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Publié le 2 mai par les communistes de Pierre Bénite

Non, les fonctionnaires ne sont pas un « coût » qui grèverait nos finances publiques. Ils créent eux aussi de la richesse, même si elle n’est pas toujours aisément quantifiable, et contribuent à l’attractivité du pays.

Il faut commencer par tordre le cou aux deux arguments les plus couramment utilisés par les libéraux. Les fonctionnaires seraient pléthoriques et hors de prix.

Le mythe du fonctionnaire fardeau

Trop nombreux tout d’abord. Avec plus de 5 millions d’agents publics, la France serait le pays d’Europe qui compte le plus de fonctionnaires. En valeur absolue, peut être… Mais pour dresser des comparaisons internationales, il faut rapporter le nombre d’agents à l’ensemble de la population d’un pays. Avec 89 agents publics pour 1 000 habitants, la France rétrograde en sixième position, pas si loin de la moyenne des pays de l’OCDE (83 pour 1 000), légèrement devant le Royaume-Uni et l’Allemagne, mais loin derrière les pays nordiques (autour de 140 fonctionnaires pour 1 000 habitants).

Trop nombreux, les fonctionnaires grèveraient dangereusement le budget de l’État. Mais tailler dans les postes de fonctionnaires n’est pas forcément synonyme d’économies. En effet, certains pays ont fait le choix de réduire la voilure en termes d’emplois publics, mais les « marges de manoeuvre » dégagées sont englouties dans le recours aux prestataires privés. C’est le cas de pays comme le Royaume-Uni, l’Autriche ou le Canada.

À l’arrivée, quand on intègre l’ensemble des dépenses de fonctionnement (rémunération des fonctionnaires, recours aux prestataires privés, transferts sociaux), la France se place en sixième position (autour de 24 % du PIB) des pays de l’OCDE. Elle n’est donc pas le « pays qui consacre le plus d’argent à ses fonctionnaires », comme le dit la vulgate.

La fonction publique contribue au PIB 

Cette évidence est rarement rappelée dans le débat public, mais elle est pourtant incontestable. Loin d’être un « fardeau » pour la collectivité, les fonctionnaires participent à la création de richesses nationales, même si leur apport n’est pas toujours quantifiable. 

Ce qui est mesurable en tout cas, c’est leur contribution au PIB (produit intérieur brut). « Une convention de l’ONU datant de 1968 impose à tous les États membres de considérer les services publics comme productifs, rappelle l’économiste Christophe Ramaux, spécialiste de l’État social. Depuis, tous appliquent cette règle. » 

D’après l’Insee, la valeur ajoutée dégagée par l’ensemble des administrations publiques (c’est-à-dire principalement la somme des traitements des fonctionnaires) s’élevait en 2017 à 375 milliards d’euros (1). 

« Il faut préciser que ce montant ne prend même pas en compte les services publics marchands, tels que la SNCF ou GDF, dont la production est vendue, reprend Christophe Ramaux.  La valeur ajoutée des administrations représente donc environ 13 % du PIB, elle est stable depuis trente ans. On pourrait très bien l’augmenter sans dommage, afin de répondre aux besoins de la société : hôpital, école, fonction publique, etc. » 

Par ailleurs, rappelons que les dépenses publiques soutiennent l’économie dans son ensemble : les fonctionnaires, comme n’importe quels salariés, dépensent leurs traitements en logement, alimentation, loisirs, etc., et viennent donc alimenter les profits du secteur privé. De même, les dépenses d’investissement de l’ensemble des collectivités territoriales (environ 45 milliards d’euros par an) alimentent les carnets de commandes des entreprises. 

« Au final, plus des trois quarts de la dépense publique alimentent instantanément les ressources des acteurs privés, ménages en premier lieu, mais aussi entreprises, résume Christophe Ramaux (“le Monde” du 12 février 2019). 

C’est pourquoi il est vain de chercher une “bonne mesure” des dépenses publiques globales d’un côté, privées de l’autre. Raisonner ainsi, c’est nier la réalité profonde de nos économies mixtes. Elles le sont non pas uniquement parce qu’elles comptent un secteur public d’un côté – la valeur ajoutée par les administrations, précédemment évoquée, à laquelle on peut ajouter celle des entreprises publiques (EDF, SNCF, La Poste…) –, et un secteur privé de l’autre (et ici on peut raisonner en termes de parts respectives de valeur ajoutée, de PIB). 

Elles sont mixtes, aussi et surtout, parce que la plus grande part de la dépense publique alimente directement les revenus, la demande, la production du privé. 

Les services publics, facteurs d’attractivité 

Contrairement aux idées reçues, la France attire de plus en plus d’investisseurs étrangers. Entre 2015 et 2017, 30 milliards d’euros ont été investis dans l’Hexagone chaque année par des boîtes étrangères, en augmentation de 110 % par rapport aux trois années précédentes. Ce qui ne dit rien, évidemment, de la qualité des investissements réalisés… Quoi qu’il en soit, ces chiffres montrent que les investisseurs se soucient peu du « France bashing ». 

Parmi les facteurs expliquant leur appétit, 87 % d’entre eux citent les infrastructures de transport (2). ■

(1) Dernier chiffre disponible, cité dans « Les comptes de la nation en 2017 », publiés le 30 mai 2018.
(2) Sondage Business France de novembre 2016.

Cyprien Boganda et Cbogand

MANIFESTATION: 10H30 GARE DU CENTRE À AVIGNON

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Tag(s) : #TRIBUNE LIBRE

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