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HASSANE ZERROUKY, l'Humanité, 05/01/2016

 

Pour les États-Unis et la France, l'Arabie saoudite, en dépit de la nature semi-féodale de son régime, reste, au même titre qu'Israël, un allié stratégique au Moyen-Orient.


À l'instar d'Israël, l'Arabie saoudite jouirait-elle d'une totale impunité ? Il semble bien. Toujours est-il que l'exécution le même jour de 47 personnes, après le triste record de 2015 ­ 153 personnes dont des femmes décapitées publiquement parfois sur les parkings de supermarché ­ coïncidant avec l'annonce de la fin du cessez-le-feu par la coalition dirigée par Riyad au Yémen, n'a pas été condamnée avec la fermeté voulue par Washington et Paris.

Face à ce qui n'est rien d'autre qu'un crime de masse, sur fond de montée des tensions entre l'Arabie saoudite et l'Iran, les ÉtatsUnis, la France et l'UE se sont contentés du service minimum. Washington, grand protecteur du régime wahhabite, a fait part, après coup, de ses inquiétudes. Ni plus ni moins. « L'exécution de Nimr Al Nimr, éminent religieux chiite et militant politique, risque d'exacerber les tensions interreligieuses au moment où il y a un besoin urgent de les réduire », a ainsi réagi le porte-parole du département d'État, John Kirby. Avant d'appeler Riyad à « respecter et (à) protéger les droits de l'homme », et à garantir une procédure judiciaire « honnête et transparente dans tous les cas » !
L'Arabie saoudite, un pays où la liberté d'expression n'existe pas

Quant à la France, ce n'est que 24 heures après qu'elle est intervenue, en se bornant à déplorer ces exécutions, avant d'appeler, elle aussi, « les responsables de la région à tout faire pour éviter l'exacerbation des tensions sectaires et religieuses » et à la « désescalade » dans les tensions entre l'Arabie saoudite et l'Iran ! L'UE, par la voix de son chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, n'a pas dit plus, se contentant d'observer que « le cas spécifique du cheikh Nimr Al Nimr soulève de sérieuses inquiétudes sur la liberté d'expression et le respect des droits civils et politiques de base, qui doivent être préservés dans tous les cas, y compris dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ».

Dans un pays comme l'Arabie saoudite, où la liberté d'expression n'existe pas, où les partis politiques et les syndicats sont interdits et où la charia (loi religieuse) et les châtiments qui vont avec ­ décapitation, flagellation, amputation ­ tiennent lieu de droit et de constitution, évoquer le respect des libertés et des droits civils fait doucement sourire le Saoudien lambda.
Riyad n'a pas du tout digéré l'accord entre Téhéran et Washington

Pourtant, dans le contexte quasi explosif moyen-oriental, et moins de quinze jours après que le Conseil de sécurité de l'ONU a ouvert la voie à un règlement politique de la crise syrienne, il était plus qu'évident que le crime de masse commis par le régime wahhabite visait ni plus ni moins qu'à rallumer le brasier que cette même communauté internationale essaie d'éteindre.

La raison en est sans doute que Riyad n'a pas du tout digéré le rapprochement entre Téhéran et Washington, suite à l'accord ur le nucléaire iranien, et, surtout, a très mal accepté que l'Iran soit associé à un règlement de la crise syrienne.

Et, plus que les contrats commerciaux et autres intérêts économico-financiers, le fait qu'Américains et Français n'aient pas condamné l'Arabie saoudite et n'aient pas tenté d'empêcher en amont cette exécution massive porteuse de risques de tensions communautaires et régionales tient au fait que ce pays, au même titre d'ailleurs qu'Israël, est un allié stratégique dans cette partie du monde.
LA RUSSIE S'EST DITE DISPONIBLE « POUR APLANIR LES DIFFÉRENDS EXISTANTS ET CEUX QUI POURRAIENT NAÎTRE ENTRE TÉHÉRAN ET RIYAD ».

 

 

 

 
 
 
Tag(s) : #MONDE

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