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« Je m’empresse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer » (Beaumarchais)

 

 

À l’heure où j’écris ces lignes, je ne sais pas encore ce qu’il est advenu des trois régions où le clan - la dynastie pourrait-on même écrire- Le Pen avait de bonnes chances de l’emporter au vu des résultats du premier tour.

Cela ne change en rien l’essentiel de ce qui va suivre et qui traduit, tant bien que mal, les réflexions que je ne peux m’empêcher d’avoir devant la situation catastrophique qui est la nôtre.

J’ai sous les yeux la profession de foi – Nous sommes prêts ! – des candidats du FN en région PACA.

Quelques évidences me sautent aux yeux.

Beaucoup d’étrangers. Je m’entends. Beaucoup de patronymes qui montrent que les grands-parents, voire les parents des candidats, ont certainement été obligés de raser les murs et de faire patte blanche avant de devenirs de « vrais » Français.

C’est qu’être italien, par exemple, c’est-à-dire macaroni, rital ou babi, a pu valoir longtemps ostracisme, injures, menaces, voire agressions, parfois mortelles.

J’ai été 15 ans élu à Mont-Saint-Martin, dans cette Lorraine que courtise aujourd’hui monsieur Philippot. Voici ce qu’écrivait en 1905, la presse locale qui faisait campagne pour les maîtres de forge, contre les ouvriers, les « juifs traîtres » et les … « étrangers » : « Si vous passez un jour, à l’heure de midi, vers Mont-Saint-Martin ou Villerupt, près d’une des nombreuses cantines italiennes, votre odorat est désagréablement chatouillé par des odeurs d’abominables ratatouilles. Des vieilles sordides, à la peau fripée et au cheveu rare, font mijoter des fritures étranges dans des poêles ébréchées […]. Les bêtes mortes de maladie, à des lieues à la ronde, ne sont pas souvent enfouies, elles ont leurs sépultures dans les estomacs des Italiens, qui les trouvent excellentes pour des ragoûts dignes de l’enfer. En Lorraine, la saleté chronique et la façon de vivre déplorable des Italiens font courir de sérieux dangers de contamination à la population indigène ».

Et qu’on ne pense pas que pareil traitement était réservé aux seuls pauvres. À Paris, la presse nationaliste (La Croix, qui se targuait alors d’être le journal le plus antisémite de France, La Libre Parole de Drumont, L’Antijuif de Guérin, Le National ou Le Gaulois) tirait à boulets rouges, et même après sa mort, sur l’ « Italianasse », le « bâtard vénitien » Zola !

À Aigues-Mortes, quelque dix ans plus tôt, on avait connu bien pire lorsque une cinquantaine d’ouvriers italiens avaient été assassinés à coup de gourdin, de couteau et de pierre, une centaine d’autres ayant été blessés par une foule d’ouvriers – mais pas que – français arborant drapeaux tricolores et drapeaux rouges !

À Aigues-Mortes, un tiers de la population actuelle descend d’immigrés italiens. Le vote FN y est devenu majoritaire. Les Italiens d’hier sont devenus des Arabes.

Comment expliquer que le FN du milliardaire Le Pen, s’est construit sur cette haine de l’étranger ? Que Le Pen lui-même a toujours été un admirateur acharné de l’écrivain collaborateur Henri Béraud, du Céline antisémite, du pamphlétaire Léon Daudet auquel il a emprunté sa rhétorique et son goût des jeux de mots suspects ?

Béraud, dans le journal qui exsudait dans chaque numéro sa haine antisémite et la « république, régime de l’étranger » a très bien résumé la xénophobie qui fut toujours le combustible de l’idéologie de l’extrême droite : « Sommes-nous le dépotoir du monde ? Par toutes nos routes d’accès, transformés en grands collecteurs, coule sur nos terres une tourbe de plus en plus grouillante, de plus en plus fétide. C’est l’immense flot de la crasse napolitaine, de la guenille levantine, des tristes puanteurs slaves, de l’affreuse misère andalouse, de la semence d’Abraham et du bitume de Judée ; c’est tout ce que recrachent les vieilles terres de plaies et de fléaux. Doctrinaires crépus, conspirateurs furtifs, régicides au teint verdâtre, Pollack mités, gratin de ghettos, contrebandiers d’armes, pistoleros en détresse, espions, usuriers, gangsters, marchands de femmes et de cocaïne, ils accourent précédés de leur odeur, escortés de leurs punaises […]. Naguère les Russes, ensuite les Polonais, puis les Grecs, puis les Italiens que suivirent les Allemands, précédant les Espagnols… À qui le tour ? »

Ironie de l’Histoire, à l’époque, seul l’ « Arabe » d’Afrique du Nord est épargné. Son image, valorisée par l’extrême-droite, le montre intelligent, aimable et patriote. Le sang versé pour la France pendant la Première Guerre mondiale et son statut de colonisé n’y sont pas pour peu, mais son tour viendra !

Deuxième constatation : madame Maréchal se flatte  de la « présence de 40 chefs d’entreprise parmi les candidats frontistes, assurant une gestion efficace et rigoureuse de l’argent public ».

Fichtre, et combien d’ouvriers alors? Il est vrai qu’aux yeux de l’extrême droite les bons ouvriers sont ceux qui ne déchirent pas les chemises et préfèrent s’en prendre aux immigrés plutôt qu’au Medef ou à un patronat qui, très souvent, favorise le travail clandestin, dans le secteur du bâtiment entre autres. Sans oublier bien sûr le maraichage en Vaucluse ! Et, en examinant les professions de foi, on s’aperçoit que sont comptabilisés comme « chefs d’entreprise » un nombre certain de « gérants de société ». Kekçékça ?

Troisième évidence : on a beau gueuler comme un putois contre les « ripoublicains » et les « cumulards », les listes FN fourmillent de gens qui affichent (ou le cachent parfois) un double, un triple, voire un quadruple mandat. Tiens, dans le Vaucluse, le sémillant Thibaut de la Tocnaye est ainsi « conseiller régional de Paca, conseiller municipal de Cavaillon, conseiller communautaire de Luberon Monts de Vaucluse ». Comme il est en seconde position derrière madame Maréchal, il est sûr d’être élu, que le FN emporte l’élection ou la perde. Quel polymusclé!

Dernière remarque : le FN va nettoyer les écuries d’Augias. On pourra compter dans le rôle d’Hercule sur monsieur Philippe Lottiaux, qui, candidat à la dernière départementale à Avignon, n’avait pu battre nos camarades André Castelli et Delphine Jordan et qui vit à Fréjus où il est chef de cabinet du maire frontiste, mais aussi conseiller municipal d’Avignon et conseiller communautaire du Grand Avignon (quel travailleur !). N’a-t-il pas été chef de cabinet pendant 14 ans à la mairie de Levallois-Perret. Trois lustres chez les Balkany, ça vous apprend la rigueur !

Bon, j’arrête. La Libre Belgique vient d’indiquer que Marine Le Pen, Marion Maréchal et Florian Philippot ne dirigeront ni la région Nord-Pas de Calais, ni Paca ni Grand-Est.

Je devrais me réjouir, mais c’est impossible.

Un goût amer me monte aux lèvres.

Comment en est-on arrivé là ?

Comment pardonner au gouvernement, Hollande, Valls, Macron, la poursuite de la politique de la droite et du Medef ?

Comment accepter d’avoir été obligé de voter contre notre conscience et contre nos idées ?

Comment accepter notre propre incapacité à élaborer une stratégie claire et audible qui nous permette de renouer avec le monde du travail et ne fasse pas une fatalité de l’abstention dans les milieux les plus défavorisés ?

Et, tant pis si je heurte ceux qui excusent l’abstention de nos propres électeurs: quel effet cela fait-il après s’être abstenu au premier tour de voter pour le Front de Gauche, par exemple, d’être obligé de mettre un bulletin de vote de droite au second ?


Allons, trêve de jérémiades ! Dès demain, nous allons nous remettre au travail. C’est le meilleur remède contre la gueule de bois. Nous le devons à Sylvain, à Albert, eux qui n’ont pas désespéré au cœur de la tempête…


Roger Martin

 

 

Commentaire de Yves

Tag(s) : #REGIONALES

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