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Le centre d’aide alimentaire du Secours populaire français à Nantes. PHOTO : FRANCK DUBRAY/PHOTOPQR/OUEST FRANCE

L’Humanité – 19 janvier 2017

Jusqu’à 50 % de hausse ! Le Secours populaire français a vu s’envoler ces derniers mois le nombre de ses bénéficiaires. Les bénévoles peinent à suivre et reprochent aux pouvoirs publics d’ignorer la réalité de la misère.

Serions-nous, en France, à l’aube d’une crise humanitaire ? Le Secours populaire français (SPF) -ne lâche pas le mot mais l’alerte qu’il lance cette semaine est véritablement glaçante. « La situation se détériore pour les travailleurs précaires, les personnes en fin de droits, les jeunes, les personnes âgées, celles déboutées du droit d’asile et les migrants-réfugiés », constate l’association. Dans les permanences d’accueil, de solidarité et relais-santé du Secours populaire, les bénévoles font face à cette augmentation soudaine, allant de 15 à 50 % dans certains départements.

L’ampleur de cette hausse de fréquentation est bien sûr variable selon les régions, mais la tendance est bel et bien nationale. Le Secours populaire a ainsi relevé des augmentations de 16,5 % dans la Somme, 22 % dans les Côtes-d’Armor, 47 % en Haute-Garonne et jusqu’à 50 % dans l’Hérault pour les seuls derniers six mois. À Montpellier, Xavier Berthommé, secrétaire fédéral du SPF dans l’Hérault, voit désormais passer entre 80 et 120 familles en trois heures lors de chacune de ses permanences.

« C’est de l’abattage ! »

En Loire-Atlantique, les chiffres sont encore plus parlants : au début de l’année 2016, l’association de solidarité accompagnait 6 635 personnes, affirme Danielle Alexandre, secrétaire fédérale. Lors du comptage effectué fin novembre dernier, ce chiffre avait presque triplé pour atteindre 18 368 personnes. « En temps normal, nous distribuons une dizaine de colis d’urgence par jour. Depuis août, nous en distribuons entre 50 et 70 », alerte la militante.

Les causes de cette soudaine hausse de demandes d’aide semblent, elles aussi, varier selon les départements. Dans l’Hérault, Xavier Berthommé a noté l’année dernière une première vague avec des populations roms, puis une deuxième constituée principalement de migrants, notamment – spécificité de la région – d’Albanais. « Un crève-cœur » pour le militant, « car on sait que leur pays n’est pas en guerre et qu’ils n’ont aucune chance d’être un jour régularisés ». À Nantes, c’est une autre réalité que décrit Danielle Alexandre. « Ici, les migrants sont plutôt bien pris en charge par les centres d’accueil. Mais on voit une nouvelle pauvreté monter rapidement. » Signe de l’émergence de ces « nouveaux pauvres », la part des personnes vivant des minima sociaux a baissé parmi les bénéficiaires alors que montaient les proportions de travailleurs précaires, d’étudiants, de chômeurs en fin de droits ou encore de personnes souvent âgées vivant en milieu rural. Le début d’un phénomène massif ? « Les retraites et les différentes allocations stagnent depuis des années. Alors, on arrive à tenir un an, deux ans, trois peut-être, et puis, à un moment, ça ne fonctionne plus, analyse Danielle Alexandre. Beaucoup de personnes que nous recevons nous disent qu’ils n’auraient jamais imaginé avoir besoin de recourir aux associations. » Autre effet de l’accroissement de la pauvreté : la secrétaire départementale voit exploser le nombre de personnes renonçant aux soins, en particulier parmi les étudiants.

Il y a aussi la baisse d’engagement des pouvoirs publics : « Les CCAS, par exemple, dirigent les personnes vers les associations », explique la responsable nantaise. « On a alerté les pouvoirs publics, on leur a indiqué que nous étions complètement saturés ! » s’agace Xavier Berthommé. Mais en dehors du conseil départemental, aucune institution ne bouge. À Montpellier, la société d’économie mixte à laquelle le Secours populaire loue son entrepôt de denrées est gérée par la métropole. Pourtant, aucun geste n’est fait sur le loyer que l’association de solidarité continue à payer plein pot. Dans ce département, l’aggravation de la situation met en péril la poursuite même de l’activité, pourtant essentielle, du Secours populaire. Pour financer en partie la distribution alimentaire, l’association a pour habitude de demander aux bénéficiaires qui le peuvent une petite contribution. Or, de moins en moins de personnes peuvent se le permettre. Pour ne rien arranger, cette situation pèse fortement sur les bénévoles : « C’est de l’abattage, soupire Danielle Alexandre. On a l’impression de faire beaucoup mais, en même temps, de n’arriver à rien. » Pour elle, c’est désormais aux pouvoir publics de prendre leurs responsabilités : « Il faut que les politiques prennent plus conscience de la grande précarité. Ils ne se rendent pas compte de la violence qui couve. Un jour prochain, ça va péter. »

Adrien Rouchaleou –

Tag(s) : #SOCIETE

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