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Le samedi 21 septembre, l'Union départementale de la CGT organisait sa fête annuelle. A cette occasion s’est tenu un débat sur le thème: "Le FN, une imposture sociale", y participaient des personnalités politiques, dont le maire de Carpentras Francis Adolphe, syndicales et associatives.

Roger Martin y était invité en tant qu'écrivain, auteur de livres sur l'extrême droite et  aussi pour son action à la présidence du Sursaut, association qui mena à Carpentras la lutte contre Le FN. 

C'est donc à titre personnel que Roger Martin a fait, avec le talent d'orateur qu'on lui connaît, l'intervention  que Rouge Cerise reproduit ci-dessous.

 Est-il besoin de préciser qu'elle fut très chaleureusement applaudie?

 

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Chers amis, chers camarades,

 

Je voudrais avant tout autre chose remercier l’UD-CGT pour son invitation à participer à ce débat. Je n’y représente en effet aucun syndicat, même si je suis adhérent de la FSU, aucun parti politique, même si je suis, comme cela n’est pas un mystère, militant du Parti communiste.

Si je suis ici c’est parce que la CGT a estimé que président du Sursaut au plus fort de la lutte contre le FN qui suivit la venue de Le Pen à Carpentras le 11 novembre 1995, auteur de plusieurs ouvrages sur l’extrême-droite dont Main basse sur Orange, une ville à l’heure lepéniste, et candidat du Front de Gauche aux dernières législatives dans la 3ème circonscription, représentée aujourd’hui, hélas !, par Marion Maréchal Le Pen, j’avais quelque légitimité à parler du FN et des moyens de combattre ses théories.

Il y a beaucoup à dire, et le débat organisé permettra de le constater, mais je m’en tiendrai à deux conclusions issues de mon expérience militante.


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La première, essentielle, est de ne jamais séparer la question du FN de la question sociale. Nous devons expliquer, marteler, démontrer aux travailleurs, y compris et surtout aux plus exposés, aux plus précaires, auxquels l’extrême-droite jette en pâture des « immigrés » qui occuperaient leurs postes de travail, que le FN, malgré le ravalement de façade opéré par Marine Le Pen, est un parti entièrement acquis à l’économie libérale et aux lois du marché. D’ailleurs, à l’exception de quelques paragraphes démagogiquement ajoutés pour laisser croire à un certain protectionnisme et à la défense des ouvriers, le programme du FN est toujours celui qui a été élaboré il y a 40 ans par une grande figure de l’extrême-droite française passée au giscardisme puis à l’UMP, Gérard Longuet.

Pour démontrer, rien ne vaut des exemples. Pas besoin de partir très loin. Il suffit de suivre l’activité parlementaire de Marion Maréchal Le Pen ou de glaner sur son site, une pince à linge sur le nez. Ainsi, on se rendra compte du vide de ses propositions à l’Assemblée nationale, dont la plus retentissante jusqu’à maintenant est une loi reconnaissant le « génocide vendéen » ! Mieux, on découvrira des attaques fielleuses contre les salariés, fonctionnaires avant tout, et un jugement odieux à l’encontre des chômeurs. Le 28 août, voici ce que l’on pouvait lire en effet sur le site du FN 84  après l’annonce par la presse que sur 500 postes de vendangeurs proposés par Pôle Emploi, 300 n’avaient pas été pourvus : « Fut un temps où on devenait un homme lorsqu’on avait accompli ses obligations militaires (Pour le FN, la femme n’est pas l’avenir de l’Homme !) et surtout lorsque l’on gagnait enfin sa vie à la sueur de son front, quel que soit le montant du salaire (Même des clopinettes !). Une histoire d’honneur et de patriotisme… Après un demi-siècle de veulerie post-soixante-huitarde, ces notions d’honneur et de patriotisme ont fini par tomber en désuétude. La jouissance et le profit (Le FN confond les salariés de Ducros, de Liebig ou de la SEPR avec Depardieu, Tapie ou DSK) se sont substitués à l’honneur…Combien de chômeurs ont choisi délibérément de le devenir ou de le rester par confort, par fainéantise, par intérêt ? En tout cas par défaut d’honneur, de courage et de patriotisme parce que des générations de responsables ont mis en place un système d’assistanat économiquement mortifère … »

 Voilà ce que pense réellement des travailleurs et des chômeurs le FN, ce parti dont la moitié des candidats aux dernières élections affichaient pour profession « gérant de société », ce parti dont la députée de Vaucluse a pour père un homme d’affaires d’extrême-droite, mais très en vue en Côte d’Ivoire, dont le rôle essentiel est de faire coter en bourse en France des sociétés ivoiriennes, ce qui n’est bon ni pour les travailleurs ivoiriens ni pour les travailleurs français !

 Je crois fermement que c’est cet envers du décor qu’il faut dévoiler, pour exposer le double langage de ce parti qui, comme tous ceux de son genre dans l’Histoire, n’existe que pour servir de roue de rechange au capitalisme, et qu’un tract reprenant pareils propos et calomnies, distribué à la porte de Pôle Emploi ou d’une entreprise vaut largement autant que certaines manifestations ou déclarations de principe.

 Combattre le FN par la lutte sociale avant tout, donc !

 

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La deuxième conclusion semblera peut-être contradictoire à première vue mais ce n’est qu’apparence: la grande victoire du FN de Marine Le Pen, c’est de s’être démarqué d’une grande partie de l’outrance et de la violence qui accompagnaient le règne de son père. C’est vrai, les colleurs d’affiches FN ont reçu des consignes, on ne tue plus. Si l’on arbore des insignes nazis, si l’on salue à l’hitlérienne, on est exclu. Soit ! Le FN n’est pas l’Aube dorée de Grèce. Pourtant, les camarades et amis qui ont assisté lundi 16 au dernier conseil municipal à Orange ont pu vérifier que la violence ne demandait qu’à refaire surface. Fabienne Haloui , conseillère municipale communiste, privée de micro , s’élevant contre la suppression de plaques de rues au nom de Maurice Thorez et Jacques Duclos, s’est vue insulter durant toute son intervention. Quant au maire il a prétendu  faire expulser manu militari la conseillère municipale d’Europe-Ecologie Les Verts.!

 Aussi, je suis persuadé qu’il ne nous faut jamais négliger, dans nos tracts, nos interventions syndicales comme politiques, le rappel salutaire des CV des hommes qui cofondèrent le FN avec Le Pen. Ces gens qui osent accuser les chômeurs d’être des fainéants, alors que Le Pen lui-même n’a jamais exercé une véritable activité professionnelle, et qui n’ont que le mot de patriotisme à la bouche, semblent oublier que le FN a toujours été un parti anti-ouvrier dont sept co-fondateurs au moins ont porté l’uniforme de la Milice, du PPF ou de la SS !

À oublier l’Histoire, on se condamne à la revivre!

 

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À présent, chers amis, chers camarades, quitte à me faire quelques ennemis supplémentaires, je voudrais revenir sur une élection passée et dire quelques mots d’une élection future.

Comme la plupart d’entre vous le savent, il y a près d’un an et demi, j’ai été le candidat du Front de Gauche dans la 3ème circonscription de Vaucluse, y obtenant 8% des suffrages.

 À l’issue du 1er tour, dès le lundi, après concertation avec les chefs de file vauclusiens des partis composant le FdG, j’ai annoncé que j’appelais à barrer la route à Marion Maréchal Le Pen, ce qui impliquait le choix douloureux de soutenir Jean-Michel Ferrand, le candidat de l’UMP. Cette décision n’a pas été celle de l’autre représentante de la gauche. Une triangulaire a fait qu’à l’âge de 23 ans, la candidate FN, petite-fille de Jean-Marie Le Pen, est devenue députée.

 Il y avait au moins deux raisons essentielles à empêcher cette catastrophe : membre du FN, Marion Maréchal Le Pen campe sur les positions les plus extrêmes du mouvement, celles de Jean-Marie Le Pen soi-même. On en aura eu confirmation dans la rue où elle manifestait contre le mariage pour tous et contre l’avortement. Surtout, elle porte un nom symbolique. S’il ne fallait pas qu’une Le Pen fût élue à Hénin-Beaumont, pourquoi était-ce possible et acceptable à Carpentras !

 On m’a dit et répété alors que ça n’était pas si grave, qu’on ne la verrait pas du fait de ses études à Paris, qu’elle était trop jeune, incompétente…

 Un an et demi plus tard, la réalité se charge chaque jour de démentir cet optimisme. Elle occupe le terrain, assure ses permanences, minaude sous les caméras complaisantes des médias et, le papier ne refusant pas l’encre, elle est la coqueluche de la presse écrite. Elle cueille des fraises et va les vendre elle-même sous la caméra de LCP, on la croise sur les marchés, au bal des pompiers de Pernes, à la Sainte-Barbe de ceux de Velleron, où elle assiste en outre à l’ouverture d’une bibliothèque, elle inaugure le nouveau parc informatique des écoles de Courthézon et fin septembre elle baptisera la nouvelle permanence du FN à Bédarrides. Pire, elle ose remettre une gerbe lors de la commémoration du massacre de Barbarenque au Beausset, où 5 jeunes résistants furent assassinés par les SS! Mais ce n’est pas tout. Sa réserve parlementaire, ce sont les trente deniers qui symbolisèrent la trahison de celui qui les reçut, réévalués en euros. La presse annonce qu’elle a remis 20 000 € à Mazan, 7000 au Beaucet, 14000 à Courthézon… C’est légal, tous les députés agissent ainsi. Mais il y a là une stratégie politique de conquête. La presse s’en est fait l’écho : avec le soutien actif de la Ligue du sud, le FN prétend conquérir 15 communes dans le Vaucluse. Et d’énoncer: Cavaillon, Le Thor, Morières, Entraigues, Bédarrides, Sorgues. Et, naturellement, Carpentras,

 Eh bien, chers amis, chers camarades, parler du FN et des moyens de lutter contre lui et La Ligue du sud, c’est bien, et je suis convaincu de la nécessité des échanges comme celui qui va avoir lieu, mais empêcher que l’extrême-droite se nourrisse encore de municipalités qui lui permettraient de jouer sur le clientélisme qui règne à Orange par exemple, empêcher qu’on interdise aux anciens résistants de chanter Le Chant des Partisans, empêcher que le budget du social et du culturel soit amputé aux trois-quarts, empêcher que la toile ne s’étende sur tout le Vaucluse, c’est un objectif immédiat et urgent qui requiert une mobilisation sans faille.

 

 

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(Roger Martin et Francis Adolphe)

 

 Notre département compte 2 députés d’extrême-droite, 3 conseillers généraux d’extrême-droite, 3 maires d’extrême-droite. C’est assez ! C’est trop ! Il est temps d’inverser le courant et, avant tout à Carpentras où nous sommes!

 Je le dis haut et fort, la seule voie pour barrer la route au FN et à la Ligue du sud, à Carpentras, c’est l’unité, dès le premier tour des élections municipales. Peu importe que, comme il y a plus d’un an, certains m’accusent d’être « manipulé », peu importe que d’autres, ou les mêmes, disent que je suis « acheté ». Dès à présent, j’appelle tous celles et ceux qui ne veulent pas voir se répéter l’erreur criminelle qui permit à Bompard d’enlever la ville d’Orange par suite de la division à gauche, pas plus que celle de l’année passée, qui ne veulent pas voir l’extrême-droite grossir encore et s’implanter toujours davantage, à s’engager dans la bataille de Carpentras, et comme je n’ai pas l’habitude de me cacher derrière mon petit doigt, ce qui me serait d’ailleurs difficile, j’irai jusqu’au fond des choses : gardons à l’esprit ce qu’Aragon écrivait en 1943 dans La Rose et le réséda:

                    « Quand les blés sont sous la grêle

                       Fou qui fait le délicat

                       Fou qui songe à ses querelles

                       Au cœur du commun combat »

et jetons les bases sans tarder d’une liste de gauche sociale et écologique, solide et efficace, unie autour du maire actuel de Carpentras, Francis Adolphe.

 

Roger Martin

 

Tag(s) : #AGIR AVEC LE PCF
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