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Un article de l'Humanité

Emploi, féminisation, accidents du travail : voici le vrai bilan social des firmes du CAC 40

Le CAC 40 communique beaucoup sur l’égalité femmes-hommes, sur les enjeux environnementaux et la responsabilité sociale, les créations d’emplois… Et fait le strict inverse. En toute impunité. Chute des effectifs, inégalités hommes-femmes, opacité à tous les étages : l’Humanité publie en exclusivité ce volet du rapport de l’Observatoire des multinationales, qui souligne la nécessité d’un contrôle démocratique de ces entreprises du CAC 40 qui emploient près de 5 millions de salariés dans le monde. Démonstration.

 

 

C’est la partie immergée de l’iceberg, celle que les multinationales voudraient laisser sous la surface des flots. Lors de la présentation de leurs rapports annuels, elles communiquent volontiers sur leurs résultats financiers ou leurs engagements éthiques – désormais codifiés sous l’appellation fourre-tout de « responsabilité sociale et environnementale » (RSE). Pas sur l’étendue des destructions d’emplois ou le nombre d’accidents du travail. C’est pourtant cette réalité que s’attache à documenter l’Observatoire des multinationales, dans ce dernier chapitre de son rapport annuel.

 

1. Les dommages collatéraux de l’internationalisation

Plus de 4,8 millions de salariés travaillent, dans le monde, pour une entreprise du CAC 40. Ces chiffres de 2019 sont en hausse de 8 % par rapport à ceux de 2017. Pour autant, cette augmentation cache de grandes différences entre les groupes.

Sur la première marche du podium, Teleperformance (331 065 salariés) et Carrefour (321 383 salariés) illustrent à eux seuls cette disparité. Car si le premier a vu ses effectifs monde augmenter en deux ans de plus de 128 %, le second affiche sur la même période, le record de destruction d’emplois (– 15 % d’effectifs).

L’analyse plus fine de ces fluctuations amène en outre l’Observatoire des multinationales à conclure que « les fortes augmentations sur deux ans des effectifs sont souvent dues à des fusions plutôt qu’à de vraies créations de postes ».

Et de citer : EssilorLuxottica, Safran-Zodiac ou encore Thales-Gemalto.

En revanche, certains grands groupes sont « engagés dans une politique délibérée de réduction des effectifs comme Carrefour, Sanofi, la Société générale ou encore Orange ». Une liste qui fait tristement écho à l’actualité des plans de licenciement massifs annoncés ces dernières semaines dans les trois premières entreprises.

L’étude s’est également penchée sur la proportion des salariés du CAC 40 couverts par des accords collectifs et représentés par des élus du personnel. L’évolution de ce taux est révélatrice à plus d’un titre.

D’abord parce que, globalement, il est à la baisse sur l’ensemble des 12 groupes qui publient leurs données, à la seule exception de STMicro en ce qui concerne la couverture de ses salariés par des accords collectifs, ainsi que de L’Oréal, Total et Bouygues sur le volet représentation des salariés.

Chez Teleperformance, par exemple, seuls 20 % des salariés sont couverts par une convention collective. « On peut y voir un effet de la croissance de leurs effectifs dans des pays où les salariés sont moins bien protégés », analyse l’Observatoire. Preuve en est, le leader mondial des centres d’appels est sous le coup d’une plainte portée par le syndicat international UNI Global Union et trois organisations françaises (CGT, FO et CFDT) pour conditions de travail « choquantes et insalubres » dans 10 pays, dont la France, l’Albanie, la Grèce, la Colombie et les Philippines.

 

2. Une féminisation de façade

Depuis le débarquement d’Isabelle Kocher de la direction opérationnelle d’Engie, plus aucune femme ne dirige un groupe du CAC 40. Pourtant, « le CAC 40 communique beaucoup sur la cause féminine et l’égalité femmes-hommes ». Mais « si l’on regarde qui, concrètement, détient le pouvoir au sein des grands groupes, la réalité est encore éloignée de ces beaux discours », relève le rapport.

Certes, leurs conseils d’administration (CA) affichent, en moyenne, 43,4 % de femmes dans leurs effectifs. « Mais ce chiffre n’est atteint que parce que la loi les y oblige », temporise Sophie Binet, en charge de l’égalité femmes-hommes à la CGT.

Promulguée en 2011, la loi dite Copé-Zimmermann impose en effet un quota minimal de 40 % de femmes dans les CA des grands groupes français. « On ne fait pas de l’égalité par le haut. Cette féminisation obligatoire ne doit pas cacher la réalité des temps partiels forcés et des inégalités salariales dont les femmes sont victimes », insiste la syndicaliste. Mais, à ce sujet, poursuit-elle « il est très difficile d’avoir des données fiables ».

D’ailleurs, le rapport épingle la faible communication des grands groupes en la matière et rappelle que, s’il « existe depuis quelques années un index officiel de “l’égalité salariale”, il n’est pas toujours établi à l’échelle des groupes tout entiers (mais seulement de leurs filiales françaises). Surtout, il est structuré de telle sorte que les grandes firmes puissent facilement afficher des scores supérieurs à 80, voire à 90 sur 100 ». Pour certaines entreprises, ce « féminisme washing (*) » tourne même parfois à l’argument commercial, « quand, comme L’Oréal par exemple, elles visent une clientèle féminine ».

Selon les chiffres de l’Observatoire des multinationales, si « en 2019, les femmes représentaient un peu plus de 38 % de l’effectif du CAC 40, 32,6 % de l’effectif cadre, elles n’étaient plus que 18,8 % dans les comités exécutifs ». En d’autres termes, le pouvoir de surveillance et de décision demeure à la main des hommes, à plus de 80 %.

En outre, poursuit le rapport, « 5 groupes du CAC 40 n’ont encore aucune femme dans leur comité exécutif », dont Vivendi et EssilorLuxottica, qui « ont pourtant une majorité de femmes dans leur effectif global ».

 

3. Le trou noir des accidents du travail

Très prolixes en matière d’indicateurs financiers, les rapports annuels des entreprises sont beaucoup plus discrets quand il s’agit de santé au travail. L’Observatoire dévoile malgré tout les données existantes :

« D’après les chiffres publiés, les activités du CAC 40 ont occasionné 55 décès accidentels au travail (ou sur le trajet pour s’y rendre) en 2019. Ce chiffre est particulièrement élevé chez ArcelorMittal (21 décès déclarés). Le groupe sidérurgique (1) est suivi par Saint-Gobain (5 décès déclarés), puis Total et Engie (4 décès chacun). Les chiffres manquent pour beaucoup de firmes de l’indice parisien. »

Cette opacité peut s’expliquer tant par des soucis d’image de marque que par des impératifs financiers : plus le nombre d’accidents du travail augmente dans l’entreprise, plus son taux de cotisation à la branche AT/MP (accidents du travail/maladie professionnelle) de la Sécu augmente également.

L’Observatoire dévoile malgré tout des données concernant les taux de fréquence des accidents du travail (c’est-à-dire le nombre d’accidents avec arrêt par million d’heures travaillées) et leur taux de gravité (nombre de jours d’absence par millier d’heures travaillées).

Sur les 13 entreprises répertoriées, Carrefour (1) se retrouve à la première place (avec un taux de fréquence de 22,75 et un taux de gravité de 0,7), suivi d’Hermès, Veolia et Teleperformance.

Ces chiffres n’étonnent pas Frank Gaulin, délégué CGT Carrefour : « Les conditions de travail se sont considérablement dégradées dans le groupe depuis 2005, avec une réduction constante des effectifs. Dans la grande distribution, nous sommes confrontés à de multiples pathologies : syndrome du canal carpien (pour les caissières), nombreuses chutes et accidents avec les engins de manutention… »

Marion d'Allard et Cyprien Boganda

 

(1) Les entreprises n’ont pas répondu à nos questions.

(*) Rouge Cerise n'a pas réussi à comprendre cet anglicisme et ne peut donc le traduire....

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Pour en savoir plus: Observatoire des multinationales (Attac)

 

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