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Airbnb ou "comment transformer un logement en hôtel qui ne paie  pas de charges", pour le capital  c'est une aubaine dont les citoyens paient le coût, comme  l'expliquait Ian Brossat sur son blog du Huffpost,il y a un an. (voir son article ci-dessous)

Le gouvernement des riches est très satisfait de la situation et son ministre de la ville et du logement, Julien Denormandie, annonce qu'il ne saurait accepter de contraintes pour son protégé (Voir le communiqué du PCF à ce sujet)

Tout va donc pour le mieux pour les riches alors que  tant d'autres subissent loyers trop chers et mal-logement. Il n'y a pas que pour défendre les retraites  que nous serons dans l'action le 5 décembre.

R.C.

 

Comment la "gentille" économie du partage d'Airbnb est devenue néfaste pour les Français

Depuis sa naissance, l'entreprise californienne Airbnb n'a cessé de revendiquer un positionnement vertueux. L'échange, le partage, la communauté sont au cœur de ses campagnes de communication et de ses slogans. Autant de valeurs rappelant, sinon l'esprit hippie de la Californie des années 1960, du moins l'altruisme et l'absence d'intérêt lucratif. De même, Airbnb met systématiquement en avant le caractère "personnel" et non-professionnel de "l'expérience" qui est proposée, bien résumé par son slogan "Welcome home" (bienvenue à la maison).

Mettre en avant l'humain, la singularité et l'authenticité, rebaptiser "expérience" une transaction commerciale, tout cela est indispensable à la firme pour se distinguer de l'industrie hôtelière, qu'elle veut concurrencer directement... Mais ce discours bien huilé repose sur des contre-vérités: le procédé de la location meublée de courte durée est aujourd'hui largement répandu, et n'a plus grand-chose d'innovant, le modèle originel du matelas gonflable dans la chambre privée concerne désormais moins de 5% des offres, et les chambres chez l'habitant constituent une part très minimale de l'activité, qui est en réalité constituée en grande majorité de logements entiers appartenant à des investisseurs qui en ont fait un vrai business, rationalisé et éloigné de toute démarche personnelle ou authentique. Ainsi, près de la moitié du chiffre d'affaire de la plateforme vient de logements mis en location par des agences ou des multipropriétaires.

A Paris, l'arrivée de la plateforme a entraîné des conséquences graves: plus de 20.000 logements ont été retirés du parc traditionnel pour être réservés aux locations ultra-courtes pour touristes. C'est tout un pan du secteur immobilier qui s'est reconverti pour traquer les appartements et en faire des produits rentables (puisque loués environ trois fois plus cher sur les plateformes en ligne que sur le marché locatif traditionnel), aggravant ainsi la pénurie de logement qui fait rage dans la capitale. Les prix montent en flèche et il devient de plus en plus difficile, pour les familles populaires et les classes moyennes, d'habiter dans la capitale. Pour les immeubles grignotés petit à petit par des appartements touristiques, c'est parfois l'enfer qui commence: nuisances, conflits de voisinage, dégradations, incivilité... avec à la clé une potentielle hausse des frais de copropriété. Telle est le nouveau visage que risque de prendre la ville ubérisée.

L'arrivée des plateformes de location meublée de courte durée a aussi des conséquences sur le tissu commercial. Les commerces des quartiers les plus concernés s'adaptent à cette clientèle de passage, et les boutiques dédiées à une consommation éphémère remplacent les commerces d'usage. De là aussi les fermetures de classe dans la capitale, ou la standardisation des lieux, aussi bien privés (avec une décoration "instagrammable" qui contamine les intérieurs) que publics (les bars et les restaurants s'adaptant à cette nouvelle donne esthétique). Et les conséquences sociales ne sont pas en reste: l'adaptation de la ville aux exigences du tourisme sert de justification au travail du dimanche, remettant en cause le repos dominical. Quant aux plateformes, elles utilisent une foule de travailleurs indépendants sous-payés, sans droits ni protections sociales: ménage, remise des clés, photographie des appartements... C'est la grande galère des "slashers", ces travailleurs jetables, qu'on retrouve aussi dans le domaine des VTC ou de la livraison de repas.


Piétiner les règles semble être la nouvelle norme. Ainsi, Airbnb n'a payé que 92.944 euros d'impôts en France en 2016, tout en se vantant d'être utilisé par 10 millions de Français! L'explication est simple: la firme californienne passe par un paradis fiscal situé au cœur de l'Europe, l'Irlande, où le taux d'imposition sur les sociétés est largement inférieur au taux français: 12,5% contre 33%. Car, fait ahurissant, le dumping fiscal entre États-membres n'est pas interdit par la réglementation européenne, qui permet au contraire une féroce – et destructrice – concurrence économique entre ses membres. Dès lors, le représentant français de la firme californienne n'a plus qu'à dérouler: "Dans tous les pays où Airbnb est présent, nous nous conformons aux règles fiscales qui s'y appliquent." Une façon de faire certes légale, mais loin d'être morale et acceptable pour autant... D'autant que la firme a également mis à disposition de ses clients une carte de paiement domiciliée directement dans le paradis fiscal de Gibraltar. L'évasion fiscale à portée de tous.

De nombreuses municipalités et gouvernements ont cherché à agir et à prendre des mesures, mais les plateformes, dont les valorisations boursières dépassent les PIB de pays entiers, n'en ont cure. Non seulement elles ne les appliquent pas, mais elles paient des armées de lobbyistes, à tous les échelons administratifs, pour obtenir des règlementations favorables à leurs activités... et à leur taux de profit. Ainsi, à Bruxelles, Airbnb et ses consœurs s'activent derrière le paravent d'une "European Holiday Home Association". En France, ce sera l'UNPLV. Mon livre montre que ces structures sont parvenues à pénétrer profondément les différents niveaux de décision, en convainquant des élus et des ministres de se plier à leurs exigences.

Il est indispensable de ne pas laisser faire les lobbyistes qui officient à Bruxelles pour influencer les normes et règlements européens. En la matière, les élections européennes de mai prochain seront décisives. Avec ce paradoxe : alors que Bruxelles apparaît à beaucoup des Français comme un lieu de décision très lointain, abstrait et technocratique, ce qui s'y décide frappe en réalité de plein fouet la vie quotidienne la plus concrète: alimentation, environnement, transports... et logement, comme le montre l'exemple des plateformes de location touristique. Mais les multinationales, elles, savent que c'est à Bruxelles que les choses se passent. Si on veut ne pas les laisser dicter leur loi, il faut envoyer au parlement européen des députés capables de défendre les intérêts du plus grand nombre.

Ian Brossat 

Airbnb : le gouvernement desserre l’étau, les lobbyistes applaudissent (Ian Brossat)
Dans une interview publiée ce jeudi dans Le Parisien, Julien Denormandie, Ministre chargé de la Ville et du Logement, annonce qu'il refuse d'abaisser la durée maximale de location sur Airbnb. C'est un recul par rapport au vote du Sénat il y a 15 jours. 

 Le 16 octobre dernier, au Sénat, des parlementaires de gauche, du centre et de droite avaient fait adopter une réelle avancée, offrant aux communes la possibilité d’abaisser la durée légale de location sur Airbnb à 60 jours contre 120 jours aujourd’hui. 
 
Cet amendement à la loi Engagement et Proximité doit être à nouveau examiné à l'Assemblée nationale à partir de la semaine prochaine. 
 
Il s’agit d’une mesure de bon sens, appliquée ailleurs, que ce soit à New-York, Barcelone, Berlin ou Amsterdam. Dans toutes ces villes, la durée maximale autorisée varie entre 30 et 90 jours. La France a-t-elle vocation à avoir la législation la plus laxiste du monde vis-à-vis de ces plateformes?
 Il est incompréhensible que le gouvernement reste sourd à la colère d'habitants de plus en plus nombreux qui ne supportent plus les nuisances engendrées par Airbnb. 
 
 Il faut néanmoins souhaiter que puisse se dégager, à l'Assemblée nationale, une majorité pour défendre l'intérêt des habitants face aux lobbys.
 


Ian Brossat,

porte parole du PCF

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