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Fabienne Desseux est une journaliste au chômage licenciée économique de la minuscule radio locale qui l'employait. Durant 18 mois, sur son blog Facebook Le journal pagailleux de Fabienne Desseux elle nous a parlé de son  chômage. Le sien, pas celui du voisin.

Un livre est né de ces chroniques  « Virée »  journal d'une chômeuse incasable en quête d'un job illusoire  qu'elle est venue présenter à la Fête de l 'Huma en 2017 puis un second, « Traits engagés »  les dessinateurs de presse parlent de leur métier. disponible sur 
le site des éditions Iconovox
https://editions.iconovox.com/livres/traits-engages-dessinateurs-de-presse-fabienne-desseux/

 Rouge Cerise est ravi de partager avec vous l'une des chroniques de Fabienne.

 

 

 

Toi, tu te fais chier à écrire des livres. Tu alignes les mots, les paragraphes, pour alimenter un ouvrage qui tienne debout et ne soit pas honteux. Tu fais au mieux ton travail. Alors d’accord, y a des bouquins qui dégueulent de phrases vides d’intérêt et n’ont d’autre but que de caresser le nombril de l’auteur. Mais j’avoue que c’est la première fois que j’ouvre un livre vide, dans tous les sens du terme, et gerbant quand même de suffisance.

Vide de sens. Privé de mots. Rempli de néant. Débordant de foutage de gueule… En l’occurrence le dernier bouquin de Stéphane de Groodt aux éditions de l’Observatoire. Pourtant j’aime bien de Groodt. C’est d’ailleurs pour ça qu’on m’a offert ce « L’ivre de mots » qui donne la gueule de bois aussi bien aux lecteurs qu’aux auteurs qui s’emmerdent à envoyer des manuscrits aux éditeurs. Ces mêmes éditeurs répondant invariablement – aux galériens de l’écriture – que « leur ouvrage, malgré ses qualités, ne rentre pas dans le cadre de leurs collections ».

Le bouquin de Groodt est une vulgarité alors que le marché du livre pilonne les auteurs sous-payés. Car ce bouquin – qui aligne pas moins de 237 pages – ne contient, en gros… qu’une ou deux phrases par feuille ! La préface et la quatrième de couverture étant plus longues que le livre lui-même. C’est les arbres abattus pour le fabriquer qui doivent être contents ! De temps en temps, au fil du néant, on trouve un petit dessin. Pour être parfaitement honnête, parfois, on trouve deux phrases sur une même page. Si, deux ! Mais pas trop longues. Faut pas abuser.

Essaie, toi l’auteur à deux balles, d’envoyer à une maison d’édition un manuscrit avec 400 malheureuses phrases et une dizaine de dessins pour agrémenter ton chef-d’œuvre. Sauf que toi, l’auteur à deux balles, tu ne t’appelles pas De Groodt.

Alors, me direz-vous, sans doute que son talent suffit à remplir la vacuité de la forme. Ben même pas ! Certes je ne suis pas Shakespeare… Mais permettez-moi d’ironiser sur un livre tiré sans doute à plusieurs milliers d’exemplaires et qui donnera l’opportunité à son auteur d’avoir une couverture médiatique bien plus épaisse que ces quelques mots tracés à la plume du mépris envers le lecteur.

Quelques exemples ? : « Phrase terminale » ; « Si le temps n’existe pas quelle leurre est-il ? » ; « Toute fin a un début » ; « A cette page qui ne serait rien sans la suivante » ; « Il a perdu son temps à en gagner ».

A 14 euros le livre, le lecteur a surtout perdu son argent. Pourtant certains se rempliront les poches de ce désert qui ressemble aux maximes qu’on trouve dans les gâteaux chinois. Une production d’un entre-soi qui (j’espère encore) ne voit même pas qu’il prend les gens pour des cons. Qui de l’éditeur, proposant cette mascarade parce que le nom est bankable, ou de l’auteur, fermant les yeux sur l’ineptie de son travail contre un contrat suffisamment juteux, est le plus à blâmer ?

Pourquoi je vous dis tout ça ? C’est vrai, après tout : on en a quoi à branler de ce bouquin ? Eh ben simplement, on en a quelque chose à branler car ce genre de procédé est symptomatique. Il prouve que la valeur « travail » n’a que la valeur factice offerte à celui qu’on embauche. Les premiers de cordée s’autoalimentent et remplissent leurs caisses grâce à d’illusoires capacités. Fabricants de compétences inutiles et de contenus improductifs, ils se rincent la gueule à nos dépens.

De l’usine à l’édition, du supermarché aux paillettes, c’est partout la même logique. Jusqu’à l’absurde.

L’une des phrases de ce livre est pourtant à retenir : « Croire qu’on est un génie fait de vous un imbécile »…
Ce n’est pas moi qui le dis.

Fabienne Desseux

 

 

 

 

 

Tag(s) : #SOCIETE

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