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Rouge Cerise propose aujourd’hui un texte pamphlétaire de notre ami Yves Le Car, dont on se rappelle la formidable intervention ( accompagné de José Arrué au piano) lors d’une soirée poésie organisée à Velleron par ce qui n’était pas encore la section Oswald Calvetti mais son embryon, la cellule Danièle Casanova.

On aime beaucoup Yves Le Car, ses poésies, ses contes, ses aphorismes. Et ce qu’il est.

Certes, La Marseillaise ne nous chagrine pas (on y reviendra…) et la notion de « décroissance » mérite à notre avis, à une époque où les trois-quarts de l’Humanité manquent de - presque – tout d’être analysée et discutée, mais on n’oublie pas ses engagements pacifistes et libertaires (mais pas à la Onfray !) et le rôle qu’il a joué dans Le Sursaut, opiniâtre, loyal, modeste, et, surtout, on partage la quasi-totalité de son texte et on sait qu’on le retrouvera bientôt dans les prochaines manifestations !

C’est une des satisfactions de Rouge Cerise : la voix des communistes s’y exprime, et c’est bien naturel,  mais s’y élève aussi celle de sympathisants, d’amis, de compagnons de pensée et de route!

Rouge Cerise

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Illustration choisie par RC 

Nous sommes z’en guerre, qu'il a dit, avec un ton de circonstance qu'il a dû travailler dans ses cours de théâtre où il aurait dû rester plutôt que de se prendre au sérieux en visant les grands rôles, les rôles de jeune premier de cordée, loin des plus ou moins jeunes premiers de corvée qu'il s'est toujours refusé à fréquenter, eux, qui « ne sont rien », eux qui n'ont rien. C'est que ce monsieur confond être et avoir, comme d'autres confondent maître et savoir. « C'est avoir-avoir- avoir ! C'est avoir qu'il nous faut oh-oh-oh-oh  »… On connaît la chanson ! Pour les gens de cette espèce, le verbe réussir se conjugue au mode financier plutôt qu'au mode indicatif .Le verbe réussir serait synonyme du verbe avoir. C'est à voir !  Réussir est un verbe transitif, sinon il n'a pas de sens. On peut réussir sa vie sans être milliardaire. On peut réussir à devenir président sans en réussir les tâches y incombant. Bref, à chacun sa réussite…

                  Nous sommes en guerre, oui, cela prouve bien qu'il mélange les deux verbes. Ne voulait-il pas dire : nous n'avons guère ? Guère de quoi ? Guère de moyens ? Guère de compassion ? Guère de considération ? Sidération ! Ça dépend pour qui ! Pour ceux qui « réussissent », oui, il en a. Encore une fois, il faut s'entendre sur le verbe réussir. Réussir à affamer les trois quarts de l'Humanité ? Réussir à polluer les quatre tiers de la planète, comme le font les outils sophistiqués, tarabiscotés de Goliath, ce géant international qui n'est peut-être pas innocent dans la situation vécue aujourd'hui à l'échelle mondiale.  

                    Nous sommes z'en guerre, qu'il a répété, itéré, réitéré, ressassé, rabâché, seriné, ruminé. C'est vrai que la guerre, il l'aime bien. Dame ! N’est-il pas chef des armées, lui qui n'est, en fait qu'un pion, qu'un morpion, qu'un tartempion, qu'un tartignolle, qu'un Tartarin, qu'un tartuffe, qu'un des membres du géant Goliath qui se bat aujourd'hui contre le Colonel.

                   Et quel Colonel ! Très particulier, ce colonel, et il est pourtant devenu général. Un colonel qui s'attaque à toute la planète. Il faut bien qu'il soit au moins colonel, puisque c'est la guerre, on ne vous le dira jamais assez.

                   Un sacré spécimen, un sacré phénomène ce Colonel Virus, qui entame un virage, qui modifie le visage, envahit le paysage. Ah vous vous y croyez, à la guerre ! Bien sûr, vous y êtes tout le temps, vous la faîtes tout le temps la guerre. Vous êtes en guerre. Mais pas contre le Colonel. Pas contre le virus. Contre l'Humanité. Contre l'Humain. Contre la planète. Une guerre fratricide, une guerre écocide, une guerre génocide, une guerre suicide. Et qui que vous soyez, serviteurs de Goliath, laudateurs du géant Capitalisme, défenseurs du progrès, de la réussite, de l'Avoir, du Toujours plus, de la Croissance, de l'Indécence, du Non-Sens , de l'Inégalité, vous ne faites pas le poids devant un tout petit virus, un tout petit David, un tout petit Covid qu'on n'arrive pas à éradiquer. Pourquoi ? Parce que cet ennemi-là, ce colonel-là, ce n'est pas avec vos armes qu'on peut le combattre. Vos armes ne servent à rien. Votre budget astronomique est inutile, mal placé. Transférez-le aux causes justes, aux combats nécessaires. Et vos petits soldats, envoyez-les donc donner un coup de main aux vrais travailleurs, aux vraies travailleuses, à celles et ceux qui sauvent, secourent, font vivre leurs proches, leurs prochains, plutôt que de les tuer. Et vos soldats, vos instruments de guerre ne font pas le poids. Oui, vous êtes en guerre, parce que vous n'avez guère d'autre moyen d'expression que la guerre. La guerre que vous faîtes contre le peuple, quand il n'en peut plus de crever de faim « quand d'autres se gobergent, et vivent à leur aise, malgré la boue, le sang.... ». La guerre que vous faîtes parce que ça rapporte, parce que la pompe à phynance est plus importante, plus à préserver que les quelques vies humaines de ceux qui « ne sont rien ».

                 Sauf que, dans les circonstances telles que nous les connaissons, telles que nous les vivons aujourd'hui, à l'échelle mondiale, ceux qui ne sont rien justement, ce sont celles et ceux qui sont sur le terrain, celles et ceux dont nous avons besoin, celles et ceux qui ont besoin de considération, pas seulement de bravos déculpabilisants, pas seulement d'un su-sucre comme récompense, mais d'une véritable reconnaissance. Ils ne sont pas des héros, même si vous tenez à ce champ lexical guerrier, ils sont des êtres humains qui ne demandent qu'à vivre décemment, qu'à être reconnus pour ce qu'ils sont, pour ce qu'ils font. Ce sont celles et ceux qui, il y a peu, il y a plus, il y a toujours, il y a hier, il y a demain, défilent dans les rues avec leurs slogans, leurs appels, leurs protestations, leurs réclamations, leurs justes colères, celles et ceux que vos sbires armés, vos Robocops, qui eux, ont ce qu'il faut comme masques, comme matos, traquent, matraquent, attaquent, frappent, gazent, cassent, massacrent, mutilent, en toute impunité, celles et ceux que vous méprisez au plus haut point.

                    Ce n'est pas l'armée qui peut combattre cette pandémie, issue peut-être du pandémonium dans lequel Goliath, et ses façons de voir le monde, nous ont plongés. Il faut se réinventer, qu'il a dit ; au moins une bonne parole. Il faut tout réinventer. Il faut réinventer le bon dieu, disait Bernard Dimey. Il faut réinventer de bons yeux, pour voir le monde autrement, pour voir les vraies priorités, pour voir le côté face au lieu du côté pile, le côté vie, au lieu du côté mort, le côté être, et vivre, au lieu du côté avoir, entasser, consommer, réussir

                    Réinventons un monde sain, et donnez-nous pour cela les moyens. Un simple petit colonel-virus fait plus de dégâts, en un temps record, que toutes vos armées. Alors un peu de cohérence, pour une fois. Vos milliards, que vous gaspillez en fumées, reversez-les, réinvestissez les réinventez-les, pour la santé, pour l'éducation, une éducation de paix, sans SNU et sans Marseillaise.

Yves Le Car

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Tag(s) : #TRIBUNE LIBRE

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