Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Cédric Herrou à la sortie du tribunal de Nice le 10 février 2017.

 
 
nvo.fr, publié le 14 aout 2017
 
Suite à la condamnation de Cédric Herrou, jugé coupable par le tribunal d'Aix-en-Provence, la CGT, en convergence avec diverses associations, collectifs citoyens et élus de la République, appelle le préfet des Alpes-Maritimes à ses obligations légales.

Dans cette lettre ouverte adressée au préfet, qui fait suite à divers précédents appels, le ton est  donné : « Nous demandons instamment à monsieur le préfet des Alpes-Maritimes, et nous l'y contraindrons si nécessaire, que le droit et les lois françaises, européennes et internationales soient appliqués sur le territoire des Alpes-Maritimes », annonce d'emblée le communiqué. La condamnation de Cédric Herrou, le 8 août, à quatre mois de prison avec sursis pour avoir porté assistance humanitaire à des migrants en grande détresse, ainsi qu'à une amende de 1000 euros pour l'occupation de locaux désaffectés de la SNCF à Saint-Dalmas-de-Tende, vient d'être rendue publique. Ce jugement choque à plus d'un titre : « Nous atteignons là un degré de cynisme des plus inquiétants à tous les niveaux des services de l'État, depuis la préfecture jusqu'à la justice », s'indigne Gérard Ré, le secrétaire de l'union départementale CGT des Alpes-Maritimes.

Ce n'est que le reflet du cynisme de l'État et de ses premiers représentants en territoire dans cette catastrophique « gestion » de la crise des migrants et réfugiés en provenance d'Italie. Un seul tweet, celui d'Eric Ciotti, permet d'en prendre toute la mesure : « La justice dit enfin clairement que monsieur Herrou est un délinquant qui instrumentalise la détresse humaine, son action est dangereuse ! », s'est ainsi exprimé le président du département des Alpes-Maritimes.

Inquiétantes dérives des pouvoirs publics locaux

C'est d'ailleurs pour alerter l'État, les citoyens et les médias que la CGT 06, en concertation avec Solidaires 06, Roya Citoyenne, la LDH, divers élus et associations, organisait un rassemblement le 4 août devant la préfecture des Alpes-Maritimes, en présence de Cédric Herrou. Par cette mobilisation, il s'agissait avant tout d'exprimer leur solidarité aux migrants. Mais aussi de dénoncer une intensification des dérives des pouvoirs publics locaux contre les citoyens solidaires, et tout particulièrement contre monsieur Herrou. La plainte de la SNCF aura pesé dans la balance du jugement du 8 août.

L'occasion, aussi, d'exiger que le droit d'asile, les conditions d'accueil, d'assistance et de protection des migrants et réfugiés – tout particulièrement des mineurs – soient enfin appliqués, conformément à la législation nationale. « Or, dans ce département, ces droits sont ostensiblement bafoués par ceux-là mêmes qui sont censés les faire appliquer », s'insurge Gérard Ré. Quelques exemples en vrac : depuis plusieurs mois, une trentaine de familles, soit 200 personnes (dont des nourrissons et des femmes enceintes) sont maintenues à la rue sans nourriture ni soins autres que ceux apportés par le réseau de citoyens solidaires qui œuvrent inlassablement dans le sillage de Cédric Herrou. Les demandes d'asile, qui devraient être enregistrées dans un délai de dix jours maximum afin de déclencher le processus de prise en charge sociale, n'aboutissent – quand c'est le cas – que plusieurs mois après l'arrivée sur le sol français. Faute de places dans les centres d'hébergement d'urgence et de volonté politique, les demandes d'hébergement sont systématiquement rejetées par le 115. Alors que la prise en charge des situations d'urgence relève pourtant de la responsabilité du préfet , celui-ci ne prend aucune initiative pour pallier les carences. « Nous avons réclamé l'ouverture des gymnases qui sont inutilisés durant les vacances scolaires ou encore la réquisition des locaux de l'ancien hôpital St-Roch, mais en vain », explique le syndicaliste. Comble du cynisme, ce même préfet ne lésine pas sur les moyens pour organiser le reflux des migrants vers l'Italie. Ainsi, sur ordre de la préfecture, la gare SNCF de Menton-Garavan, située à la frontière avec l'Italie, a été transformée en prison à ciel ouvert.

Climat de 2e Guerre mondiale

Mais il y a plus grave encore. Comme aux heures les plus sombres de notre histoire, la direction de la SNCF impose aux cheminots de débusquer les migrants à bord des trains et de les remettre aux forces de l'ordre…

Face à ce drame humain, aggravé par la haine de l'autre entretenue par certaines autorités publiques, la CGT des cheminots a dénoncé ces réquisitions indignes dans une lettre adressée à Guillaume Pepy et au préfet des Alpes-Maritimes. Appelant à cesser de criminaliser la solidarité envers ceux qui fuient la guerre, la mort et la famine, elle a réclamé la cessation des réquisitions de cheminots pour effectuer les « basses besognes » et rappelé que ces salariés n'ont pas vocation à aider à la régulation des flux migratoires. « Est-il nécessaire de rappeler qu'il y a plus de 70 ans, les cheminots ont déjà été confrontés à ce genre de situation dans laquelle la SNCF appliquait le principe de réquisition par l'État des cheminots pour mettre dans les trains ces hommes et ces femmes, polonais, allemands, juifs, etc. qui fuyaient le nazisme ? », interroge-t-elle ?

Dans leur lettre ouverte au préfet des Alpes-Maritimes, la CGT et les organisations signataires* dressent une liste d'exigences à mettre en œuvre en urgence : mise en place des structures d'accueil et d'hébergement ; cessation immédiate des actions illégales de reconduite à la frontière des mineurs isolés ; enregistrement des demandes d'asile dans les délais légaux ; prise en charge au plus tôt par le dispositif d'accueil et d'orientation ; cessation des rafles de migrants expulsés vers l'Italie hors du cadre légal ; réquisition des locaux inutilisés pour l'accueil d'urgence ; construction d’un centre d’accueil de demandeurs d’asile tel que programmé depuis des années dans l'ouest du département ; ouverture d'un centre d'accueil et de répit pour les nouveaux arrivants.

Fort de ces soutiens, Cédric Herrou compte bien poursuivre son combat sur tous les fronts possibles : interpeller les députés européens en vue d'un règlement de la situation, saisir la Cour européenne des droits de l'homme et toutes les instances compétentes. L'agriculteur militant a déjà demandé audience au président Macron, rapporte le quotidien Nice-Matin. Preuve de sa détermination sans faille : « Je veux qu'il étudie réellement ce dossier, car on ne peut pas avoir d'un côté une justice française et de l'autre, une justice des Alpes-Maritimes. »

*Liste non exhaustive des organisations signataires de l'appel au préfet des Alpes-Maritimes
CGT 06 ; FSU 06 ; SOLIDAIRES 06 ; Roya Citoyenne – Syndicat des avocats de France – Syndicat de la magistrature – LDH Nice – Emmaüs – PCF – EELV – RESF – ATTAC 06 – France Insoumise – ADH-Habitat citoyenneté – COVIAM – A&A06 – Vallées solidaires 06 – Tous citoyens – Transport People&Care – Tous Migrants – UJFP – DIEM25France – US Psychiatrie – SNMD-CGT – Cercle Louis Guilloux – CIJL – Intercollectifs solidarité Roms 59/62 – AID97400 – Collectif migrants Var – Marie-Christine Vergiat (eurodéputée), Marie-Pierre Vieux (eurodéputée) – José Bové (eurodéputé) – Eliane Assassi (présidente du groupe des sénateurs communistes) – Pierre Laurent PCF – André Chassaigne (président du groupe des députés PCF) – Sophie Wahnich, CNRS.

 

Tag(s) : #JE LUTTE DES CLASSES

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :