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entretien de La Dépêche du Midi avec Alain et Eric Bocquet (octobre 2016)

Vous affirmez que sans évasion fiscale, il n’y aurait plus de dette publique en France ?

Alain Bocquet : «Ce ne sont pas que des mots. La dette en France s’élève à 71 milliardsd’euros. Le montant de l’évasion fiscale est estimé à 60 à 80 milliards d’euros par an. Elle s’élève à environ 1 000 milliards d’euros pour l’ensemble de l’Union Européenne. Si l’argent planqué dans les paradis fiscaux ou qui échappe au fisc, grâce aux méthodes d’optimisation fiscale illégale revenait à l’État, il n’y aurait plus de dette».

Votre livre pointe les pratiques généralisées des multinationales ?

«Le nœud du problème aujourd’hui se situe au niveau des multinationales de la finance et du numérique. L’exemple d’Apple est à cet égard éloquent. À la suite d’un arrangement fiscal passé avec le gouvernement irlandais, la firme n’a payé que 0,01 % d’impôt alors que le taux légal est de 12 %. Résultat : un manque à gagner de 13 milliards d’euros pour l’État irlandais dont le budget est de 60 milliards d’euros. Plusieurs centaines de multinationales ont bénéficié d’avantages fiscaux au Luxembourg entre 1995 et 2013. À l’époque, Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne en était le premier ministre…

La complicité des États est indispensable ?

Effectivement, en France, Mac Donald doit 1,3 milliard à l’État. Mais une négociation est en cours qui pourrait aboutir à un compromis autour de 300 millions. En France, la poursuite des délits fiscaux est réservée au ministère des Finances. C’est ce qu’on appelle «le verrou de Bercy». L’affaire Cahuzac nous a montré toutes les limites de ce système, puisque seul le ministre du budget, Jérôme Cahuzac était autorisé à poursuivre le fraudeur fiscal… Jérôme Cahuzac.

Comment s’organise la fraude au niveau mondial ?

Il ne faut pas perdre de vue que la City de Londres est la capitale mondiale de l’évasion et de la fraude fiscale. Elle draine également l’argent du crime et des trafics qui transite par une soixantaine de paradis fiscaux et de places off shore. Les grandes places financières comme New York et Singapour jouent le même e rôle de mise en circuit de l’argent détourné.

Mais la fraude et l’évasion fiscales sont aussi vieilles que le capitalisme ?

C’est vrai, mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras. Éva Joly qui est pessimiste explique qu’il est minuit moins cinq. Nous, nous disons qu’il faut utiliser les cinq dernières minutes pour se battre. Nous proposons la tenue d’une conférence mondiale qui aboutirait à terme à une gouvernance financière mondiale.


La gangrène des pays du sud

En Europe et dans les pays développé, le poids de l’évasion et de la fraude fiscale pèse notamment sur une moindre capacité des États à financer les équipements publics et à lutter contre la détresse sociale et économique. Mais dans les pays du sud l’évasion des capitaux et le manque à gagner fiscal obèrent les politiques de développement et alourdissent la dépendance des États vis-à-vis des pays occidentaux. En 2008, le montant de l’argent évaporé des caisses des États du sud était estimé à 800 milliards et le manque à gagner induit par la fraude fiscale à 250 milliards. En Grèce, l’église orthodoxe premier propriétaire immobilier du pays n’est pas imposable. Près de 200 milliards d’euros appartenant à des armateurs seraient stockés en Suisse.

 

 

Tag(s) : #JE LUTTE DES CLASSES

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