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Adieu l'ami!

François Corteggiani nous a quittés! Il se préparait à fêter son anniversaire. 69 ans. On ne devrait pas partir si tôt alors qu'on a encore tant de boulot sur sa planche et tant de combats à livrer! 
Depuis qu'il s'était installé à Carpentras, François avait mené une lutte incessante et courageuse contre la bêtise à front de taureau. Et, la plupart du temps, nous nous retrouvions côte à côte, physiquement ou par la plume et le crayon, pour nous opposer au Front national et aux intégristes de tous poils.
Compagnon de route, c'est une expression qui sonne haut et clair. Et François était un compagnon de route des mauvais temps comme des embellies. Comment oublier sa présence au Sursaut en 1995, lorsque le grand blond à la chemise noire avait prétendu, un certain 11 novembre, exiger réparation (sic) contre les calomnies (resic) contre lui lancées. Comment oublier son rôle déterminant pour empêcher la prise de Carpentras déjà donnée perdue lors des municipales de 2008, et la diffusion sur les marchés de sa BD mettant en scène un certain Hervé le Lapinot?
Comment oublier les ennuis et les menaces que lui valaient ses prises de positions sans concessions? Des provocations d'un colleur d'affiches fascisant tentant de pulvériser sa devanture aux plaintes pour diffamation d'un notable bleu marine bon chic bon genre qui ose aujourd'hui saluer "la mémoire d'un adversaire".
Comment oublier tous les combats menés ensemble, parfois contre des donneurs de leçons oubliant que la plus grande d'entre toutes c'était de ne pas laisser le Front s'implanter davantage et pour commencer de blackbouler aux législatives de 2012 l'héritière du chatelain de Montretout, le milliardaire Le Pen?
Comment oublier, tout simplement, combien François Corteggiani et nous-mêmes, les communistes de Vaucluse, partagions les mêmes valeurs, l'honnêteté, la solidarité, la fraternité. Et le courage.
Nous ne t'oublierons pas. Tu étais un bourreau de travail et ton oeuvre reste. Et, naturellement, ce Pif qui est si cher aux communistes...
L'Humanité a voulu te rendre hommage, dans son édition de fin de semaine. Cet article, qui revient sur ton travail et tes engagements, nous le proposons aujourd'hui aux lectrices et lecteurs de Rouge Cerise.

 Roger Martin

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Article du journal l'Humanité

 
PIF perd l'un de ses maîtres

DISPARITION François Corteggiani nous a quittés. Cheville ouvrière de l’aventure Pif Gadget dans les années 1970 et 2000, il lègue au 9e art une oeuvre à la croisée des genres, comme dessinateur puis scénariste.

 

François Corteggiani s’est éteint, mercredi soir, alors qu’il venait de fêter ses 69 ans, dans sa retraite provençale au pied du mont Ventoux, à Carpentras, où il avait élu domicile depuis la fin des années 1980.

« Corté » pour les intimes, amis et camarades, alias Pujol pour le métier ou « Kort » pour les lecteurs de l’Humanité, figure centrale de la galaxie Pif, laisse une trace impressionnante dans l’histoire du 9e art par la somme et la qualité de son travail, comme par la permanence de ses engagements. Né le 21 septembre 1953 à Nice, « Corté » s’amourache très tôt de la bande dessinée. « J’ai voulu faire ce métier dès l’âge de 7 ans, dira-t-il. Dès que j’ai su lire, en fait. J’ai commencé par dessiner des petits formats, pour un éditeur lyonnais. »

Adolescent, baigné dans l’univers des comics américains, il noircit en deux ans mille planches de petit format avant de monter à Paris, en 1972. Après un passage éclair au magazine Spirou et quelques travaux alimentaires pour la publicité, le voilà accueilli à Pif Gadget, fondé à la suite de Vaillant, trois ans auparavant. Il y commence de la plus belle des manières, en reprenant, poussé par Michel Motti et dans les pas d’Arnal, les traits du canidé intrépide. Le magazine où se côtoient, pêlemêle, Gotlib, Mandryka, Gillon, Greg, Lécureux, Tabary, Godard, Forest, et dont la diffusion oscille entre 500 000 et 1 million d’exemplaires, est alors l’une des plus belles écuries du 9e art, tissant, de surcroît, un lien entre la génération résistante et la jeune garde de la BD.

 

DANS LES PAS D’ARNAL

C’est Christian Godard, scénariste de la Jungle en folie, qui le pousse à lâcher le fusain pour la plume. De dessinateur, « Corté » devient donc scénariste : les personnages Bastos et Zakousky, Chafouin et Baluchon, Marine la fille de Pirate, les séries De silence et de sang, l’École Abracadabra, Tatiana K. ou Commissaire Soubeyran, pour en rester là, sortiront de son imagination débridée.

Il aura également été sollicité pour faire revivre, parfois le temps d’un album, les personnages d’Alix, Zembla, Lefranc, Poupée d’ivoire et des Pieds Nickelés… À la mort de Jean-Michel Charlier, en 1989, la lourde tâche lui incombe de reprendre les aventures de Blueberry. Aidé par le dessinateur Michel Blanc- Dumont, il scénarisera seize tomes de la Jeunesse de Blueberry, succès publics et critiques qui le placent parmi les scénaristes incontournables de son temps. Ces années sont celles d’une reconnaissance tous azimuts et de collaborations prestigieuses (Cavazzano, Meynet, Bourgeon…). Il confessera avoir, à cette époque, écrit « un nombre incalculable d’histoires de tous formats pour Disney et des éditeurs de différents pays ». Mais aux gros sous de Picsou, « Corté » préfère les facéties de Pif et Hercule. Lorsque l’Humanité décide de leur redonner vie, en 2004, il reprend du service et accepte avec enthousiasme le poste de directeur BD du nouveau Pif Gadget,fierté, c’est d’avoir relancé Pif Gadget, en tant que rédacteur en chef.

Bien sûr, l’aventure s’est arrêtée au bout de 50 numéros, mais elle a été enthousiasmante. Je suis très lié à Pif, un personnage historique », dira-t-il au Progrès en 2013. « François était un être très attachant, un grand bonhomme chaleureux et entier, animé par un état d’esprit collectif, toujours plein d’histoires, imaginant, mettant en scène », se souvient le député communiste Pierre Dharréville, alors rédacteur en chef du magazine pour enfants, sous la direction de Patrick Apel-Muller. « S’il était attentif à toutes les générations, il tenait à faire de la place aux nouveaux auteurs. Il a toujours eu le souci d’adapter ses personnages au monde contemporain, à l’époque », ajoute-t-il. L’élu se souvient également de son « engagement viscéral » contre l’extrême droite, qui pullulait dans les terres vauclusiennes.

En 2014, lors des élections municipales à Carpentras, « Corté » a maille à partir avec la gangrène frontiste, placée sous la houlette d’Hervé de Lépinau : « J’en avais tellement marre d’entendre toutes ces saloperies véhiculées par l’extrême droite que j’ai fait un journal avant le premier tour », dans lequel « il y avait des caricatures et un édito où étaient employés les mots “salopards”, “scélérats” et “imbéciles”. Sur une autre page, j’avais mis la définition de ces mots d’après le dictionnaire », expliquait-il à l’Humanité. Le candidat frontiste s’y trouvait transformé, oreilles pendantes, en Hervé le Lapinot.

À la suite de la plainte déposée par le candidat d’extrême droite, « Corté » est reconnu coupable d’injures et condamné à lui verser 7 500 euros. Un comité de soutien est immédiatement créé : « Chercher à m’intimider, c’est prendre le mauvais chemin », dira-til. « Lépinau a semé le vent, il va récolter une tempête de Lapinot. » C’est que l’auteur a fait son nid dans la cité vauclusienne en fondant le très populaire Bistrot BD autour duquel gravitent quantité de dessinateurs, ses amis, qui s’empareront du sujet. Il a finalement fallu attendre que la Cour de cassation s’en mêle, en 2017, pour que « Corté » soit, enfin et en toute logique, relaxé. En 2015, quand l’Humanité tente à nouveau de relancer Pif Gadget, l’auteur est toujours de la partie, prodiguant ses bons conseils en ami fidèle. Ses milliers de strips mettant en scène le chien sagace, avec le concours de son fils Baptiste, accompagnent quotidiennement les lecteurs de l’Humanité depuis 2011. Ils resteront, eux aussi, une fierté, « peut-être la plus grande de ma carrière professionnelle », disait-il. Après quatre ans de pause, épuisé par son combat judiciaire victorieux, Corté relançait, l’année dernière, son Bistrot BD, foyer de résistance culturelle à l’influence fascisante au coeur de Carpentras.

L’ensemble des équipes de l’Humanité s’associe au chagrin de sa famille et lui présente ses sincères condoléances.

CLÉMENT GACIA

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