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Il fut un temps où je lisais Le Monde, puis Libération, parfois Le Journal du Dimanche. Et Le Canard enchaîné sans compter naturellement L’Huma et L’Huma-Dimanche.

La lecture de notre presse, si elle n’était pas toujours réjouissante, et s’il fallait parfois décrypter, venait, par la rigueur des analyses et les contre-informations apportées, me ragaillardir et étayer mes arguments militants.

 

Horreur, trois fois horreur, voilà que de plus en plus, c’est dans notre propre presse que j’attrape des ulcères. Non seulement, on se met à y écrire en globish, mais il arrive de plus en plus souvent qu’on y serve la soupe à de parfaits faquins comme si l’on était dans une de ces émissions de télévision où un certain nombre de « célébrités » (je n’en connais pas le dixième) viennent échanger des banalités en se congratulant et en riant beaucoup, découvrant ainsi des dents aux pivots étincelants de blancheur.

 

L’autre soir, passant de chaîne en chaîne à titre expérimental, j’ai cru un instant que la télécommande était défectueuse. Partout on encensait Franz-Olivier Giesbert (mais oui, mais c’est bien sûr, il faut que dorénavant je ne signe plus que Roger-Alfred Martin et c’est la gloire médiatique !) venu faire la promo de Dieu, ma mère et moi…un livre (oui, ça s’appelle comme ça) où le patron du Point se fait le chantre du végétarisme. Il cite un certain Charles Patterson : « Auschwitz commence partout où quelqu’un regarde un abattoir et pense : ce sont seulement des animaux » sans que cela semble choquer quiconque. Le lendemain, c’est au tour  de Matthieu Ricard, philosophe, moine bouddhiste, commis-voyageur attaché de presse du dalaï-lama, fils du philosophe anticommuniste et atlantiste Jean-François Revel, qui vient expliquer avec force sourires que l’ « on » mange trop de viande et qu’il n’est de salut que dans le végétarisme et dans son chef spirituel. J’ai l’impression qu’il ignore que les 9/10èmes de l’humanité n’ont guère l’occasion de manger de la viande. Quant au dalaï-lama, pour une vision moins idyllique de ce personnage, je recommande la lecture - décapante- de Dalaï-lama, pas si Zen de Maxime Vivas (Éditions Max Milo)…

 

Bref, les animateurs s’esbaudissent et servent la soupe… Pour moi, ce sont ce qu’on appelait dans le temps ironiquement des illustres inconnus

 

Comment, s’esclaffe-t-on autour de moi, tu ne connais ni Anne-Marie Lapique ni Cyril Lenounours ? Faut sortir, Papie !

J’avoue. Humblement.

 

Tout ce petit monde m’emmerde profondément. Je ne suis pas méchant mais j’ai parfois envie qu’un sage vienne leur murmurer, comme aux nouveaux papes jusqu’à Jean-Paul 1er, « Sic transit gloria mundi » (ainsi passe la gloire du monde…)  ou qu’un événement -  une ride mal placée, un caprice de l’audimat - ne leur démontre que des légions de clones se pressent au portillon pour prendre leur place.

 

Viens-en au fait, on sent que tu vas encore tirer dans les coins !

Bon, je m’exécute. Dans L’Huma-Dimanche de cette semaine, trois articles pour me faire pousser du poil sur les dents.

Esprit Canal es-tu-là ? s’enquiert Claude Baudry.

L’Huma-Dimanche est-elle bien le lieu de pareilles interrogations métaphysiques ?

J’ai toujours pensé que plaisanter de tout permet trop souvent de ne parler de rien.  

Au collège de Pernes, il y 15 ans, un prof au nom de jambon passait pour un esprit libre. Rien n’échappait à ses sarcasmes, et il attaquait chaque nouvelle journée par une forte maxime, une condamnation sans appel, une saillie cynique, ne se départant de cette tendance corrosive que pour laisser échapper un compliment à l’une ou l’autre des représentantes de la gent féminine.

Nous y voilà, une jalousie de mâle  nourrit ta critique fielleuse!

Pas du tout, mes amis. Simplement j’avais déjà rencontré quelques spécimens de ces gens qui tirent sur tout (tous pourris !) pour mieux voter à droite hier (c’était son cas…) aujourd’hui à l’extrême-droite (ça l’est sans doute …).

 

Donc, la plupart des comiques ne me font pas rire. Taper « équitablement » sur tout le monde (mais avec une prédilection pour les fonctionnaires…), ce n’est pas être « objectif », c’est avoir choisi son camp sans l’avouer explicitement. Encore ai-je un certain respect pour ceux qui, comme Thierry Le Luron, assumaient pleinement être de droite.

 

Alors Canal +, son « impertinence », l’exceptionnel « talent » de ses « brillants collaborateurs », l’ « esprit de liberté », ça m’a toujours paru suspect et voici pourquoi : il fut un temps où, comme tout un chacun, je regardais « en clair » les Guignols. Il ne m’a pas fallu longtemps pour constater que si, effectivement, on se moquait de tous, la façon de le faire variait selon les individus. Seules deux marionnettes étaient franchement ridicules et, comme par hasard, il s’agissait des deux représentants de ce que l’on appelait encore la « classe ouvrière ». Arlette Laguiller et Henri Krasucki. Canal + a alors contribué à faire passer Henri Krasucki, résistant à 16 ans, déporté à Auschwitz à 18, pour un rustre à nez proéminent ne brillant pas par son intelligence. (Il est à signaler d’ailleurs que c’était encore pire au Bébête Show avec la marionnette Crabe Zuki chez le distingué Collaro, cependant que dans l' Express le délicat Plantu - qui n’assimilait pas encore Mélenchon à Marine Le Pen - le présentait en ivrogne). Que Krasucki ait été en réalité un homme particulièrement cultivé, polyglotte, fou d'opéra et de poésie ainsi qu’un dirigeant ouvrier exemplaire, l’essentiel était de nuire !

 

D’accord, et à part ça ?

À part ça, grâce à l’Huma-Dimanche, j’apprends- il ne faut pas mourir idiot - que depuis des années je me vautre dans l’erreur. Naïf que j’étais, je croyais que les chanteurs rebelles s’appelaient Jean Ferrat (artiste le plus boycotté à la télévision française !), Mouloudji,  Francesca Solleville, Léo Ferré, Colette Magny, François Béranger, Bernard Lavilliers, Yves Jamais et, bien sûr, Allain Leprest.

Que nenni ! comme dirait notre ami Serge Guérin.

Présentant un documentaire hagiographique sur Michel Polnareff réalisé par sa propre femme, l’auteur de l’article cite le célèbre exhibitionniste : « Je pense avoir aidé à changer une certaine France puritaine coincée du cul ».

Fichtre, quelle audace ! Tout ça pour que 30 ans plus tard, la Manif pour Tous réunisse un million et plus de ces « coincés du cul » ressuscités !

Et dire que Mouloudji risquait la prison en chantant illégalement Le Déserteur !

 

Attendez, ce n’est pas terminé ! Quelques pages plus loin, nous avons droit à une interview pleine page du gentil Étienne Daho. Je n’ai rien contre ce garçon, inaudible sans un amplificateur sonore de l’armée, et, certes, qu’il considère Françoise Hardy comme une « plume » ne m’encourage pas à manifester une confiance inébranlable en son sens poétique, mais, que diantre, il en faut pour tous les goûts.

Sauf que…

Sauf que le gentillet Daho s’emballe tout à coup et décerne des brevets d’efficacité révolutionnaire.

Qu’on en juge : « Je n’ai pas l’impression que les grands prêcheurs et les chansons politiques aient changé grand-chose à l’état du monde. En revanche - c’est peut-être extrêmement prétentieux de ma part - (ah, un éclair de lucidité, c’est bien, Étienne!, tu es sur la bonne voie…), lorsque des gens viennent me dire que Le Premier Jour du reste de ta vie a modifié des choses dans leur existence, je me dis qu’il y a un impact, qu’elle [sic] fait bouger les sensibilités… »

 

Ouf ! Mouloudji qui chante Le Déserteur, Ferrat Nuit et Brouillard (et Ma France, et Le Bilan et tant d’autres), Pete Seeger We Shall Overcome, Joan Baez Sacco et Vanzetti, Vladimir Vyssotski, dont la voix s’élève pour un communisme à visage humain, Victor Jara qui, doigts tranchés par les fascistes dans le stade de Santiago de Chili, se tourne vers ses camarades et entonne le chant de l’Unité populaire, tous des ringards, ces « prêcheurs » avec leurs « chansons politiques » !

 

Bah, ça aurait pu être pire. Imaginez : une interview du « rebelle » Florent Pagny, ce lutteur qui se bat pied à pied contre les odieux agents du fisc au nom de sa « Liberté de (dé)penser » tout en inscrivant ses enfants dans une école privée états-unienne pour éviter la racaille des quartiers !

 

J’ai la faiblesse de penser que le rôle de notre presse, quand il s’agit de culture, loin de cirer les pompes de gens que les autres médias célèbrent plus qu’à leur tour, c’est de faire connaître les gens de talent, ceux qui savent et témoignent qu’un artiste qui ne prend pas de risques n’est pas un artiste.

 

Je ne dis pas que ce ne soit pas, souvent, le cas dans L’Huma et L’Huma-Dimanche.

Mais alors, qu’on ne s’embarrasse pas d’égotistes narcissiques pendant que le reste des médias ignorent Michel Buhler, Agnès Bihl, Romain Didier, Nathalie Miravette, Jehan ou Michèle Bernard , pour ne citer ici que des chanteurs de chansons à texte.

Parce qu’avec finesse, sensibilité et talent, ils chantent le monde tel qu’il ne va pas, les petits, les obscurs, en refusant que l’homme soit un loup pour l’homme et en nous tirant tous vers le haut, c’est eux que nous nous honorerions de mettre en valeur.

 

Allez, il faut savoir terminer.

C’est dommage parce que j’aurais bien dit un peu de mal de la savonnette James Dean, archétype du Rebelle en peau de lapin, et des Rolling Stones, (ces « pierres qui roulent » qui à défaut de mousse ont amassé un max de flouze), aujourd’hui décorées de l’Ordre de la Jarretière (officiel !), mais ce sera pour une autre fois…

 

Sans rancune…

 

Roger Martin

 

 

(Ah si, quand même ! Dans L’Huma du 24 octobre, en dernière page, un excellent articulet intitulé Valeurs actuelles, vannes ouvertes…s’en prend au torchon médéfo-lepéniste. Celui auquel, hélas, et incompréhensiblement, collabore toujours, ainsi qu’àCauseur, Jérôme Leroy, membre du Parti communiste …)

 

Tag(s) : #CULTURE

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