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J’avais décidé de voter blanc, ou plutôt nul en glissant dans l’enveloppe deux bulletins raturés, Le Pen et Macron.

J’ai changé d’avis.

Certes, comme certains, je pourrais laisser le flou sur mes décisions : Macron ? Abstention ? Vote blanc ou nul ?, étant bien entendu qu’il est hors de question de choisir l’incarnation moderne d’une tradition séculaire de haine, celle du nationalisme, hier antisémite, aujourd’hui antiarabe (mais toujours antisémite à en juger l’actualité !).

Comme beaucoup, je n’ai cessé de m’interroger depuis que les urnes ont rendu leur sinistre verdict.

Comment aller voter Macron après avoir participé à tous les mouvements sociaux tentant de mettre en échec la politique qu’avec François Hollande et quelques-autres il mettait en œuvre à travers la loi dite El Khomri ? Comment accepter de glisser dans l’urne un bulletin portant le nom du meilleur élève du Medef et du futur grand architecte de la déréglementation sociale ?

La question était si angoissante que j’en avais oublié une autre, essentielle: comment accepter le risque du FN à la présidence, formidable tremplin à une progression mortelle aux législatives avec la complicité des Dupont-Aignan et autres Boutin, définitivement sortis du bois?

J’ai donc changé d’avis et je vais expliquer pourquoi en soulignant que je ne confonds pas la décision de voter blanc ou nul d’authentiques progressistes déchirés par une situation abominable et les certitudes allègrement assumées de plus-révolutionnaires-que-moi-tu-meurs.

Comment pourrais-je accepter que mon vote puisse ne pas affaiblir une candidate et un parti que je combats depuis toujours et dont je suis bien placé pour connaître le pouvoir de destruction puisque je vis en Vaucluse ?

Aurais-je donc oublié que non, décidément, le FN n’est pas un parti comme les autres ?

L’actualité d’hier et d’aujourd’hui n’est-elle pas là pour me le rappeler ?

  • Aurais-je oublié qui a assassiné en juin 1962 à Aix-en-Provence notre voisin, le commandant Joseph Kubasiak, accusé d’avoir refusé de livrer la base de Blida à l’OAS ? De quelle idéologie se réclamaient les assassins aujourd’hui honorés par des stèles dans les villes frontistes (et quelques-autres aussi, hélas !) ?

  • Comment croire que Marine Le Pen, en nommant au poste de président intérimaire du FN Jean-François Jalkh, ignorait que celui-ci avait tenu des propos négationnistes mettant en doute l’utilisation du Zyklon B et l’extermination par le gaz ? Comment croire plus longtemps à la fable d’un FN nettoyé du passé raciste et antisémite de son géniteur et de ses cofondateurs?

  • Et, devant le document reproduit ci-après, comment pourrais-je m’estimer mieux placé et plus clairvoyant que Saïd Bouarram pour juger de la situation ? Que pourrais-je lui dire, à Saïd, si je le croisais dans une manif, oubliant que les tueurs skinheads arrivaient tout droit d’un rassemblement FN du 1er mai ? Que la mort de son père, c’est de l’histoire ancienne ? Que Macron c’est pire que Jalkh, Maréchal Le Pen ou Nicolas Bay?

D’autres raisons, bien sûr, ont aidé à balayer les derniers remparts que j’élevais pour retarder ma décision ultime. Celui qui va suivre, le dernier, ne compte pas pour peu.

J’entends un peu partout proclamer qu’après tout, tant pis : si l’héritière du milliardaire de Montretout est élue, eh bien « on » la combattra et sa politique ne pourra qu’aviver la combativité !

Un discours qui trouve en moi une résonnance amère car ce n’est pas la première fois que je l’entends. Je me rappelle 2012, alors que, candidat du Front de Gauche, je menais le combat contre Maréchal Le Pen, j’eux la surprise de découvrir par la presse que, malgré la décision commune PC-PG d’appeler à empêcher l’élection de Marion Maréchal Le Pen, le PG a, sans même m’informer, avait décidé de soutenir (et avec quelle conviction !) la socialiste Arkilovitch, désavouée par la direction nationale du PS.

L’argument sans cesse avancé, j’en entends encore le triste écho : « Tant pis si la Maréchal est élue, on la combattra ! ».

Faut-il préciser que « la » Maréchal a été élue, qu’elle est bien installée, qu’elle a fait des petits (le FN n’a raté que d’un siège la présidence du Conseil général, gère plusieurs communes, totalisant avec son alter ego, la Ligue du sud, 8 communes et 10 conseillers départementaux, sans compter les conseillers régionaux), et que les « ON » ont disparu, laissant aux communistes et à quelques-autres, essentiellement des syndicalistes CGT et SUD, le terrain de la lutte contre l’extrême-droite comme d’ailleurs celui de la défense des services publics.

Lorsque la période est trouble et confuse, lorsque la situation est empoisonnée, il n’est pas simple de voir où est le bon chemin. Je me refuse donc à juger le choix différent qui sera sans doute celui de certains de mes camarades, de mes amis, de militants dévoués et sincères. Mais, quitte à être traité de girouette, je jugerais indigne de faire partie de ceux que René Char appelait les « Prudents », qui laissent croire aux uns puis aux autres qu’ils ont fait le même choix qu’eux, ou des grenouilles de Jean de La Fontaine, lassées de l’état démocratique et réclamant un roi, et auxquelles on offre la grue qui les gobera, je jugerais indigne donc de ne pas faire savoir que je mettrai dans l’urne dimanche prochain le bulletin qui fera barrage avec des millions d’autres à la résistible ascension d’un parti fondé sur l’exclusion et la haine.

 

Roger Martin

Militant communiste.

Auteur de Main basse sur Orange, une ville à l’heure lepéniste.

 

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MANIFESTATION 10H30

GARE CENTRALE D'AVIGNON

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Tag(s) : #TRIBUNE LIBRE, #ELECTIONS 2017

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