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Certaines disparitions donnent envie de coucher sur le papier des souvenirs. Comme l'écrivait récemment P.Pivion dans un article publié dans Liberté Hebdo, « L’objet de ce texte n’est pas de s’affliger d’une disparition cruelle (elles le sont toutes) »

Merci à notre camarade Martine de partager avec nous ces instants vécus avec Roger.

 

Roger, je me souviens.

Je me souviens de l’homme politique exercé, du fervent communiste et humaniste, combattant l’extrême droite, de l’orateur brillant et charismatique, de l’habile fédérateur, du grincheux parfois insupportable et au caractère trempé, de l’infatigable camarade engagé, comme beaucoup d’entre nous se souviennent de toi. Je me souviens aussi de l’ami fidèle, mais pas que….

Je me souviens de ton soutien sans faille lorsque je suis tombée malade et de tes visites à l’hôpital ou en maison de repos, teintées de compréhension et de compassion.

Je me souviens de tes articles percutants dans Rouge Cerise et autres.

Je me souviens de ce fameux rendez-vous au Café de France à l’Isle où X et toi avez accueilli ma demande d’adhésion au Parti et à la Section Oswald Calvetti sans bouder votre plaisir de compter une nouvelle recrue dans vos rangs. Mon début avec la carte rouge du PCF dont je suis si fière !

Je me souviens de tes coups de gueule inégalables en réunion de section ou de bureau chez moi. Tu t’emportais de façon impulsive et je te rattrapais sur le pas de ma porte pour tenter d’apaiser ta colère passagère.

Je me souviens de ta sensibilité exacerbée (non, Roger, tu n’étais pas seulement brillant, engagé ou colérique, mais aussi touchant, généreux et émouvant) lorsque tu venais te confier à moi ou au téléphone, avec pudeur et discrétion mais sans artifice.

Je me souviens d’être allée au salon du livre à Séguret pour te voir en dédicace et rencontrer tes camarades d’écriture. Tu dénigrais sans vergogne Drucker et autres « écrivains de pacotille ».

Je me souviens de tes livres, posés aujourd’hui sur les étagères de ma bibliothèque, précieux trésors à présent.

Je me souviens de votre accueil chez vous (E et toi) à Velleron pour des fêtes mémorables. S faisait griller des saucisses, MH nous faisait goûter son vin de noix, F et E coupaient les melons et tout et tout… . Nous finissions joyeusement les agapes en chantant l’Internationale à tue-tête, n’en déplaise à tes voisins.

Je me souviens de ton accompagnement solide et chaleureux auprès de nos camarades aujourd’hui disparus.

Je me souviens des manifs le poing levé sous la banderole de notre section . Tu nous rassemblais et nous contenais en un seul groupe. Attifés de la chasuble jaune puis rouge, nous entonnions des slogans percutants.

Je me souviens des livres de tes amis écrivains que tu me vantais judicieusement afin que je les achète, (et je le faisais avec plaisir).

Je me souviens de l’assaut du Pont d’Avignon en fin de manif pour les retraites. Nous étions fiers de notre équipée singulière.

Je me souviens de tes messages vocaux me rappelant tel événement à noter, tel camarade à contacter, t’emportant contre untel ou unetelle n’ayant pas fait disais-tu son boulot de militant, montrant ton agacement de lenteur remarquée ou de date reportée.

Je me souviens de tes rappels à soutenir B, notre secrétaire de section, pour des « charges bien trop lourdes pour une seule personne »).

Je me souviens de t’avoir vu t’emporter, lors d’une manif se dirigeant vers la préfecture d’Avignon, contre un automobiliste mécontent coupant le cortège. Une grosse colère à la Roger !

Je me souviens de toutes les commémorations émouvantes, à Sarrians, au Beaucet, à l’Isle et autres…. Tu y tenais à ces cérémonies et tu veillais au grain quant aux présents non désirés.

Je me souviens des distributions de tracts sur les marchés, devant les usines. Tu t’attachais à sensibiliser les gens à défaut de les convaincre tout à fait.

Je me souviens de tes discours passionnés et enthousiastes qui exhortaient à la lutte et à la résistance. Ton éloquence légendaire ne faisait jamais défaut.

Je me souviens de ton sourire malicieux et de ton œil rieur lorsque tu contrais un camarade par un trait d’humour approprié peut-être mais pas toujours apprécié.

Je me souviens de ta complicité avec certains et de ton opposition à d’autres. Entier tu étais, bienveillant, tu l’étais tout autant.

Je me souviens de tes blagues répétées à J sur son pouvoir de séduction sur les femmes. Tu le faisais beaucoup rire et nous aussi.

Je me souviens de ta précision de vocabulaire (le mot « dédié » ne s’emploie jamais seul disais-tu par exemple) et de ton rejet catégorique de l’emploi des anglicismes (« courriel «  et pas « mail » enfin !!!).

Je me souviens que tu avais conscience que ta personnalité pouvait être attachante mais que ta fougue pouvait déplaire aussi.

Je me souviens….

 

Roger, cette liste n’est pas exhaustive car elle ne peut pas l’être mais je tenais à l’écrire pour moi d’abord, pour continuer à te faire exister, et aussi parce que tu m’incitais souvent à publier un article dans Rouge Cerise. C’est chose faite camarade !

Je ne te dis pas « au revoir » mais « je me souviendrai ».

Martine Taxil

En mon nom propre.

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