Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

http://www.regards.fr 29 février 2016

La loi El Khomri est en passe de réussir l’exploit de relancer un mouvement social et syndical que l’on croyait anesthésié. La résistance, spontanée et spectaculaire sur Internet, pourrait préluder à une convergence sur le terrain. Avec un air de 2005 ou 2006…

La "loi travail" a remis les citoyens à l’ouvrage. Depuis la publication du projet de loi porté par la ministre du Travail Myriam El-Khomri, la mobilisation grossit à vue d’œil. Et c’est d’abord sur Internet qu’elle s’est traduite, permettant une accélération de la diffusion de l’information.

Mardi 1er mars, les initiateurs de la pétition en ligne Loi travail : non merci ! ont d’ores et déjà déclenché une "tempête numérique" en réunissant près de 800.000 signatures en quelques jours. Les syndicalistes passent aussi à l’action sur le Web : l’organisation des cadres de la CGT, l’UGICT, vient de lancer un site agrégateur d’actions contre la loi travail. En parallèle, sur Twitter, le hashtag #OnVautMieuxQueCa, lancé autour d’une vidéo réalisée par un collectif de YouTubeurs, documente les humiliations, les petites et grandes misères des travailleurs, et contribue à amplifier l’indignation. Mais une indignation résistante, et documentée.


La volonté de s’informer

Caroline de Haas, militante à l’origine de la pétition numérique en France, voit dans son succès un écho à la mobilisation populaire qui a débouché sur la victoire du "non" lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen :

    « Avant de signer, les gens se sont renseignés, informés. C’est aussi pour cela qu’ils s’engagent et qu’ils deviennent des relais actifs de la mobilisation. »

Pour soutenir la pétition, le « groupe de potes » qui l’a lancée a créé un site : Loi travail, non merci, qui décrypte le texte présenté par le gouvernement : 141 pages, 57 articles… Les chiffres de fréquentation, de même que les indications sur la circulation dans le site, démontrent que les internautes passent du temps à lire avant de basculer sur la pétition. « Ce souci de s’informer avant de prendre position renvoie vraiment à la campagne sur le TCE », souligne encore Caroline de Haas.

Les similitudes se retrouvent également dans le texte à l’origine de la réaction : « Un projet de loi présenté comme super technique, de manière opaque, fait pour qu’on ne s’y intéresse pas », s’enflamme Caroline de Haas. Il est aujourd’hui décrypté par des vrais spécialistes du travail et de ses conditions : des syndicalistes, certes, mais surtout ces dizaines, puis ces centaines – probablement un million bientôt – de salariés, souligne encore la militante. Sophie Binet, secrétaire générale adjointe de l’UGICT-CGT et une des penseuses du tournant numérique opéré par le syndicat de cadres, ajoute encore :

    « Le travail, c’est le quotidien de millions de salariés. Ils sont tout à fait capables de comprendre ce qu’il se cache derrière ce texte ».

La responsable syndicale voit dans cette appropriation « outre un formidable accélérateur de mobilisation, un énorme potentiel démocratique ». Le meilleur moyen pour prévenir le « passage en force » envisagé par le gouvernement.


Des résistances qui convergent

Pour Sophie Binet, la tempête numérique déchaînée depuis plus de dix jours permet une information et une sensibilisation que les méthodes traditionnelles ne permettent pas. Formée, comme Caroline de Haas, pendant la bataille contre le Contrat première embauche en 2006, elle se félicite que le mouvement « parte du bas » et de préciser : « Il ne faut pas que les organisations prennent cela comme une menace ». C’est dans ce cadre que la centrale cégétiste des cadres a mis à disposition un outil numérique d’agrégation des actions, pour abolir la rupture symbolique entre le numérique et le monde physique. Mais aussi pour sortir de la pratique délégataire, commente la syndicaliste :

    « Cela fait longtemps qu’à la CGT nous agissons pour que tous nos syndiqués soient des acteurs de leur organisation, de leurs revendications, de leurs actions. »

La loi travail est peut-être en passe de réussir ce que le mouvement social cherche à faire depuis des années : agréger les luttes. Des mobilisations diverses semblent en effet converger dans le refus d’un texte qui touche à une valeur encore perçue comme centrale dans la société : le travail. Ainsi, le rappeur marseillais Duval MC, plus sensible aux questions liées à l’environnement et à la décolonisation des esprits, se déchaîne contre le texte porté par Myriam El-Khomri. Les dessinateurs de presse trouvent là une source d’inspiration inépuisable. Partout les initiatives fleurissent. Jusqu’aux appels à la grève, le 9 mars, lancés avant même que les centrales syndicales ne se réunissent.

Avant même de se traduire dans la rue, la mobilisation a produit ses premiers effets. La ministre s’est fendue d’une réponse aux signataires de la pétition en ligne. Le lendemain, le gouvernement lançait le compte Twitter @loitravail, rapidement brocardé par les internautes pour son ton condescendant. En guise de réplique, le conseiller régional Les Républicains Dominique Reynié a lancé une contre-pétition en faveur de la loi El Khomri, soutenue par Pierre Gattaz… qui n’a pas atteint les 10.000 signataires (*) . Comme une illustration pour le slogan "Nous sommes les 99%".

En attendant, l’Unef mobilise les étudiants comme en 2006. Si la mayonnaise prend dans les facultés et s’élargit ailleurs, Manuel Valls et François Hollande pourront se féliciter d’avoir réussi à créer le plus important mouvement social depuis dix ans.

 

-----------------------------------

(*) Note de Rouge Cerise

Même la pétition  en faveur de la loi El Khomri, lancée  le conseiller régional Les Républicains Dominique Reynié et soutenue par Pierre Gattaz est symbolique de cette mobilisation contre la loi Travail  !

Elle atteint à ce jour 11 530 signatures  contre + de 800 000 pour celle appelant à la rejeter (2 % de nantis face à 98 % de prolétaires ?) mais  parmi ces pseudos soutiens beaucoup ne sont justifiées que par l'obligation d'une signature  pour pouvoir laisser un commentaire et la teneur de ceux-ci (régulièrement effacés par l'initiateur de cet pétition) ne laisse aucun doute sur  le positionnement des signataires face à ce projet de loi.

petits extraits relevés sur https://www.change.org/p/oui-%C3%A0-la-loi-travail-non-au-ch%C3%B4mage

"Je signe parce que je rêve de voir autant de pauvres qu'en Angleterre et qu'en Allemagne..."

"Je signe car j'ai vraiment trop hâte de voir régresser l'espérance de vie en france."

"Grâce à cette loi les travailleurs se lèveront tellement tôt le matin qu'il leur sera impossible d'atteindre l'âge de la retraite."

"cette loi ne va pas assez loin, il faut aussi restaurer le droit de cuissage, supprimer les limitations de vitesse et de consommation d'alcool afin de réguler la population, donc moins de chômeurs ou retraités"

"Il n'y a que vous les menteurs de la droite pour soutenir cette loi de regression sociale"

"surtout je signe pas... C'est bien pour l'nstant ça fait 800 000 à 10 000 lol"

"Vive le STO ! C'est l'ambiance du site. Belle compagnie pour les initiateurs de cette pétition. 11.000 signataires d'un coté, plus de 800.000 de l'autre. A quand le meeting à Vichy ?"

" Je signe parce que le chômage c'est PAS BIEN et que le travail c'est BIEN et même que ça serait encore mieux si les entreprises devaient pas donner argent pour faire travailler les gens, et les gros sous c'est normal que c'est que pour les patrons et qu'ils devraient en avoir encore plusse"

 

....

 

Tag(s) : #JE LUTTE DES CLASSES

Partager cet article

Repost 0