Il y a 81 ans,le premier août 1944, à Sarrians, nos camarades ANTOINE DIOUF et ALBIN DURAND étaient torturés à mort par les miliciens du PPF. Ils sont tous les deux morts sans avoir parlé.
Depuis 1945, un représentant du Parti communiste français prononce un discours au début de la cérémonie commémorative organisée par la municipalité,. Waldeck Rochet, qui devint plus tard Secrétaire général du PCF, prononça le premier.
Cette année, c’est en présence d’une assemblée nombreuse que notre camarade Patricia Tejas, membre du Conseil National a pris la parole au nom du Parti Communiste.
Rouge Cerise publie ci-dessous le texte de son allocution.
Discours d'hommage à Albin Durand et Antoine Diouf
Sarrians 1er aout 2025
Madame la Maire de Sarrians, Mesdames et Messieurs les élus, Présidents et représentants des associations d’anciens combattants, résistants et déportés, ainsi que les membres de l’association des Amis d’Albin Durand et Antoine Diouf,
Chers amis, chers camarades,
Le 1er août 1944, le village de Sarrians a été le théâtre d'événements tragiques marqués par la violence et la barbarie. Sous la protection d'un détachement nazi et de la Gestapo et avec l'aide de collaborateurs locaux, des membres du Parti Populaire Français, un parti fasciste et collaborationniste, ont commis des atrocités durant toute la soirée et toute la nuit.
Ce commando est parti à la recherche de communistes et de résistants. Ils ont fait tirer sur la place pour semer la terreur, provoquant la mort de Paul Roux, qui avait tenté de porter secours à un jeune blessé, et de Lucien Faraud, agent de liaison de la résistance, de passage ce jour-là.
Puis le commando s’est ensuite rendu dans la ferme d’Albin Durand et de l’ouvrier agricole Antoine Diouf, ils ont été arrêtés, torturés et finalement assassinés lors de cette nuit tragique.
Rappelons que Albin Durand était membre du Parti Communiste Français et avait été conseiller d'arrondissement de Carpentras-Nord. Il était un résistant sédentaire, continuant sa vie de paysan tout en participant activement à des actions de résistance.
Antoine Diouf le suivit dans cet engagement. Membre de la Jeunesse communiste dès avant la guerre, il adhère au parti durant la Résistance.
Ils n’étaient pas des héros au sens traditionnel, pas des chefs militaires, pas des stratèges politiques. Ils étaient des hommes simples, mais animés d’une force rare : l’espoir.
L’espoir d’un monde plus juste. L’espoir d’une société libérée de l’oppression, affranchie du fascisme et portée par la solidarité.
Le corps d’Albin Durand sera retrouvé le cuir chevelu scalpé, la poitrine défoncée, les jambes sciées, une balle de revolver derrière la nuque. Celui d’Antoine Diouf sera retrouvé brûlé, les muscles tuméfiés et les os cassés, lui aussi achevé par un coup de révolver.
Aucun d'eux ne parlera, et les réseaux de résistance qui devaient se réunir dans la ferme le lendemain, entre-temps avertis, seront préservés. Leur mort est devenue un symbole de la barbarie, subie par de nombreux résistants, résistantes et civils durant cette période sombre de notre histoire.
Ces événements s'inscrivent dans une période de terreur et de répression intense dans la région. Face à l'imminence du débarquement, entre le début du mois de juin et la mi-août 1944, la répression s'intensifie : nombreux sont les hommes et les femmes qui perdront la vie dans des circonstances similaires dans le Vaucluse.
Alors que nous honorons aujourd’hui la mémoire d’Albin Durand et d’Antoine Diouf, le combat pour lequel ils ont donné leur vie n’a pas été définitivement remporté.
Aussi, le livre "Sarrians 1er août 1944, un village dans la tourmente" est un témoignage poignant et un hommage aux victimes de la répression nazie et collaborationniste. Il contribue à préserver la mémoire de ces événements tragiques et à transmettre aux générations futures l'importance de la résistance et de la lutte pour la liberté et la dignité humaine.
Cette lutte, ces luttes sont toujours d’actualité au moment où l’humanité est à un tournant de son histoire. L’affrontement entre le capital et le travail est exacerbé. Le capitalisme, en crise systémique depuis des décennies, se montre incapable de répondre aux immenses défis posés à l’humanité. Et ce sont toujours les peuples qui en paient le prix.
Le déchaînement des compétitions entre puissances étatiques, multinationales et les logiques populistes-nationalistes mèneront indubitablement, si rien ne change, à la catastrophe.
Pour contrer cette hypothèse, regardons droit dans les yeux les raisons de la montée du fascisme en Europe au 20ème siècle, par la combinaison de facteurs politiques, économiques, sociaux et culturels.
Parmi eux :
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L’exploitation des sentiments nationalistes extrêmes, promouvant l'idée de la supériorité nationale et la nécessité de restaurer la grandeur passée.
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La désignation des boucs émissaires, tels que les juifs, les communistes, les étrangers et les minorités, comme responsables des problèmes nationaux.
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L’utilisation de la propagande de manière intensive pour diffuser les idées et mobiliser les masses : des techniques modernes de communication ont été employées pour promouvoir l'idéologie fasciste.
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Et aussi le culte du leader comme figure charismatique et infaillible, capable de sauver la nation.
Tous ces leviers idéologiques sont perpétuellement réinventés. Ils sont aujourd’hui de retour en force, et résonnent comme de funestes échos.
Ils fragilisent et menacent gravement notre république dans ses valeurs universalistes et ses principes de liberté, d’égalité, de fraternité.
Face à cette menace grandissante dans le monde, en Europe et en France, je reste persuadée que nous sommes des millions à refuser l’économie de guerre et à promouvoir la paix, à rejeter l’impérialisme et la « gangstérisation » des relations internationales, à honnir la mise en concurrence entre travailleurs et travailleuses et la haine xénophobe.
Comme nombreuses municipalités du Vaucluse qui ont été, avec leurs habitants et habitantes, des lieux de résistance active pendant la seconde guerre mondiale :
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Nous sommes des millions à penser que ce qui nous rassemble est bien plus fort que ce qui nous divise ;
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Nous sommes des millions à affirmer que d’autres choix sont possibles ;
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Nous sommes des millions à croire, comme Albin Durand et Antoine Diouf, que notre résistance, nos mobilisations et luttes, nos engagements communs entre partis progressistes, organisations syndicales et associatives peuvent triompher face à la montée des idées nauséabondes de l’extrême droite et de la droite extrême. Idées qui ont pour unique but de servir le capital et d’engendrer systématiquement des régimes illibéraux, autoritaires et totalitaires.
Albin Durand et Antoine Diouf, 81ans après leur assassinat, nous montrent le chemin.
Ceux que l’on appelle aujourd’hui les "grands hommes" ne sont pas toujours ceux qui méritent des statues.
Parfois, ce sont ceux qui tombent, dans l’ombre, pour que d’autres puissent se lever, un jour, dans la lumière.
L’heure n’est plus à l’hésitation ou au renoncement, ensemble choisissons notre camp : celui de la liberté, de l’égalité, et de la fraternité !
Je vous remercie.
Sarrians, Patricia Tejas, PCF 84
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