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Répression syndicale. La condamnation contre les ex-Goodyear déclenche colère et pétition. L’attitude et le rôle du gouvernement inquiètent et les promesses non tenues de Hollande refont surface.

A 16h, le niveau des 15.000 signatures était dépassé hier pour la Pétition lancée mardi après-midi par la CGT Goodyear  suite à la décision du tribunal d’Amiens de condamner à huit ex-salariés de à 9 mois de prison ferme pour la séquestration en 2014 de deux cadres dirigeants de cette usine, ayant depuis fermé ses portes au nez de 1.173 salariés. Cette pétition demande à François Hollande la levée des poursuites contre les militants syndicaux et appelle à organiser « le plus grand rassemblement solidaire en prévision de l’appel ». Un appel auquel SudPtt a immédiatement répondu favorablement, appelant « tous nos syndicats à participer et initier des collectifs pour les droits et les libertés qu’annonce la CGT » car « alors que le gouvernement essaye de restreindre nos libertés de revendiquer et de manifester sous de régime de l’état d’urgence, la justice veut maintenant  mettre des militants syndicaux en prison ». Idem à FO où la Fédéchimie « ne peut que condamner cette décision ignoble et appuie sans réserve, toutes les initiatives qui seront prises afin de revoir ce jugement judiciaire inacceptable et injuste ». Pas un mot en revanche du côté de la CFDT qui s’était « accroché » avec la CGT au moment du conflit Goodyear, Laurent Berger l’accusant de « dogmatisme », à l’exception d’Édouard Martin, ex-élu CFDT d’Arcellormittal aujourd’hui élu européen socialiste qui a expliqué au micro de BFMTV que « ceux qui n’arrivent pas à comprendre la détresse, le désarroi et la colère de ceux à qui on annonce que leur entreprise va fermer, dans une région sinistrée, avec très peu de chances de retrouver un travail, ne comprennent rien à la sociologie de ce pays et d’une entreprise ».

Un appel énormément relayé sur twitter où de nombreux anonymes disent leur désarroi derrière le #Goodyear : « En France les riches bandits sont à l’assemblée ou au Medef et les salariés deviennent des voyous… », « Manuel Valls Christiane Taubira Toujours très courageuse votre justice. Aux salariés en colère la fermeté. Aux voyous le laxisme. Bravo !! », « Un gouvernement de gauche envoie des syndicalistes en prison. Insoutenable. Colère sourde et cœur serré pour les Goodyear », « Les gueux doivent enfin comprendre que seule la violence du capital & de la finance est légitime »…

« Pas question, je dis bien pas question… »

Le fil twitter est également le biais qu’a choisi Pascale Boistard pour s’exprimer : « au-delà des fonctions et responsabilités, devant une si lourde condamnation, je ne peux qu’exprimer mon émotion fraternelle ». Son statut de Députée de la Somme en 2012 a pris le pas sur sa fonction de Secrétaire d’État au droit des femmes et ce sera le seul membre du gouvernement à commenter. Et pour cause, ce gouvernement est singulièrement mis en cause. « Je ne crois pas un seul instant que le procureur d’Amiens ait décidé seul de requérir des peines de prison » affirme ainsi Fiodor Rilov, avocat des huit condamnés. « Le procureur de la République est le porte-parole du gouvernement et la lourdeur de la condamnation peut nous interroger sur le fait que cette demande a été faite au plus haut niveau » a renchéri Philippe Martinez, leader de la CGT.

Sur internet, le journal Politis remet, à propos, en ligne, la vidéo de François Hollande, candidat, rencontrant les Goodyear et affirmant « il n’est pas question, je dis bien il n’est pas question, que le droit syndical puisse être atteint dans cette affaire ». Une vidéo où l’on parle également d’une loi contre les licenciements boursiers, depuis diluée dans une inepte loi de sécurisation de l’emploi. Une vidéo qui rappelle également les promesses quant à l’amnistie des militants syndicaux. Le projet de loi porté par le Front de gauche a été vidé de son sens au Sénat et enterré à l’Assemblée nationale. Le groupe communiste, républicain et citoyen vient de demander son inscription en urgence à l’Assemblée.

Angélique Schaller (La Marseillaise, le 14 janvier 2016)
 

Les faibles et les forts

Qu’il semble loin le temps où le candidat socialiste François Hollande défendait durant la campagne de la présidentielle de 2012 l’amnistie des syndicalistes condamnés sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Sa promesse avait été écartée dès son arrivée à l’Élysée.

La décision de justice ayant frappé ces salariés de Goodyear Amiens-Nord n’est pas acceptable, sur le fond. Voir le parquet, à savoir le représentant du ministère public, défendre bec et ongles l’idée de la condamnation, alors que même les cadres dirigeants n’étaient pas plaignants montre l’absurdité de la situation.

Si l’orientation prise vise à mettre au pas les salariés dans leurs revendications et leurs aspirations à la lutte sociale, l’échec est garanti.

Le monde du travail est essoré par des années de politiques de flexibilité et de casse industrielle menées depuis 30 ans. Parmi eux, les Goodyear dont l’usine dans la Somme a été rayée de la carte et son millier de travailleurs avec sur la simple décision d’une maison mère qui n’avait à cœur que d’accroître ses bénéfices pour mieux rémunérer ses actionnaires disséminés sur toute la planète. Une fois de plus, on regrette que la violence sociale n’ait pas été, elle, jugée. Comme dans l’affaire de la chemise chez Air France. Et d’autres. Quand les institutions sont fortes avec les faibles et faibles avec les forts, il n’y a pas matière à nourrir de grands espoirs de changement.

Sébastien Madau (La Marseillaise, le 14 janvier 2016)
 

 

Repères

Licenciements. 4.000 suppressions d’emploi et 1 milliard d’euros de bénéfices : Alstom en 2010. 2.000 suppressions d’emplois et 40 milliards d’euros de bénéfices en 2 ans plus 126 millions de crédits impôts recherche : Sanofi en 2012.

1.173 suppressions d’emploi malgré 500 millions d’euros de résultats nets sur deux ans à l’échelle du groupe : Goodyear Amiens en 2014. Au préalable, 5 ans de casse organisée.

PCF. « Condamner à neuf mois de prison ferme des salariés qui ont défendu leur outil de travail, alors que d’autres pratiquent une violence autour du tapis vert pour supprimer des milliers d’emplois, c’est une décision judiciaire qu’on ne peut pas accepter. »

50 euros à 90 plaignants. Goodyear a été condamné en juin 2015 à suspendre le démantèlement de l’usine car un projet de reprise partielle était porté par les ex-salariés.

Air France. En octobre, la direction annonce 2900 suppressions de postes. Une info qui « disparaît » car l’attention est focalisée sur le directeur des ressources humaines pris à partie par les salariés. Le 27 mai prochain, les salariés passent devant la justice.

La Marseillaise, le 14 janvier 2016

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