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Les Echos,  publié le 08 mars 2015

Deux économistes du FMI lient la hausse des inégalités de revenus à l'affaiblissement du pouvoir syndical.Ce recul des syndicats explique pour moitié la hausse des plus hauts revenus.

Le déclin de la syndicalisation dans les pays industrialisés serait l'une des explications de la hausse des inégalités de revenus. C'est ce qu'affirment, dans un article de la revue mensuelle du Fonds monétaire international (FMI), « Finance et Développement " de mars, deux économistes de l'institution. Florence Jaumotte et Carolina Osorio Buitron, membres du département de recherche, affirment à la lueur d'une analyse couvrant la période 1980-2010 dans les pays développés qu'une « plus faible syndicalisation est associée avec un accroissement de la part des revenus les plus élevés ». Selon l'OCDE, le taux de syndicalisation dans les principaux pays développés a reculé de 20,8 % en 1999 à 16,9 % en 2013. « Intuitivement, l'affaiblissement des syndicats réduit le pouvoir de négociation des salariés par rapport aux détenteurs du capital », ce qui conduit, de facto, à une élévation de la rémunération du capital. « De plus, la faiblesse des syndicats peut réduire l'influence des salariés sur les décisions managériales favorisant les postes les plus élevés, telles que l'ampleur et la structure des rémunérations des plus hauts dirigeants. » Or, les syndicats permettent d'abord de freiner les inégalités en assurant une « distribution des salaires » plus équitable et en faisant pression sur les autorités pour s'engager dans cette voie. Les deux auteurs évaluent qu'en moyenne le recul du taux de syndicalisation est responsable pour moitié de la hausse de 5 points de pourcentage des revenus des 10 % les plus riches.

Les deux chercheurs relèvent bien que certains économistes pointent les désavantages d'un trop grand pouvoir syndical. Pour ces détracteurs, la présence de « syndicats puissants » conjuguée avec l'instauration d'un « salaire minimum peut réduire les inégalités de salaire. Mais ces deux facteurs peuvent aussi conduire à un accroissement du taux de chômage par le maintien de salaires supérieurs à ce que le marché pourrait supporter », argumentent-ils. « Cette hypothèse ne résiste pas à l'étude empirique ", conduite dans les pays riches, rétorquent les deux économistes du FMI.

Corriger les excès

Cet affaiblissement syndical conduisant à la hausse des inégalités est-il un bienfait ou une malédiction pour la société ? La réponse « reste peu évidente ", concluent les deux auteurs. « L'accroissement des rémunérations des salariés les mieux payés peut refléter une hausse relative de leur productivité », observent-ils. Dans ce cas, le creusement des inégalités qui en résulte est plutôt justifié. En revanche, une hausse au-delà des gains de productivité est à proscrire. Surtout si elle permet aux plus riches de « manipuler le système politique et économique " de leur pays. Dans ce dernier cas, les pouvoirs publics se doivent de corriger les excès par des réformes de gouvernance des entreprises.

RICHARD HIAULT


 

Tag(s) : #JE LUTTE DES CLASSES

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