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Un article du site du journal La Marseillaise

 

 

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, était à Marseille, vendredi, pour fêter le double anniversaire des Scop-Ti. Pour « La Marseillaise », il est revenu sur les mobilisations en cours, appelant à élargir le front de contestation face au gouvernement.

 

Vous êtes venus soutenir les Scop-Ti, en quoi leur lutte est un exemple de réussite pour tous les travailleurs ?

Philippe Martinez : C'est un exemple inspirant à plusieurs titres et qui devrait être plus mis en avant. Premièrement, ils ont montré que rien n'est jamais décidé à l'avance, même s'il faut faire 1 336 jours de grève. Aussi, que lorsqu'on écoute les salariés, ils ont des idées car ils connaissent bien leur entreprise et ils sont capables de porter des projets qui font avancer les choses. Enfin, c'est un combat d'actualité puisqu'on conjugue l'industrie, l'environnement et le social. Par rapport aux débats actuels sur l'agriculture et les circuits courts, ils mettent en œuvre des choses très concrètes. Je considère que Scop-Ti devrait être régulièrement évoqué par tous ceux qui nous font la leçon sur le fait que le social ça coûterait cher et que l'industrie serait difficile à préserver. Pour ceux qui parlent beaucoup de l'avenir de la planète, mais n'ont aucun exemple à évoquer, en voilà un très concret. D'autres entreprises du département méritent d'être soutenues, je reviendrais. Je pense à la centrale de Gardanne notamment.

 

Vous manifestiez cette semaine contre le projet de réforme des retraites du gouvernement. Sentez-vous les Français particulièrement opposés à cette réforme ?

P.M. : La population est inquiète, elle a bien compris que le projet du gouvernement est de nous faire tous travailler plus longtemps. Par contre, il y a besoin de continuer à expliquer un certain nombre de choses. Le président de la République va nous refaire le coup du grand débat, cette fois à la sauce retraite, mais avec la même formule : « Posez-moi des questions, je vous réponds. » Ce n'est pas un vrai débat, pas un débat contradictoire. La CGT a déjà engagé des formations de ses militants, mais on veut aussi faire des débats citoyens avec des contradicteurs. J'ai eu l'occasion de débattre avec Jean-Paul Delevoye lors de la Fête de l'humanité, c'est ça un débat. Argument contre argument. Et ce sont les citoyens qui se font un avis et qui décident. On veut faire ce genre de débat dans tous les départements, toutes les localités. On invite d'ailleurs les députés de La République En Marche à nous expliquer le sens de leur projet. On va aussi sortir un journal à un million d'exemplaires pour expliquer cette réforme.

 

Plusieurs fédérations se sont mobilisées ce mois-ci, mais au coup par coup, pas toujours en intersyndicale. Comment allez-vous œuvrer en vue d'un élargissement de la contestation ?

P.M. : La retraite intéresse tout le monde. Mais il y a des sujets d'actualité, comme le projet Hercule à EDF, la réorganisation des finances publiques... On doit conjuguer tout ça avec l'objectif de se rassembler ensemble. Non pas pour avoir le statu quo, mais pour qu'on ait un système de retraites encore plus solidaire. Le nôtre est le meilleur du monde, mais il a besoin de prendre en compte les nouvelles formes de travail. Je pense aux travailleurs de Deliveroo, d'Uber, qui eux n'auront pas de retraites, même avec le système actuel. Ou aux étudiants, dont il faut revoir la prise en compte des années d'études dans le calcul de la retraite. Le gouvernement va jouer la division et l'opposition. Le Premier ministre a déjà opposé les conducteurs de bus du Havre et ceux de la RATP, car ceux de la RATP partaient plus tôt à la retraite. Chiche, faisons partir tous les conducteurs de bus plus tôt, c'est le même boulot. C'est un alignement par le haut, c'est ça le progrès.

 

Concernant les retraites, il y a une intersyndicale lundi prochain. On a en perspective d'avoir des journées d'actions communes, y compris de grève dure. Mais pas uniquement quelques professions, il faut le maximum de citoyens dans l'action. Il y a eu des points intéressants comme les manifestations de cette semaine ou encore la RATP. Il faut amplifier ce mouvement.

 

Dans cette lignée, pour rassembler, faut-il agir avec les partis politiques d'oppositions ?

P.M. : On n'a jamais refusé le soutien de qui que ce soit. Les luttes sociales sont soutenues par les politiques, mais sont d'abord entre les mains des travailleurs. Je pense qu'il doit y avoir une meilleure jonction entre les questions sociales et environnementales. On a commencé à travailler ça, samedi dernier, avec la jeunesse à Paris. Ce sont deux causes complémentaires et qui méritent que les ONG, associations et syndicats agissent ensemble. Dans l'histoire sociale de notre pays, il a toujours fallu plus de monde.

 

Vous évoquez les nouvelles formes de travail, est-ce que le fait que les travailleurs des plateformes numériques s'organisent principalement via des collectifs remet en cause le rôle des syndicats ?

P.M. : Ce qui est intéressant avec les livreurs à vélo, c'est qu'à la base, ils voulaient un peu de liberté dans leur travail. Et ils se sont rendu compte que la liberté n'est pas si facile à gagner. Ils ont voulu se défendre en créant des associations. Puis mardi dernier, ce sont eux qui ont ouvert la manifestation parisienne, devant notre cortège. Ils ont ensuite passé 3 heures avec nous, pour discuter de leurs problèmes et on a créé trois nouveaux syndicats CGT des livreurs à vélo. C'est plutôt positif car le lendemain de la manifestation, Deliveroo a été obligé de recevoir une délégation de livreurs appuyée par la CGT, avec des syndiqués CGT en son sein. C'est la première fois qu'une plateforme numérique, niant tous les liens de subordinations avec ses travailleurs, soit obligée de recevoir une délégation. Évidemment, ce n'est qu'un premier pas, il n'y a rien eu de concret. Mais je pense que c'est une bonne chose pour le monde du travail et pour la CGT, qui s'adapte encore plus aux réalités d'aujourd'hui. Moi, je suis partisan que les citoyens se fassent leur propre expérience. À la CGT d'être présente à côté d'eux quand ils en ont besoin. En général, ça se finit toujours comme ça, toujours bien. C'est quand nous ne sommes pas là que les choses tournent mal.

 

Propos recueillis par Amaury Baqué

Écrit   lundi 30 septembre 2019

 

Tag(s) : #JE LUTTE DES CLASSES
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