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Les Amis de l’Humanité en Vaucluse

Compte rendu de la conférence de Samir Amin : Le « printemps » arabe ?

03/11 /2011

 

Samir Amin prend la parole devant plus de 70 personnes rassemblées dans la salle de l’antichambre de la Mairie d’Avignon.

Après avoir fait remarquer que le monde arabe n’est pas homogène et que ses peuples ont des cultures politiques différentes, il va nous le montrer en prenant successivement les exemples de l’Egypte, de la Tunisie, de la Lybie, la Syrie, le Bahreïn et le Yémen.  Il n’apportera pas un développement égal à chacun. Egyptien d’origine, c’est sur ce pays qu’il s’attardera le plus. L’exemple du Maroc ne sera évoqué qu’à l’occasion des trois questions qui lui seront posées.

 

L’EGYPTE :

Où le mouvement populaire a mis dans la rue 15 millions de manifestants sur 80 millions d’habitants

 

Il présente dans un premier temps les forces en présence :

1-Les forces progressistes : il dénombre 5 groupes :

  • Les jeunes : ils lancent un appel dès le 25 janvier 2011. Ce sont de jeunes urbains issus des classes moyennes populaires, politisés par des réseaux, semi organisés. Ce sont des « segments du prolétariat précarisé » qui ont la volonté de créer des formes de solidarité. Ils participent aux premières manifestations avec les communistes.
  • Les communistes. Ils sont organisés depuis très longtemps en Egypte. (Remarque : il n’y a pas de social-démocratie en Egypte).
  • Les syndicats ouvriers représentent 4.5 millions de personnes sur les 15 millions de salariés. Depuis Nasser, ils sont sous contrôle de l’Etat qui leur avait accordé des avantages sociaux afin de limiter la montée des communistes. A partir de 2005, ils ont organisé des mouvements de grèves assez forts et obtenu quelques victoires.
  • Le mouvement des petits paysans qui cherchent à résister à l’expropriation. Des luttes souvent violentes mais disséminées les opposent aux paysans riches qui veulent les spolier.
  • Les classes moyennes démocratiques

Ces forces ont trois aspirations complémentaires :

Démocratisation de la société

Progrès social. Réduction des inégalités

Anti-impérialisme.

 

Au cours des semaines de manifestations la conscience politique s’est élevée. Un Conseil National qui représente toutes les composantes actives a été crée.

 

2- Les forces réactionnaires : Elles sont très organisées et représentent la bourgeoisie « compradore » c'est-à-dire la bourgeoisie qui s’est développée grâce à la mondialisation impérialiste. Les millionnaires et même les milliardaires se comptent par dizaines de milliers en Egypte.

  • Le parti de Moubarak s’est effondré. Mais de ses cendres sont nés 3 ou 4 partis dirigés par d’anciens responsables de second plan qui n’avaient pas trop trempé dans la corruption.
  • La paysannerie riche (mais pas milliardaire)  est la « base historique » des Frères Musulmans » dont il faut savoir qu’ils représentent un Islam réactionnaire (contre la grève, contre le salaire minimum, pour le « libéralisme économique »

Ces deux composantes forment un bloc électoral qui ne participe pas au Conseil National.

Ils sont soutenus par Obama qui souhaite une transition courte qui débouchera sur des élections « démocratiques » mettant fin au mouvement en cours.

Pour les forces progressistes, le mouvement doit continuer car la légitimité des luttes est supérieure à celle des urnes.

 

  • L’armée fait parti du système. Elle a été corrompue par des moyens financiers et est partie prenante du capitalisme : elle est propriétaire d’usines, de chaînes commerciales… Elle n’est pas « neutre » mais par besoin de le paraître elle n’a pas participé à la répression (la laissant à la police) et a déposé Moubarak.

 

LA TUNISIE :

Le mouvement de révolte et de lutte a été très large mais majoritairement porté par une grande illusion démocratique. A la différence de l’Egypte, la demande d’élections a été très rapide. Elles ont été « décevantes ». A la tête de certains nouveaux partis se trouvent des « Benalistes ». Le gouvernement qui se met en place est un gouvernement de droite à coloration « Bourghibiste » et islamiste.

Un pas en avant a été fait dans le domaine des libertés individuelles mais pour les femmes on redoute un pas en arrière.

Les revendications sociales sous-jacentes n’ont pas été explicitées. La mondialisation capitaliste n’est pas remise en question car dans la population, même si le régime « Benalistes » était odieux il y avait une illusion que l’économie n’allait pas si mal, grâce notamment au tourisme.

 

LA LYBIE

Grâce à la rente pétrolière Kadhafi avait pu organiser une certaine redistribution en créant des services publics, des écoles. Mais le peuple était « dépolitisé ». Des « cliques » se battaient entre elles pour le pouvoir. Kadhafi étant un « polichinelle »

 

Ce pays représente un enjeu pour les impérialistes car il recèle non seulement du pétrole mais aussi des ressources importantes en eau non renouvelables (nappes) dont on pourrait se servir pour transformer le Sahel. Kadhafi parlementait avec les chefs d’Etat africains, tandis que les européens (dont la France avec Vivendi)  convoitaient cette eau pour arroser des plantations pour agro carburants.

D’autre part, les Etats-Unis, pour des raisons stratégiques, auraient bien voulu implanter la base de l’Africom (toujours en Allemagne) en Lybie.

 

Dans les réponses aux questions, Samir Amin reviendra plus largement sur l’Histoire de la Lybie depuis l’empire romain et sa division qui explique la persistance de deux Lybie, l’une (Cyrénaïque) « grecque » l’autre (Tripolitaine) « romaine ». Sur la division en tribus etc..

 

LA SYRIE

Au départ le parti Baas avait des positions réformatrices sociales et une certaine légitimité. Mais le régime est devenu néo libéral.

Le mouvement contre Bachar a deux composantes :

  • Des progressistes qui critiquent la dégénérescence du régime baasiste, font une critique sociale et anti impérialiste
  • Les Frères Musulmans, soutenus par l’Arabie Saoudite, qui disposent de groupes armés.

Actuellement chez les partisans de Bachar, il y a des jusqu’auboutistes et une aile prête à négocier.

 

(Dans la discussion, Samir Amin revient sur l’histoire de la Syrie puis par manque de temps, nous renvoie à la lecture de la revue Afrique-Asie)

 

Ils évoquent ensuite le Bahreïn pour lequel il note le silence occidental face à la répression exercée par un Etat étranger, l’Arabie Saoudite) et le Yémen, où les démocraties occidentales soutiennent le président en place par peur que ne ressurgisse un régime « socialiste-communiste », en fait nationaliste populaire qui existait au Sud Yémen.

 

Il conclut en précisant que tous ces mouvements se situent dans le moment de l’implosion du système capitaliste impérialiste mondialisé.

Parallèlement au « printemps des peuples » il évoque un « automne du capitalisme ».

Il élargi son propos en notant que des avancées révolutionnaires sont possibles avec une radicalisation plus grande de la « gauche radicale ».

 

Pour le Maroc, dans la discussion il revient largement sur son histoire : n’a pas fait parti de l’empire ottoman. Colonisé tardivement. Seul pays où le roi est à la fois à la tête de l’Etat  mais aussi personne sacrée. Cette sacralisation empêche le mouvement de se développer. Mais il note que les islamistes favorables à une « République Islamiste » pourraient bien faire chuter cette monarchie.

 

Roselyne Bouriche, à partir de ses notes prises lors de la conférence.


         A Voir dans AGENDA la  prochaine conférence-débat organisée par les "Amis de l’Humanité en Vaucluse"

 

Tag(s) : #SE FORMER - COMPRENDRE

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