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Gérard Le Puill Mardi, 24 Mai, 2016 Humanite.fr

Depuis le début du conflit, la CGT demande le retrait du projet de loi El Khomri , considérant que ce texte  débouche sur un processus continuel  de précarisation   de l’emploi , du statut des actifs  et d’une fragilisation de la protection sociale induite  par les bas salaires  et la précarité. Pour toute personne dotée d’une capacité de raisonnement   « normale », comme dirait l’autre,  ce constat est suffisant  pour  expliquer le rôle joué par les militants de la CGT fidèle à leur mandat et à leur éthique sur le terrain  et notamment dans les entreprises de l’industrie chimique  dont on parle de plus en plus avec le blocage  des raffineries.

Les raisons de l’opposition de la CGT de FO et d’autres syndicats ainsi que de millions de salariés à la loi El Khomri  sont de  plus en plus occultées par des journaux  dont la ligne éditoriale  consiste à défendre coûte que coûte la précarisation de l’emploi  et le recul du pouvoir d’achat. Comme souvent, c’est du Figaro, propriété de Serge Dassault,  connu pour son goût de  la démocratie à Corbeil, que  viennent les accusations  de « prise en otage »  et d’utilisation de moyens « illégitimes » pour  caractériser  les actions syndicales de  ces derniers jours . La CGT, selon l’éditorialiste du Figaro de  ce mardi  est « opposée à tout par principe, elle guerroie contre les réformes, paralyse la modernisation des services publics, empoisonne la vie des entreprises  et pourrit celle des usagers»

Dans cet édito, comme dans les trois pages consacrées au conflit que provoque le projet de loi El Khomri , il n’y a aucune information pour éclairer  le lecteur  sur l’objet du conflit. Mais il suffisait de lire attentivement les pages 24 et 25 du Figaro du 21 mai pour voir quel type de société a les faveurs  de l’organe central du parti que préside Nicolas  Sarkozy. Ces pages nous donnaient l’analyse du Figaro sur la société de demain telle que l’envisagent les possédants. L’évènement économique de ce 21 mai  était : « La course de vitesse de la livraison des repas à domicile ». Le sous titre du sujet faisait presque penser au Tour de France  car « une dizaine d’applis  de commandes aux restaurants  se livrent une guerre féroce depuis des mois. Pour devenir rentables au plus vite, ces start-up mènent bataille à la fois auprès des financiers, sur internet, à  la télévision, en cuisine et aussi  à vélo ».

On avait droit au top 10 des sites de livraison à domicile, aux 6.000 restaurants  impliqués dans ce nouveau travail  à la chaîne, aux 50 millions de commandes annuelles,   aux 15.000 livreurs impliqués chaque jour dans cette course contre la montre  en vélo ou en scooter. La firme « aloresto.fr » est le numéro 1 de ce top 10. Son patron « fait appel à des sociétés de  coursiers  telle  All in Box, qui lui fournit 200 livreurs ». Mais pourquoi  cette sous-traitance de  la livraison? Le dénommé Gilles Raison donne ses raisons en ces termes : « Nous attendons que le cadre légal  se clarifie sur la possibilité  d’utiliser des  auto-entrepreneurs   à vélo. Il y a un vide juridique dans lequel un leader ne peut pas s’engouffrer alors qu’une start-up le peut».

D’autres n’auraient plus ces « scrupules «  et la rédaction  du  Figaro a consulté un avocat  pour se faire expliquer  le meilleur moyen de s’en sortir à moindre coût en faisant appel à des auto-entrepreneurs du pédalage en ville : « La législation sociale rend très compliquée l’embauche de salariés pour ces tâches de livraison, qui se font en soirée, la nuit, le week-end , sur des plages horaires courtes et variables. Il faut respecter  de nombreuses  conditions  et signer un accord avec les syndicats  pour organiser le travail après 21 heures. Or ces start-up n’ont pas d’organisations syndicales. De plus, la loi prévoit de nombreuses garanties pour les salariés à temps partiel, notamment qu’ils fassent au moins 24 heures par semaine, sauf s’ils acceptent  expressément de travailler moins ; des règles perçues comme rigides par les start-up », confie au Figaro un avocat associé chez   Capstan .

L’article du Figaro nous dit aussi que le rythme de travail de ces cyclistes est « sportif », que les auto-entrepreneurs  qui pédalent  pour « déliveroo.fr »  lui facturent à 7,50€  l’heure de pédalage  et qu’ils peuvent les jours de pluie  réclamer un bonus de  15€ au terme de leur journée. On le voit, cette mise  en place d’une flotte de pédaleurs précaires  fait vivre pas mal de petites entreprises parasitaires qui ne créent aucune richesse mais exercent une nouvelle forme  de proxénétisme à l’encontre des personnes qu’elles exploitent  dans du travail à l’abattage comme nous le dénoncions  sur l’Humanité.fr  le week-end dernier,  avant d’avoir prix connaissance des pages saumon du Figaro en date du 21 mai qui confirment notre analyse. Ce que confirme aussi, à sa manière,  un dénommé Michael Azencot , associé à la financière    Cambon quand il affirme que « gérer le recrutement   d’une flotte de coursiers indépendants  au turnover très élevé  tout en assurant une qualité de service est un métier à part entière ».

Un métier  de maquereau, assurément. Un métier  dont on sait que l’adoption de la loi El Khomri  favoriserait le développement  au service de nouvelles formes d’esclavage. S’opposer à cette loi est à l’honneur de la CGT comme des autres syndicats et de tous les travailleurs, syndiqués ou pas, qui prennent part à ce combat. S’opposer à cette loi  devrait aussi être le combat de tout député, socialiste ou pas,  qui ne souhaite pas que ces nouvelles  formes  d’esclavages se substituent  aux emplois encore dotés d’un niveau  convenable de protection sociale   si nous voulons continuer de vivre dans une société civilisée.

 

D’ailleurs, ils étaient bien pauvres les arguments   avancés ce matin par Manuels Valls depuis Jérusalem quand il a dit sur Europe 1 que « la CGT est dans une   impasse  et que l’impasse n’est  jamais le bon chemin ». D’autant que ses « arguments » pour défendre la loi El Khomri se limitaient aux propos suivants : «Il y a un texte de loi qui a été adopté par l’Assemblée (sans vote, via le 49-3 NDLR). Ce texte va poursuivre son cheminement. Nous sommes  dans une démocratie. Il n’y aura pas de retrait du texte, sinon dans ce pays, on ne peut plus réformer».

Quelle pauvreté  dans la recherche d’un argumentaire pour tenter de justifier l’injustifiable ! 

 

Gérard Le Puill

 

 

TRACT DE LA CGT POUR CE JEUDI 26

 

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 Air France, Solidarité!

Appel de la CGT Vaucluse

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Tag(s) : #JE LUTTE DES CLASSES

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