises en sourdine même si certains militants ont préféré faire campagne à part.


« À ceux qui en doutaient, on a bien fait la même campagne. » Ce mardi soir à la tribune du Dock des Suds, Sophie Camard se rattrape du lapsus qu’elle vient de commettre. À partager la tête de la liste « la Région coopérative » avec le communiste Jean-Marc Coppola, à s’afficher ensemble en meeting, à aller ensemble à la rencontre des habitants de PACA, l’écologiste en est venue à confondre « campagne » avec « compagne ».

Cette union « nous a demandé des efforts, mais c’est précieux, avait lancé auparavant Jean-Marc Coppola. Se rassembler, c’est essentiel alors que toute la société est fracturée, fractionnée de toutes parts. » L’objectif est affiché clairement : passer la barre des 10% pour avoir en main son destin au second tour, que le PS se retire ou pas. Les « efforts », ce sont ces négociations menées tout au long de l’été entre Europe écologie-Les Verts et les différentes composantes du Front de gauche (PC, parti de gauche, Ensemble) : le programme, les candidats, la taille des logos sur les affiches et même la couleur des bulletins de vote. « On leur avait dit de mettre un bulletin vert car la droite nous balance toujours l’alliance écologiste indépendante et les gens votent pour eux en croyant que c’est nous », souffle une militante EELV toujours pas convaincue par la démarche.

Mais à quelques jours du premier tour, la chose est notable : cette alliance s’est faite sans esclandres publics, bien loin des tiraillements de la gauche aux municipales à Marseille. Certains n’en pensent pas moins, mais en sourdine. « Il faut être responsables, on a le FN à nos portes », explique-t-on au Parti de gauche (PG). Écrasé dans les discussions entre EELV et son partenaire du Front de gauche, le PG n’a eu que la portion congrue sur les listes. Ce peu d’entrain se ressent tout de même dans la mobilisation militante, poursuit notre source. Or, la tâche n’est pas facile. « On a même du mal à convaincre nos sympathisants du parti de gauche d’aller voter ».
Le précédent des départementales

Idem à EELV, « où quand on tape aux portes on se prend Zéribi dans les dents et Cécile [Duflot] qui est partie du gouvernement ». Quant à ce que tout ce petit monde tracte ensemble… « On a fait une campagne écolo, avec des bulletins écolos », précise notre militante plus à l’aise dans la distribution du magazine Ecolonews spécial climat que de matériel de campagne commun. Sur la Côte Bleue, le groupe local a dans l’ensemble séché la campagne, préférant s’investir sur la COP21. À Marseille comme dans d’autres territoires, on a plutôt opté pour une sorte de coexistence pacifique, avec une répartition des quartiers. « Nous, on a fait l’effort entre guillemets d’une campagne assez commune », répond Dorian Hispa, écologiste aixois.

Il faut dire que lors des élections départementales de mars 2015, il faisait partie des quatre binômes EELV / Front de gauche, avec la communiste Anne Mesliand, récoltant 16% au premier tour. « On a déjà appris à se connaître et on continue pendant ces régionales », glisse-t-il. Mais la campagne à part peut aussi être « une question de stratégie, de facilité et d’habitudes d’organisation, justifie-il. À chacun ses points forts : nous sommes beaucoup plus dans les réseaux associatifs, de vie de quartier ; les communistes ont pour eux la présence de masse avec une grosse structure militante qu’on n’a pas. »

« Les gens ne font pas de distinction. Moi ils me prennent pour une Front de gauche mais ça ne me dérange pas, même si je défends plutôt cette liste pour qu’il y ait des élus écolos », s’amuse Rosy Inaudi, conseillère départementale EELV. En mars, elle a mené une campagne victorieuse aux côtés de Claude Jorda, PCF. « Je vous avoue qu’au début je n’étais pas plus partante que ça. Pour moi, il y avait tellement de différence avec leur vision de l’économie que je qualifierais de productiviste avec de gros guillemets. Mais après je me suis dit que nous avons exactement les mêmes valeurs sur les questions sociales, qui sont au cœur des compétences du département. Si j’avais eu les idées du PC ou du PS, je ne serais pas à EELV. Cette différence est normale, il ne faut pas s’en offusquer mais travailler sur des valeurs communes. »
Meeting de la Région coopérative au Dock des Suds. Photo JML.Meeting de la Région coopérative au Dock des Suds. Photo JML.
« On ne met pas la poussière sous le tapis »

« Une des forces de cet accord est qu’on ne prétend pas mettre la poussière sous le tapis », abonde Anne Mesliand, conseillère régionale sortante (PCF). « Je pense qu’il faut s’habituer à ce que les convergences l’emportent, tout en laissant la place au débat démocratique pour trancher certains points. » En l’occurrence, elle insiste sur « un positionnement politique anti-austérité » sur lequel l’alliance se retrouve. « D’autre part, on s’aperçoit que les exigences sociales, écologiques et démocratiques marchent du même pas. Ce qu’on a souvent dit sur les préoccupations environnementales qui allaient contre l’emploi et inversement, c’est terminé. »

La description semble pourtant parfaitement correspondre au cas d’Alteo, usine de Gardanne qui souhaite poursuivre ses rejets en Méditerranée. « Je m’inscris en faux avec cette présentation, nous reprend-elle. L’exigence écologique a aussi été portée par la mairie de Gardanne [communiste, ndlr]. On pensait au contraire avec Dorian Hispa qu’Alteo était l’exemple de points de vue qui se rapprochent. » Élue dans ce canton, Rosy Inaudi confirme un échange constructif avec Claude Jorda : « Lui insiste plutôt sur les emplois, moi sur l’environnement, mais on a très bien compris nos problématiques respectives. »

En compulsant plus d’un millier de votes de la mandature 2010-2015, on trouve seulement trace d’une cinquantaine de délibérations sur lesquelles EELV et Front de gauche se sont opposés. Certains points sont anecdotiques, comme la dénomination d’un gymnase du nom d’un handballeur de 23 ans, trop prématurée pour Christian Desplats (EELV). Sur certaines décisions concernant les agents régionaux, le Front de gauche était parfois seul à tiquer quand EELV suivait la majorité socialiste. « On a toujours travaillé en lien avec les syndicats des personnels. En toute humilité, je crois qu’ils auraient intérêt à le faire davantage », avance la communiste Anne Mesliand.
« J’ai casé le nucléaire »

Peu nombreuses, les divergences recouvrent parfois de gros morceaux : le réacteur de fusion nucléaire ITER, des chantiers routiers comme la L2 ou le tunnel de Toulon, la ligne à grande vitesse Paris-Nice, l’organisation des collectivités et notamment les métropoles… « J’ai l’impression que c’est assez intégré qu’on n’est pas d’accord sur la place du nucléaire, sur l’énergie… Mais j’ai l’impression que les copains communistes deviennent de plus en plus écolos », lance Dorian Hispa dans un éclat de rire. En tout cas, « il n’y a plus de volonté de mettre en avant les tensions. Nous avons d’autres adversaires à se préoccuper pour pinailler entre nous. »

Au sortir de son meeting, Sophie Camard gardait suffisamment de distance pour en plaisanter avec ses militants de son discours : « Vous avez vu, j’ai casé « nucléaire ». » « J’ai participé aux négociations d’entre deux tours en 2010 et ITER avait été un des points d’achoppement, rappelle Anne Mesliand. Nous avons finalement trouvé une stratégie de compromis, avec un euro investi dans les énergies alternatives pour chaque euro de financement d’ITER. »
La crainte d’une assemblée 100% à droite

Mais une interrogation risque de faire débat entre les militants d’EELV et du Front de Gauche. L’unité pourrait tanguer au soir du premier tour, si la liste socialiste de Christophe Castaner se retirait finalement sous la pression de son parti. Pour l’instant, personne n’a remis publiquement en cause la position du maintien clairement affichée par Sophie Camard et Jean-Marc Coppola. À l’inverse du PS, où le refus exprimé par Christophe Castaner de laisser Christian Estrosi et Marion Maréchal-Le Pen en duel a déjà suscité l’abandon d’une co-listière vauclusienne, Sakina Es Snoussi sans compter les avis divergents du premier ministre.

« Je pense qu’il y a un ras-le-bol de cette centralisation sur le FN et de la réponse qui y est apportée depuis 30 ans, avance Dorian Hispa. Autant rester chez nous et appeler à voter pour la droite au premier tour. C’est ce genre de raisonnement qui commence à émerger. » Co-tête de liste, le communiste Jean-Marc Coppola affirme cette position : « Si nous dépassons les 10 %, on restera. On va en prendre plein la gueule mais on restera. Ça va durer un mois, deux mois et après on verra que cela sert à quelque chose de conserver un ancrage là où il y a un peu de pouvoir, dans l’hémicycle du conseil régional. On l’a vu en Vaucluse, la gauche s’est retirée, résultat : elle n’existe plus du tout. »

Pour Sophie Camard, « il peut toujours y avoir une faiblesse humaine mais la position collective est de se maintenir. On se positionne déjà sur l’après Le Pen. Les sondages ont montré qu’elle pouvait s’imposer même en duel. Quelque soit le résultat, le FN occupe déjà les têtes ». Même si elle juge « difficile d’avoir une position a priori, car il y a un premier tour et son résultat va compter », Anne Mesliand partage la crainte d’une assemblée « où il n’y aurait plus que des gens de droite et d’extrême-droite. Cela poserait un vrai problème démocratique. L’idée est que pour faire barrage au FN, c’est le Front de gauche et EELV qui sont porteur du véritable affrontement. » La solidité de l’alliance à l’avenir dépendra aussi de l’efficacité de ce message lors du premier tour.

Julien Vinzent

 

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Tag(s) : #REGIONALES

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