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Article du blog de Patrick le Hyaric

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Le parti de la gauche européenne est constitué de 33 partis. La création de cette force il y a dix ans fédérant des partis aux origines diverses : anticapitalistes, communistes, socialistes, écologie politique, démocrates, féministes, a constitué un événement positif pour celles et ceux qui agissent pour transformer l’Europe.

Du 13 au 15 décembre il tenait son IVème congrès à Madrid, dans une ambiance que j’ai trouvé plus studieuse, plus rassemblée, plus conviviale que le précédent à Paris.

Désormais en France plusieurs partis et personnalités y participent dont le parti communiste, le parti de gauche, la gauche unitaire…

Evidemment les enjeux de sortie de crise et les moyens d’y parvenir ont été au centre du congrès, ainsi que la préparation des prochaines élections européennes.

Il a adopté plusieurs textes dont: un sur l’évaluation de l’autorité du PGE, un sur les statuts, un autre baptisé document politique « unir sur une alternative de gauche en Europe. »

Ce texte insiste sur l’unité des forces progressistes.

« De nombreuses forces critiques sont aujourd’hui  disponibles pour un front européen permettant une alternative de gauche pour sortir de la crise par le haut, et construire une coopération régionale européenne bénéfique aux peuples d’Europe et du monde. Nous voulons nous unir avec elles pour changer vraiment en Europe. »

 C’est le sens que nous donnons à l’existence du Parti de la gauche européenne. Le PGE unit des forces anticapitalistes, communistes, socialistes, écologistes, féministes, écosocialistes républicains et démocrates, et œuvre pour le développement de propositions, d’actions et d’espaces de confluences.»

Puis le texte démontre comment l’actuel système de construction européenne ultralibéral est en crise, qu’elle bride et fait reculer la démocratie.

Dans une troisième partie le texte appelle à changer le rapport de forces en Europe. J’en cite ici quelques passages.

« Les luttes contre l’austérité et pour la démocratie progressent mais restent très dissemblablement développées. Bien que les pressions sur la classe ouvrière soient généralisées en Europe, la puissance et la portée des luttes nationales restent très inégales selon les pays, leur histoire, leur culture politique, syndicale, et l’état des rapports de forces. Cette grande diversité oblige à d’importants efforts de dialogue et de compréhension des différentes situations.

Si des luttes existent dans tous les pays, c’est au sud de l’Europe que les résistances sont les plus massives, avec des convergences nouvelles entre les travailleurs précaires et non précaires, les jeunes et les personnes âgées, les secteurs publics et privés, autour de plates-formes politiques alternatives. En Grèce, en Espagne, au Portugal un climat de luttes et de convergences a rythmé les 4 dernières années : des grèves massives et soutenues par les populations, des mouvements sociaux sectoriels qui s’unissent, les indignés et des mouvements de jeunes précaires. Dans beaucoup d’autres pays, en France, en Belgique, en Italie, au Royaume uni, par exemple, le potentiel de résistance est élevé. Dans les pays nordiques, la gauche se bat contre les attaques contre les conquêtes de l’Etat social. A l’Est et dans les Balkans, on constate, contre toute attente, de forts mouvements populaires pour le pouvoir d’achat et le droit à l’énergie dans le respect de l’environnement, pour la démocratie contre les oligarchies et la corruption. »

 

« Des étapes ont été franchies vers une coordination européenne des luttesEn dépit des grandes contradictions qui la traversent, la Confédération Européenne des syndicats est entrée pour la première fois en contestation avec les orientations de l’Union européenne : rejet unanime du traité budgétaire et des politiques d’austérité, soutiens et appels à la mobilisation.

Une étape a été franchie le 14 novembre 2012 : des grèves générales coordonnées au sud, des journées de mobilisations interprofessionnelles et des actions de solidarité dans 23 pays et dans les milliers de villes européennes. »

 

«Vers des confluences nouvelles entre forces sociales et politiques au niveau européenLa gauche dans toutes ses composantes, est en train de dépasser ses oppositions historiques et ses propres limites pour résister à l’offensive du capital et formuler un projet commun pour l’avenir de l’Europe. Nous sommes en train de construire un nouveau type d’alliance qui permettra le travail et les actions communes tout en respectant les cultures, les espaces et les rôles de chacun.

Le processus d’altersummit, qui réunit mouvements sociaux et syndicats et qui a fait le choix d’ouvrir le débat avec des forces politiques est un pas remarquable. Le PGE, qui recherche la constitution d’un front européen s’engage à poursuivre la démarche, à aider –dans son rôle – le développement de ce type de processus. »

«La poussée de la gauche alternative, un espoir pour la lutte des classes en Europe. La progression des forces politiques alternatives est, elle aussi, inégale selon les pays. Elle est souvent liée au rejet populaire des mesures d’austérité. Les forces identifiées aux politiques de la troïka ont connu des défaites électorales. Le discours de « compromis » social démocrate s’épuise tant la confrontation de classe devient palpable. Les sociaux-démocrates, qui participent à 17 gouvernements/majorités parlementaires en Europe, ont expérimenté une baisse régulière de leurs résultats électoraux. Ils ne représentent aucun espoir, n’ont aucune vision alternative pour les sociétés et appliquent l’agenda néolibéral sur le continent. Ils soutiennent le grand capital et partagent avec la droite la conception néolibérale du monde.

Dans ce paysage politique, il y a une gauche alternative qui croît et qui a une responsabilité historique face à la droite mais aussi face aux renoncements de la sociale démocratie. Sa première caractéristique est son opposition claire aux memoranda. Les partis membres du PGE cherchent par tous les moyens dont ils disposent, dans leur pays et au niveau européen, à mettre en échec les politiques d’austérité, y compris en envisageant, quand la question du pouvoir devient une réalité concrète, la non application des politiques d’austérité et la désobéissance aux traités européens et à leurs conséquences, sur la base de la souveraineté populaire. »

 

Puis une quatrième partie reprend un projet que nous avançons au Front de gauche en France, celui de la refondation de l’Europe : refondation au sens de la rupture avec les orientations actuelles et l’actuelle construction européenne, pour rebâtir autre chose.

 

Ici encore je préfère citer tel quel les éléments du document d’orientation sur quelques points

 

« 1 – Priorité à l’emploi, au développement social, écologique et solidaire :

- Produire en Europe, et produire autrement. Lancer une dynamique de réappropriation publique des secteurs stratégiques, de nouvelles coopérations et innovations industrielles, pour garantir l’emploi, un haut niveau de droits pour les salariés, l’égalité femme / homme face au travail, et appliquer la transition écologique pour faire coïncider les besoins sociaux et les limites écologiques aux usages des ressources naturelles.

- Défendre et développer les services publics. Nous nous opposons aux privatisations des systèmes de santé, d’éducation et de tous les services publics qui augmentent toutes les formes de discrimination  et les inégalités. Nous nous battons pour une éducation de qualité, publique et libre, accessible à tous depuis la crèche jusqu’aux stages en passant par l’enseignement supérieur et la formation continue. Pour nous, l’éducation doit servir le développement personnel et la culture. Cela ne se limite pas à l’acquisition des connaissances économiquement utiles orientées vers la compétition et l’individualisme. L’école doit permettre l’émancipation et la co-éducation de citoyens debout et non soumis. Nous voulons développer et reconstruire les systèmes de santé publics, en assurer l’accès de toutes et tous. Le logement, l’accès à l’eau et à l’énergie doivent être considérés comme des droits humains fondamentaux. C’est pourquoi nous sommes en faveur de la propriété et de la gestion publique de l’eau et de l’énergie.

- Des salaires minimum en Europe doivent permettre une rémunération décente. Nous avons besoin de pensions de retraites minimum, elle aussi décentes et excluant toute inégalité de genre. Réduire le temps de travail sans réduire les salaires ou allonger l’âge de départ en retraite. Harmoniser les salaires et le niveau de protection sociale par le haut. Une augmentation des salaires et le niveau de protection sociale doivent pouvoir être décidés par un pays seul. Nous voulons développer des mesures politiques pour assurer un partage égalitaire de tous les types de travaux, payés et non payés, comme les travaux domestiques et de soins entre les hommes et les femmes.

- Agir pour la transition écologique : promouvoir des actions contre le changement climatique, développer les énergies renouvelables et appliquer des mesures d’économie d’énergie. Chaque pas vers le progrès social doit se faire dans le respect de la nature. Nous partageons avec l’approche écosocialiste l’idée selon laquelle la bifurcation écologique est un processus qui s’inscrit dans le long terme qui ne peut être assuré par les grandes entreprises et les organisations qui visent le maximum de profits à court terme. Cela doit être une affaire de souveraineté populaire et de démocratie. Seuls les peuples peuvent définir l’intérêt public et garantir une planification  écologique alliant les besoins sociaux, le sauvetage des écosystèmes et une réelle transition écologique. Cette implication populaire dans la transition écologique de nos sociétés est une part essentielle de la révolution citoyenne.

- Face au défi de la souveraineté alimentaire, la future politique agricole et alimentaire européenne doit être soutenue par des politiques publiques qui répondent aux besoins humains et aux défis de santé publique. Notre ambition est celle d’une nourriture de qualité, saine et variée, accessible à tous. Nous avons besoin d’une politique agricole qui protège de la volatilité des marchés spéculatifs et de l’accaparement des terres. Nous portons un nouveau modèle d’agriculture, équitable, soutenable, assurant aux agriculteurs des revenus décents leur permettant de vivre dignement sur tous nos territoires, créateur d’emplois agricoles en installant de nouveaux producteurs indépendants, garantissant aux consommateurs de la nourriture à un juste prix.

 

2- Emancipation des marchés financiers : mettre l’économie au service de l’humain 

- Ce dont nous avons besoin est d’une stratégie commune à travers des politiques budgétaires alternatives basées sur des budgets suffisants mais aussi sur un contrôle public et démocratique des secteurs bancaires de chaque pays et de la Banque Centrale Européenne. Il faut transformer les outils existant en outils de coopération au service des peuples. Une transformation de la zone Euro, à travers un changement radical de l’architecture de l’Euro orienté vers une économie des besoins sociaux doit mettre l’énorme potentiel de création monétaire de l’Europe au service de la réduction des inégalités, du financement public et d’un nouveau mode de développement social et écologique. Cela suppose de changer le rôle de la création monétaire dans toute l’Europe, notamment le rôle, les statuts et les missions de la Banque centrale européenne et plus globalement de changer les critères d’utilisation de l’argent des banque et des grands groupes dans toute l’Europe.

- Dans l’immédiat, la gauche européenne promeut l’idée d’organiser une convention européenne sur les dettes publiques, qui proposerait l’abolition d’une grande part des dettes insoutenables des Etats surendettés, une révision des échéances et conditions de remboursement avec, par exemple, une « clause de croissance ».

- Remettre en cause l’indépendance et des missions de la Banque Centrale européenne ainsi que de l’actuelle architecture de l’Euro et sa gouvernance. Placer la Banque Centrale Européenne sous contrôle démocratique et en lui attribuant le pouvoir d’être préteur de dernier ressort, c’est-à-dire prêter directement aux Etats.

- Créer une banque publique européenne et de ôles publics bancaires nationaux pour changer les critères de financement de l’économie réelle. L’argent ne doit pas servir la spéculation mais à créer des emplois, des services publics des produits utiles et la transition écologique.

- Changer la fiscalité en généralisant les impôts sur le capital dans les différents pays. Nous nous battons pour interdire les produits financiers toxiques, les paradis fiscaux et pour l’abolition de tous les plans de création des « zones économiques spéciales » sur le sol européen. Les riches doivent payer la crise !

 

3- Respect des souverainetés populaires et développement de la démocratie

La tâche de refondation de l’Europe nécessite un processus capable de porter le modèle alternatif proposé face à la situation actuelle, où les mécanismes d’adoption des décisions européennes doivent être changés via des procédures démocratiques, des mobilisations et pressions sociales qui n’entrent pas en conflit avec les décisions nationales mais permettent l’adoption de décisions au niveau européen par un Parlement européen aux pouvoirs pleins et entiers.

- Rééquilibrer les pouvoirs dans les institutions : le pouvoir aux assemblées élues nationales et européennes. Un transfert des pouvoirs de la commission doit être opéré vers les parlements nationaux et européens. Son rôle doit être limité à des responsabilités exécutives.

- Développer l’intervention populaire et la démocratie participative dans les institutions et les entreprises incluant la démocratie de genre à travers différentes actions et dispositions telles que les quotas visant une représentation réellement égalitaire entre les hommes et les femmes.

- Une question particulière est celle des velléités nouvelles de séparatismes régionaux. Depuis la reconnaissance des droits historiques des peuples, nous savons à quel point ces questions sont complexes et selon les territoires concernés, de nature très hétérogènes. D’où la nécessité d’une analyse au cas par cas de la garantie d’un débat éclairé et de consultations démocratiques et pacifiques des peuples concernés.


4- La paix et la coopération entre les peuples

- Dissolution de l’OTAN, promotion du désarmement et des activités anti-guerre, élimination des bases militaires étrangères sur le territoire de l’Union européenne.

- Nouveaux rapports économiques et commerciaux avec le reste du monde : la sécurité se construit par le développement.

- Défense des valeurs de solidarité, justice et égalité avec une attention spéciale aux violences faites aux femmes pendant les guerres et occupations militaires.

- Abolition des accords de Schengen et de Frontex

- Refuser le grand marché transatlantique »

 

Puis le texte appelle à construire un « Front uni contre l’austérité » dans chaque pays européen et une campagne coordonnée avec la désignation d’Alexis TSIPRAS comme candidat à la présidence de la commission européenne.

 « Le PGE accorde beaucoup d’importance aux élections européennes de 2014. Il y voit, face à l’abstention et à la défiance des citoyens, une possibilité de politisation autour des enjeux européens. La composition actuelle du Parlement européen est dominée par les forces du consensus libéral. Il y a un besoin urgent de changement politique. Nous devons tout faire pour mettre en échec les responsables de la crise et de son aggravation. Il est donc nécessaire de renforcer la gauche au Parlement européen pour élargir le soutien au projet alternatif et aux forces qui le portent, ainsi que d’en faire la promotion tant dans le parlement qu’à l’extérieur.

 La GUE-NGL est le seul groupe parlementaire qui s’est opposé au traité budgétaire et le seul capable de porter une alternative de gauche au Parlement européen, à la fois sur le fond, en proposant d’autres choix politiques, comme dans ses pratiques, en étant présent dans les luttes et en relayant les exigences qui en sont issues.

 Lors de cette campagne, notre ambition est de permettre la coalition de l’ensemble des forces qui ne veulent plus de l’austérité et qui cherchent des solutions de progrès à la crise. Ces forces sont nombreuses mais, nous le savons, elles sont dispersées et elles ne convergent pas simplement au plan politique. Le PGE appelle à favoriser partout la création de listes de rassemblement les plus larges possibles contre l’austérité et pour une alternative de gauche. »

 ***

 

Ceci renforce encore la nécessité pour l’ensemble des forces du Front de gauche et des militants qui s’y associent de poursuivre et d’amplifier la démarche initiée à l’occasion des précédentes élections européennes; c’est-à-dire de construire sans tarder des listes de rassemblement du Front de gauche afin de renforcer le groupe de la gauche unitaire européenne au Parlement européen. Ce serait d’autant plus efficace que le début de modification de rapport des forces politiques peut nous conduire à penser que des listes du Front de gauche pourraient nous permettre de gagner des parlementaires européens supplémentaires. C’est le cas notamment en Île-de-France dans le centre, dans le sud ouest, et peut-être dans la circonscription ouest. 

***

 

Le congrès du PGE a décidé de plusieurs grandes initiatives importantes à faire connaître le plus largement possible.

 

    Un sommet de forces alternatives européennes en 2014, sur les moyens de sortir de la dette (audit, effacement, rôle dans la BCE)

    Une grande campagne européenne pour mettre en échec le projet du marché unique transatlantique (voir mon livre « Marché transatlantique : Dracula contre les peuples »)

   L’organisation chaque année d’un « forum européen d’alternatives ». Ce projet avait été en débat et proposé à la réunion de la convention nationale du PCF le 16 novembre 2013

    La décision de présenter Alexis TSIPRAS comme candidat à la présidence de la Commission européenne

   La réélection de Pierre Laurent à la présidence du PGE. Il s’agit d’une direction collégiale comprenant, aux cotés de Pierre Laurent, plusieurs vice-présidentes et présidents.

 

Ce fut un  congrès combatif, uni, solidaire qui a réfléchi aussi sur les solutions à apporter pour sortir des crises actuelles et élaborer un autre projet européen. Les interventions du Président et du secrétaire général de la confédération des syndicats européens ont constitué un fait nouveau qui témoigne du rôle nouveau du Parti de la gauche européenne.

 

Après les campagnes des forces et des militants du Front de gauche en 2005 contre le projet du traité constitutionnel, après la création du Front de gauche à l’occasion des dernières élections européennes, après les campagnes d’explication et la manifestation de septembre 2012 contre le traité budgétaire, et face aux pressions des marchés financiers, à la montée des droites et des dangers d’extrême droite, de nouveaux combats unitaires sont devant nous pour rompre avec l’actuelle construction européenne et pour en inventer une autre au service de l’humain d’abord.

 L’unité des forces de la gauche alternative rassemblée dans le Front de gauche, au service des citoyens peut nous permettre d’y parvenir.

 

Patrick Le Hyaric

 


Tag(s) : #SE FORMER - COMPRENDRE

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