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article paru dans Communistes du 22 mars 2017

Derrière une nouvelle sécheresse qui frappe l’Afrique de l’Est se dessine la plus grande famine depuis 20 ans.

En 2017, dans cette région de la Corne d’Afrique comme ailleurs dans le monde, la faim est une arme partout où prévalent les guerres et les conflits armés. Soudan du Sud, Somalie, Yémen, Nigéria, 20 millions de personnes sont aux portes de la mort. En Somalie, paysans et éleveurs frappés par la sécheresse se trouvent de plus en plus en camps où notamment les islamistes affiliés à Al-Qaida bloquent le secours humanitaire aux populations. La famine a été déclarée officiellement le 20 février au Soudan du Sud. Ce pays est engagé dans une guerre civile depuis 2013 dont les effets cumulés à la crise climatique sont aggravés par le prix des produits alimentaires.  Au Nigéria les populations fuyant les violences du groupe islamiste Boko Haram se trouvent là encore condamnées aux campements. Sans marchés, commerces, approvisionnement en nourriture, leurs sort dépend directement de l’aide humanitaire. Le Yémen est lui aussi au cœur d’un conflit armé depuis mars 2015. La fermeture d’aéroports condamne l’accès aux médicaments. À cela s’ajoute la volonté des banques étrangères de ne plus commercer avec les banques du pays, cela au moment où les stocks de blé du Yémen pourraient être à néant prochainement.

S’exprimant lors d’un déplacement dans la région, le secrétaire générale de l’ONU, Antonio Guterres, rappelait l’obligation morale des institutions internationales à aider les victimes de la faim, tout en affirmant que c’était la situation dramatique dans laquelle se trouvaient ces pays qui produisait le terrorisme.

Communistes, comme des millions de pacifistes, humanistes, coopérateurs... nous ne nous résignerons jamais devant ce terrible aveu d’échec des institutions internationales et des gouvernements de n’avoir garanti partout ce droit fondamental à l’alimentation.

Pour l’humanité, le Sommet mondial de l’alimentation (1996), les Objectifs du millénaire pour le développement (2000) à l’échéance de 2015 n’ont pas permis de réparer les dégâts causés par les plans d’ajustement structurel imposés par le FMI et la Banque mondiale aux pays en développement.

La part globale de l’agriculture dans l’aide publique au développement devient aujourd’hui une misère, quelques pourcentages! Le Parti communiste français alerte en quoi le capitalisme hypothèque l’avenir de notre civilisation: accaparement des terres, spéculations sur les productions agricoles, injustices climatiques, dominations des peuples, portent en eux les germes de la faim.

L’objectif de nourrir la planète oblige la naissance d’une nouvelle organisation alimentaire. Avec au cœur un nouveau type de développement pour à la fois nourrir les femmes, les hommes et répondre aux questions environnementales, climatiques et énergétiques. La vie réelle nous a appris que la lutte contre la faim se pense à l’échelle des cycles de productions, des activités du vivant. C’est donc dès maintenant qu’il faut agir pour prévenir les crises agricoles, écologiques et les insécurités alimentaires de demain.

De grands principes sur lesquels l’humanité souhaite construire durablement la satisfaction des besoins humains doivent être pérennisés par l’invention de nouvelles règles de production, de consommation et de coopération au service du progrès partagé. Par le prisme de la souveraineté alimentaire, la responsabilité politique est confiée aux États; aux élu-e-s et aux populations de définir leurs politiques agricoles et alimentaires. L’exigence d’une réforme agraire répond à la préoccupation de développer des agricultures paysannes et des pêches artisanales productrices de denrées de qualité.

Une réforme de l’ONU dans le sens d’une nouvelle convergence mondiale pour l’alimentation s’affirmant indépendante des logiques actuelles de l’OMC, du FMI, de la Banque mondiale devient une nécessité incontournable. Au centre de cette instance renouvelée, de nouvelles missions impératives figuraient: mettre fin à la spéculation des matières premières agricoles, l’instauration de clauses de sauvegarde pour protéger les terres des pays menacés, la taxation à un taux dissuasif des importations abusives pour financer la relocalisation des productions, la sortie de l’agriculture et l’alimentation de l’OMC.

Pour mieux être au service de ce progrès si elle en a la volonté politique, l’Europe doit utiliser sa préférence communautaire et organiser ses échanges avec les pays tiers sans dumpings sociaux, sanitaires, environnementaux, sous la forme d’accords mutuellement avantageux.

Toutefois, il ne faudrait pas que l’Union européenne soit tentée de déverser de grandes quantités de ses surplus agricoles dans la région au prétexte de lutter contre la famine. De nombreux pays africains sont sur la voie de l’autosuffisance alimentaire, il ne faudrait pas annihiler les efforts consentis. La France pourrait inscrire à son agenda ces perspectives de «paix et de pain» au cœur de nouvelles relations Europe, Afrique, monde.

Xavier Compain
membre du Conseil national du PCF
responsable «Agriculture, Pêche, Forêt»

 

Tag(s) : #MONDE

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