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Blog de Guillaume Sayon https://guillaumesayon.wordpress.com

Pensées et humeurs d'un militant communiste français 

Publié le 17 mai 2016

Je dois ici avouer, sur ce blog que visiblement vous êtes de plus en plus nombreux à suivre et j’en suis honoré, que lorsque j’étais jeune, vraiment jeune, que je commençais tout juste à m’intéresser à la politique, j’avais une sorte d’admiration pour Arnaud Montebourg. J’étais bien évidemment trop jeune pour analyser et comprendre les concepts, pour mesurer l’importance des écuries dans notre vie politique, pour flairer où il y avait trahison et démagogie. Trop jeune aussi pour appréhender cette culture toute française du symbole, des références. En France, nos hommes politiques manient avec dextérité le clin d’œil littéraire, la notion d’héritage pour asseoir une forme de légitimité. Durant longtemps, un socialiste qui ne faisait pas référence à Mitterrand était sans doute un peu louche. Oui, il y a une autre tradition en France, la constitution du mythe. Le mythe est vendeur et populaire. Souvenez-vous celui de Napoléon. Puis, plus modestement, nous avons eu celui de Léon Blum, de Mendès-France, de De Gaulle et plus tard celui de Mitterrand. Pour l’heure, on s’est arrêté là. Non pas parce que les suivants nous sont contemporains, mais bel et bien parce que nous avons plutôt à l’inverse le besoin de les oublier.


Mais j’en reviens à Montebourg. Oui, j’avais une sorte d’admiration pour le personnage. Cette admiration ne tenait qu’à une seule chose, son goût assumé de l’art oratoire. Quand on est jeune, qu’on ne peut donc pas aller au bout des choses, que l’on manque de culture pour la saisie des nuances, on s’en remet à la forme. La forme était donc plutôt intéressante. Il était un jeune député rebelle de cheveux à défaut de l’être tout à fait avec la ligne de son parti et je pouvais l’écouter religieusement. Mes petits camarades de classe, en rentrant de l’école, regardaient les dessins animés, le dernier manga à la mode. Moi, lorsque je finissais plus tôt les cours, je regardais la séance des questions au gouvernement. Je ne m’en suis, comme vous pouvez l’imaginer, jamais vanté. Est-ce parce que le cordon s’était entouré autour de mon cou dans les derniers mois de la conception, que j’ai donc ainsi été privé d’oxygène … Je ne sais pas. Toujours est-il que oui, j’avais beaucoup de sympathie pour le jeune fauve de Saône-et-Loire.

Et puis j’ai grandi et lui a vieilli. Il a continué à grimper les échelons et moi j’ai rencontré Marx, Gramsci, Bourdieu et les militants communistes. Après eux, les couleuvres vous ne les avalez plus et les discours, vecteur d’une pensée, vous apprenez à les décortiquer et à extraire l’essentiel du décoratif, de l’incantatoire. Là j’ai donc su que Montebourg n’était pas le pire des socialistes mais que pour autant il n’était pas communiste. Bref, que la grosse différence entre lui et nous, la gauche révolutionnaire, donc la gauche, c’est que lorsqu’il y a une fuite au dessus du lit, lui bouge le lit alors que nous nous réparons le toit. Vous constaterez que la différence n’est pas mince. Bien évidemment il est toujours simple d’être manichéen, d’empêcher le droit à la nuance. Mais quand même, au bout du bout avec Montebourg, avec la social-démocratie donc, les petits efforts d’aménagement que vous vous serez évertués à construire pour calmer l’instinct de prédation du capitalisme, sa force d’aliénation des travailleurs, finiront par céder devant la puissance de la machinerie qui nous fait face. C’est un peu l’exemple de la digue et de la tempête. Des blocs de béton armé capables de contenir de violentes et puissantes vagues pour finalement, face à l’éternelle marée, face à la multiplication des phénomènes climatiques, finir par céder. Tout est toujours une question de rapport de force. Vous défilez par millions dans les rues de France, vous commencez à faire peur. Aujourd’hui cela n’est plus suffisant. Vous bloquez les dépôts de marchandises, les grands ports, les grands axes, là vous établissez un rapport de force capable de faire plier l’ennemi.

 

C’est donc cela que j’ai compris avec Montebourg. Il est un sparadrap sur une artère sectionnée, un lionceau entouré de fauves affamés. Bon il est aussi, un tout petit peu, opportuniste. Classé à la gauche du PS, il est ensuite porte-parole de Ségolène Royal, qui a fait une campagne présidentielle très à droite, il a été membre de toutes les directions solfériniennes depuis des années. Ensuite, il sent qu’il y a de nouveau un créneau à gauche. Il publie un livre sur la démondialisation et fait une bonne campagne lors de la primaire socialiste de 2012. Finalement, il se rallie au candidat Hollande et deviendra ministre au redressement productif. Le voilà sur les routes de France pou tenter de sauver de la liquidation de multiples entreprises françaises. Imaginez quelques instants l’absurdité de la chose. Vouloir sauver un maximum d’entreprises en élaborant des plans de reprise ou d’assainissement, et ne pas changer, dans le même temps, les règles du jeu. Continuer à laisser les banques choisir là où elles veulent investir. Ne pas renforcer le pouvoir des travailleurs dans les choix stratégiques de leur boutique. Ne pas lourdement sanctionner les entreprises qui font de la spéculation. Ne pas permettre noir sur blanc dans la loi aux salariés de reprendre à leur compte leur entreprise. Le fameux sparadrap … Il défend, plus tard, le produire français dans une opération de communication assez boiteuse, sans doute aussi pour pouvoir endiguer autant que possible la dangereuse ascension électorale du front national. Il finira, impuissant et sentant dès le départ l’orientation calamiteuse que prend ce quinquennat, par faire son baluchon et quittera ses fonctions ministérielles. Il partira ensuite suivre une formation pour devenir chef d’entreprise, attendra que l’orage continue sa route jusqu’à ce que le creux d’une vague lui permette de refaire son apparition.

C’était inespéré pour lui, le meilleur des scénarios est actuellement à l’œuvre. Un mouvement social d’ampleur, un gouvernement à l’agonie, un président historiquement impopulaire et un PCF qui s’apprête à lui dérouler le tapis rouge. Enfin un rouge pâle, pour être tout à fait précis. Et oui, un couplet sur les primaires comme un mauvais pâté sur une tartine desséchée, quelques amis qui tentent maladroitement d’entretenir le suspens dans la presse, et voilà. Ce week-end, dans une mise en scène discount de l’ascension de la roche de Solutré, le ténor socialiste a pris son air grave pour nous dire ce qu’il pensait de 2017. Il nous faut donc un programme et un chef. Bon, je crois que tout le monde a compris qu’il était disponible pour se saisir du bâton de pèlerin. Les frondeurs l’entouraient avec cette force et cette détermination qu’on leur connaît, si palpable lorsqu’il a fallu prendre son courage à deux mains pour censurer un gouvernement qui s’apprêtait à faire passer par la force et sans débat, une loi massivement rejetée par la nation.

Je boucle la boucle et je conclue ce petit billet par la même occasion. J’ai débuté tout à l’heure sur la notion du symbole. J’ai retenu cette petite phrase au milieu de la mise en scène qui vient conclure une tirade sur ce que c’est être de gauche. Pour Montebourg, être de gauche c’est Roosevelt et Colbert. Alors, je me permettrai ici de lui donner un petit conseil. Je pense qu’il faudra faire un petit effort pour aller puiser dans un imaginaire un peu plus offensif. S’il veut convaincre les communistes de le suivre, il lui faudra être audacieux. Il lui faudra faire un clin d’œil à Marx, à Aragon, à Sartre, à Duclos ou Marchais. Je ne doute pas sur le fait que Pierre Laurent saura lui donner quelques précieux conseils de coaching. En attendant, avec d’autres, je prépare tranquillement, patiemment, les outils pour réparer pour de bon cette maudite fuite au-dessus du lit qui a fini par noyer les rêves de millions de concitoyens embourbés dans le réel cauchemardesque.

Guillaume Sayon


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      JOURNÉE du LIVRE de SABLET
Samedi 9 juillet (15h-19h), Dimanche 10 (10h-18h30)

 

 

Notre camarade (et ami) ROGER MARTIN sera cette année encore présent à la Journée du Livre de Sablet, avec ses romans noirs historiques et engagés (Il est des morts qu’il faut qu’on tue, Dernier convoi pour Buchenwald, Jusqu’à ce que mort s’ensuive et la série BD AmeriKKKa).

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Tag(s) : #TRIBUNE LIBRE

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