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Crédit image : Jacques Tardi, le Cri du peuple

http://www.revolutionpermanente.fr publié le 22 mai 2017

Quand Yann Moix exhorte le nouveau chef d’État français à mater la plèbe et les « rouges »

Dans une lettre ouverte à Macron, en forme de mise en garde, Yann Moix s’érige en rempart contre l’extrême-droite – avec laquelle il entretient des liens ambigus – pour mieux appeler le nouveau Président à mater toute résistance ouvrière… et les « rouges ».

Yann Moix, chroniqueur et écrivain, est l’un de ces chiens de gardes du capital qui n’est plus à présenter. Photographié à de nombreuses reprises en compagnie de personnalités peu fréquentables telles que Philippe Châtillon, ex-membre du GUD et proche de Marine Le Pen, ou encore l’imprésentable antisémite Alain Soral, il entretient des liens étroits avec la fachosphère et l’extrême-droite sioniste. Grand défenseur de la colonisation de l’État israélien, sur fond de discours racialiste, Yann Moix a notamment déclaré devant un public en partie composé de membres de Ligue de Défense Juive – LDJ, organisation d’extrême-droite sioniste aux méthodes particulièrement violente – ces quelques mots : « Je vais être court. Vous n’êtes pas seuls ». C’est en effet un adepte du grand écart, faisant montre d’une complaisance envers toutes les mouvances les plus réactionnaires, de l’antisémitisme notoire à la fervente défense du sionisme.

Par ailleurs, les prises de position et les écrits du chroniqueur le placent sans ambiguïté du côté du patronat ; il fait partie de cette garde rapproché du capital qui montre les crocs dès qu’on s’attaque à leur modèle social. Ses attaques répétées envers Philippe Poutou, le candidat ouvrier et anticapitaliste sur le plateau d’On n’est pas couché l’illustrent parfaitement. On se souviendra notamment du mépris de classe affiché dont il avait fait preuve après que le candidat du NPA a dénoncé le grand patronat, en prenant notamment Bernard Arnault en exemple : « Bernard Arnault, ce qu’il a, il l’a volé ! Sinon regardez combien gagne une infirmière qui travaille dur pour de vrai, ce n’est pas possible de s’enrichir comme ça, ce sont des voleurs ! ». Suite à quoi Moix s’était montré d’autant plus désagréable et arrogant envers lui.

Ainsi, avec sa lettre ouverte à Macron, qui fait montre d’une haine particulière envers les classes populaires, les travailleurs et les opprimés, Yann Moix n’en est pas à son coup d’essai. Intitulée « N’oubliez pas d’être ferme », sa tribune est parue dans la presse aux côtés d’autres écrits, signés par Fabrice Luchini, Régis Jauffret, Anne Nivat et Sonia Mabrouk. Sous forme de souhaits, de mises en garde, de revendications, chacun y va de son petit conseil au nouveau Président, sans oublier de le féliciter de sa récente élection.

La lettre de Yann Moix se démarque des autres, par la forme et le style particulièrement pompeux au premier abord, mais aussi par le message qu’elle véhicule. Il s’agit d’une adresse directe aux classes dominantes, qu’il enjoint à ne pas se « laisser mener par les diatribes des meneurs, par les huées des sans-culottes qui râlent et grognent et plongent, ricanant, hurlant, le pays dans un chaos satisfait, souhaité, voulu ».

Le texte s’ouvre sur une analyse des caractéristiques du nouveau Président, des éléments qui, dès les premiers instants qui ont suivi son investiture, permettent de le comparer à tel ou tel chef du gouvernement. Ainsi, Emmanuel Macron est tour à tour comparé à Napoléon, Giscard, Mitterrand et Louis-Philippe.

Nous ne pouvons que partager le constat de caractéristiques propres au bonapartisme, dans sa variante ultralibérale, en la personne de Macron. Cela se traduit notamment par tout un panel de symboles – la traversée de la cour du Louvre, la figure du chef de guerre… – mais aussi par le renforcement de l’appareil répressif et de l’usage de tout un éventail d’outils anti-démocratiques (49.3, ordonnances) dans le but de faire passer un ensemble d’attaques aux libertés démocratiques, à destination des travailleurs et des classes populaires. Mais de cette analyse, nous tirons des enseignements et nous fixons des tâches qui sont au strict opposé des mises en garde de Yann Moix.

Ce dernier rend éloge aux traits tour à tour monarchiques et populistes (« Monarque et peuple : excellent raccourci de votre fonction. ») de Macron. Il vante son lien étroit avec le monde de la finance et son statut d’agent du capital : « Giscard, monarque ; Mitterrand, peuple. Le lieu, aussi, de Louis-Philippe, non pas roi de France mais roi des Français : époque où le pouvoir, déjà, aimait se mélanger à la banque. »

Mais, à mille lieues d’analyser les caractéristiques et les faiblesses du nouveau Président pour se préparer aux attaques en cours et à venir contre notre camp social, Yann Moix met en garde Macron lui-même – et à travers lui le patronat et les classes dominantes dans leur ensemble – contre la colère qui gronde et qui pourrait bien faire le faire reculer.

Le chroniqueur masque, sous le vocable abstrait aux relents nationalistes et populistes de « France », les rapports de classe qui structurent notre société, avec une majorité exploitée qui subit les attaques ininterrompues du patronat et du gouvernement et une minorité qui exploite et réprime. Brandissant l’épouvantail de la « folie rouge », il rappelle – avec raison – que la France, c’est aussi le pays de la Commune de Paris, le pays où la majorité exploitée a su instaurer avec courage un gouvernement des travailleurs durant plusieurs semaines, forçant les exploiteurs à fuir, avant d’être réprimés dans une sanglante contre-révolution. Les communards, et plus généralement celles et ceux qui luttent contre le capitalisme, sont dépeints dans la lettre de Moix comme une horde de sauvages, des preneurs d’otages minoritaires et sanguinaires qu’il a fallu dompter. C’est ainsi, explicitement, que le chroniqueur revendique l’écrasement de la Commune, qui s’est fait dans un bain de sang et qu’il préconise à Emmanuel Macron de réprimer violemment ceux qu’il considère comme les héritiers de cette « France-colère » qui « prône l’égalité au bout d’une pique et n’aime pas perdre la face ».

Mais ce qui ne semble manifestement pas déranger Yann Moix, c’est la violence même de cette société, les milliers de morts au travail, les nombreux ouvriers qui se suicident, poussés au désespoir par l’acharnement du patronat. Il nie volontairement les injustices criantes qui touchent les plus démunis, les plus précaires : les habitants des quartiers populaires, les personnes racisées, les personnes LGBTI, les femmes… Et il enjoint Emmanuel Macron à se méfier tout particulièrement de cette France qui « souffre », à « n’avoir point peur de la rue ».

La haine envers les classes populaires – et le mépris total de leur colère légitime – qui suinte au travers de chaque phrase ampoulée de Yann Moix est évidente. Cette lettre ouverte l’érige une nouvelle fois en chien de garde du capital, conseiller attitré des exploiteurs et des apprentis-Bonaparte. Le point d’orgue vient à la fin du texte, où le chroniqueur a le culot de s’ériger en rempart contre l’extrême-droite qui, selon ses mots, « sans conteste, est le pire des poisons ». Un paradoxe quand on connaît les liens ambigus que Yann Moix entretient avec la fachosphère, et alors que l’intégralité de sa tribune vise à dézinguer l’héritage et les acquis des luttes sociales, de l’extrême-gauche, de ce qu’il nomme la « folie rouge ».

Avec le mépris et le culot qui lui sont propres, Yann Moix termine son texte en affirmant que pour lui il n’y a « aucune symétrie entre l’extrême droite et l’extrême gauche » afin de mieux affirmer une ligne plus bas que « cette dernière a trop souvent fait montre de sa toxicité » et d’inviter le nouveau président à se montrer « ferme ». On ne peut que trop imaginer ce que signifie cette mise en garde, à l’heure où les partis traditionnels chassent sur le terrain de l’extrême-droite, où Marine Le Pen avait déjà promis de longue date de dissoudre les « groupuscules d’extrême-gauche » et où Emmanuel Macron est déjà en train d’attaquer frontalement le mouvement ouvrier organisé en réduisant drastiquement les prérogatives des syndicats et en explosant le Code du travail.

Mais si Yann Moix a vu juste sur un aspect de la situation, il s’agit bien de la colère qui gronde chez celles et ceux qui subissent déjà de plein fouet les attaques du patronat et des gouvernements successifs. Charge à notre camp social de lui donner raison, et de préparer une riposte à la hauteur des attaques que prépare le nouveau Président.

 

Léonie Piscator

 

 

Tag(s) : #JE LUTTE DES CLASSES

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