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(L’HUMANITE - Lundi 31 Août 2020 )

Nommé quatrième ministre de l’Agriculture en trois ans au début de cet été après les passages successifs de Jacques Mézard, Stéphane Travert et Didier Guillaume à ce poste, Julien Denormandie  était l’invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFMTV ce lundi matin  à 8H30. Mais les questions du journaliste, habitué à polémiquer sur des sujets souvent secondaires, ont fait de sorte que les questions essentielles qui préoccupent le monde paysan n’ont pas pu être abordées lors de cet entretien.

 

Jean-Jacques Bourdin avait ses priorités ce lundi matin au moment d’interroger le ministre de l’Agriculture. Il voulait d’abord savoir si on allait bientôt pouvoir arrêter le ou les coupables des mutilations, voire de mise à mort, des chevaux, des poneys   et des ânes dans les prés. Le ministre a fait état de l’enquête en cours, laquelle avance, sans pouvoir en dire plus à ce stade. Bourdin l’a ensuite questionné sur l’interdiction de la chasse à la glu, voire à la tourterelle. Julien Denormandie a surtout évoqué les dégâts causés sur les cultures par les sangliers, trop peu chassés en France, ces dernières années.

 

Sans citer leurs noms, le troisième sujet mis en exergue par Jean-Jacques Bourdin avait trait à la pétition lancée le 2 juillet par le milliardaire Xavier Niel, avec Marc Simoncini et Jacques Antoine Granjon, afin de pouvoir consulter les Français par référendum pour interdire dans notre seul pays « l’élevage en cage, stalle ou boxe» des volailles des truies et des veaux. Le ministre a tenu à dire que c’était plus compliqué à faire qu’à dire, dans la mesure où les autres pays qui commercent avec la France ne prendraient pas une décision identique, ce qui lesterait les éleveurs français d’un handicap de compétitivité. Il a fait la même réponse à propos des dérogations qui vont être rétablies prochainement par une loi concernant l’usage des néonicotinoïdes sur les graines de betterave à sucre. A propos des abeilles sensibles à ce pesticide, il a précisé au passage que la betterave ne fleurit pas entre le semis au printemps et la récolte en automne. Ce n’est donc pas sur les feuilles de betteraves que les abeilles vont butiner à la belle saison, ce que trop peu de gens semblent savoir aujourd’hui.

 

En toute fin d’émission Jean-Jacques Bourdin a vaguement évoqué le revenu paysan, ce qui a conduit le ministre à reconnaître que la loi Egalim, votée en octobre 2018 par la majorité parlementaire, n’apportait jusqu’à présent que « des améliorations insuffisantes dans la plupart des cas » concernant le revenu des paysans. Il a aussi évoqué la situation des abattoirs en France dont beaucoup ne dégagent que de faibles marges, sans toutefois préciser qu’ils subissent en permanence la pression des enseignes de la grande distribution. Il reste que, du fait notamment des questions posées par le journaliste, cet entretien n’a pas permis d’éclairer les auditeurs et les téléspectateurs sur les difficultés que rencontrent aujourd’hui les hommes et les femmes qui travaillent dur pour nourrir leurs concitoyens.   

 

Des prix en baisse face à des coûts de production en hausse

Quand on observe l’évolution des prix agricoles au départ de la ferme durant ces derniers mois, un constat s’impose : ils sont en baisse d’une façon générale et cette baisse est parfois sensible. La fin de l’été et le début de l’automne sont les moments de l’année où intervient le sevrage et la vente des jeunes bovins des races à viande dont beaucoup sont exportés vivants en Italie, en Espagne et même de l’autre côté de la Méditerranée pour y être engraissés. Le 25 août dernier, à Moulins-Engilbert le broutard charolais ne cotait que 2,43€ le kilo vif contre 2,60€ l’an dernier à la même époque et  2,68€ il y a deux ans. Le prix moyen des 1.000 litres de lait de vache n’a été que de 338€ en moyenne depuis le début de cette année, alors qu’il était de 370€ en 2013 et 2014, juste avant la dérégulation des marchés provoquée par la décision européenne de supprimer à partir de 2015 les quotas de production par pays. Mis en place en 1984 après une crise de surproduction, les quotas avaient régulé la production laitière pendant 31 ans et permis aux producteurs de vivre décemment de leur métier. Le prix actuel de 338€ ne couvre pas toujours les coûts de production en cet été marqué par la sécheresse et le manque d’herbe dans les prairies.

 

Du côté des grandes cultures les choses ne vont pas mieux. En raison d’une fin d’automne 2019 trop pluvieuse et d’un printemps 2020 trop sec dans la plupart des régions, les rendements de blé tendre ont chuté de 25% en moyenne cette année par rapport à l’an dernier. Mais le prix de la tonne de blé rendue au port de Rouen pour l’exportation n’était que de 181€ le 25 août dernier contre 205€ deux ans plus tôt. A 175€ la tonne, le prix du maïs grain est presque aussi élevé que celui du blé. Mais c’est parce que les rendements vont être faible en raison du manque de pluie en France, mais aussi aux Etats Unis premier producteur mondial de maïs.

 

Difficultés aussi pour les légumes, les fruits et le vin

La sécheresse a également fait chuter les rendements dans les légumes qui se vendent sur les marchés ou qui sont transformés en conserves. Les petits pois cultivés pour les conserveries qui couvrent un millier d’hectares en France ont vu leur rendement chuter de 30% cette année en début de récolte du fait d’une succession de phénomènes climatiques comme la sécheresse, les vents desséchants, les orages de grêle, les attaques des pucerons. Dans les vergers, les tonnages de pommes produites cette année seront en recul de 9% par rapport à l’an dernier, selon les estimations d’Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture. Dans la variété «golden», la chute des rendements  atteindrait même 19%.

 

Alors que les vendanges ont déjà commencé avec des difficultés pour les recrutements de saisonniers et des coûts plus élevés imposés par les règles sanitaires, la situation financière des vignerons indépendants comme celle des viticulteurs qui livrent les caves coopératives en raisin s’est sensiblement dégradée cette année en raison de la fermeture prolongée des bars et des restaurants ainsi que des nombreux salons où les vignerons vendent une bonne partie des vins qu’ils produisent. On imagine aussi que la sécheresse et les coups de chaleur auront diminué les rendements cette année dans certaines zones viticoles.

 

Incertitudes concernant l’agriculture dans le « Plan de relance ».

Un récent communiqué de presse de la FNSEA débutait par le constat suivant : « Avec près de 80 départements impactés par le manque d’eau et subissant des restrictions d’usage, mais surtout des pertes agricoles similaires à 2016 dans la plupart des régions, la sécheresse aura marqué l’été 2020 dans un contexte économique déjà très affecté par la crise de la Covid-19. Facteur aggravant, la canicule de la seconde moitié du mois de juillet a accentué l‘assèchement des sols superficiels et provoqué des dommages irréversibles aux cultures ».

 

En toute fin d’entretien avec Julien Denormandie fut évoquée par Jean-Jacques Bourdin la part des financements revenant à l’agriculture dans le plan de relance. Le ministre a préféré ne rien dévoiler à ce sujet. Il a toutefois évoqué la nécessité de produire davantage de protéines végétales en France et en Europe afin de moins dépendre du Brésil. On peut aussi penser qu’un plan qui se veut économique et écologique en même temps devrait se pencher sur la gestion de l’eau. Dans un pays où l’alternance des inondations et des sécheresses est de plus en plus fréquente, la gestion de l’eau par la régulation du débit des rivières et des fleuves permettrait aussi de mieux assurer notre souveraineté alimentaire dans les prochaines décennies. C’est sans toute plus important que le référendum réclamé par le milliardaire Xavier Niel et ses acolytes.

 

Gérard Le Puill

Tag(s) : #AGRICULTURE

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