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Combien étions nous à Sarrians ce jeudi 1er août 2019 pour commémorer les événements tragiques qui s’y déroulèrent soixante-quinze ans plus tôt? Deux cents personnes ? Trois cents peut être? Difficile à dire,  en tous cas  il y avait beaucoup de monde et, pour la première fois depuis longtemps,  une délégation des J.C. (1) avait tenu à s'associer à la manifestation.

Un succès qui doit beaucoup à l'énorme travail de l’Association des Amis Antoine Diouf-Albin Durand. En associant la population du village à la recherche de témoignages et de documents, elle  lui a permis de se ré-approprier  son histoire et de rétablir la vérité:  non, ce ne sont pas des allemands qui ont odieusement torturés Diouf et Durand mais des fascistes français du  P.P.F. (2) dont certains étaient aussi membres de la Gestapo.

Parti de la mairie où fut chanté en coeur le Chant des Partisans, le cortège fit arrêt sur la place où se sont déroulés les événements du premier août 1944. Chants de  résistance, textes lus par les membres de l'association, distribution de tracts de l'époque permirent  une évocation vivante, partagée et exhaustive de la tragédie.

Waldeck Rochet  (3), le premier août 1945,  rendit le premier hommage à Antoine Diouf et Albin Durand  au nom du Parti Communiste Français. Depuis, tous les ans, un de nos camarades évoque  devant le monument aux morts,  le combat et les motivations de ces camarades, torturés à mort  et qui pourtant n'ont pas parlé...

Cette année, c’est devant une assemblée fournie que notre camarade Nicolas Sansu, maire de Virezon ,  a  prononcé , au nom de notre Parti, un très émouvant hommage à  Antoine Diouf et Albin Durand. Il a notamment souligné que leur action avait permis à des personnes d'opinions différentes de s'unir autour d'un programme progressiste "Les jours heureux" . Programme dont les réalisations et les valeurs sont aujourd'hui taillées  en pièces par le libéralisme . 

Par sa voix, notre Parti, celui des Fusillés, a réaffirmé la nécessité de lutter contre  les idées nauséabondes des descendants politiques des tortionnaires et d'oeuvrer pour la construction d' un monde qui mettra  enfin l’Humain d'abord.

Des commémorations ont également eu lieu   à Malaucène et Violès, villes où sévirent ce même jour les miliciens du P.P.F. avant de se rendre à Sarrians.

R.C.

(1) J.C. Jeunes Communistes

(2) P.P.F. Parti Populaire Français . Parti fasciste et collaborationniste, fondé par Jacques Doriot, actif de 1936 à 1945 et soutenu financièrement par le patronat

(3) Fondateur en 1937 du journal  La Terre destiné au monde agricole dont il sera longtemps le directeur. Député de la Seine, il succèdera à Maurice Thorez  comme Secrétaire Général du Parti, responsabilité qu'il exercera jusqu'en 1969.

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Discours au nom du Parti Communiste Français

de de NICOLAS SANSU

 

        "L'été 1944 est le théâtre de nombreux espoirs, mais aussi d'incommensurables atrocités. Mais la pièce est jouée, les troupes nazies n'ont d'autres choix que celui de la retraite, celui des futurs vaincus. Les troupes alliées avancent : le débarquement de Provence le 15 août doit permettre la Libération des villes et villages du sud de la France.

 

Le repli s'accompagne des pires exactions, assassinant résistants et civils, anéantissant les maquis, assouvissant le fanatisme jusqu'au comble de l'horreur. Les collabos portent en eux la marque invisible de l'infamie et l'ombre de la culpabilité. Certains ne peuvent tolérer l'existence d'hommes lumineux, qui les condamnent par leurs actes. Albin Durand et Antoine Diouf sont de ceux-là.

        

         C'est le premier août 1944, il y a 75 ans, ici, dans ce village de Sarrians, qu'Antoine et Albin seront assassinés. Trente ans auparavant exactement, les ordres de mobilisation étaient placardés en France, le lendemain de l'assassinat de Jean Jaurès, lui qui se vouait au pacifisme, à l'Humanité. Avec la Première guerre mondiale, le déclenchement d'une machine irréversible est acté, et elle balayera tout ce siècle.

 

La machine qui broie les cadavres, miliaires comme civils, sous des pluies d'acier,  celle qui construit la bombe nucléaire mais nie la destruction progressive de la Nature, celle qui noie femmes et hommes derrière des chiffres de profits. Albin et Antoine ont traversé la nuit de l'Occupation, c'est dans l'aube naissante de la Libération qu'ils connaîtront leur calvaire.

 

         Entre le début du mois de juin et la mi-août 1944, au moins 175 hommes et femmes meurent dans des conditions similaires dans le Vaucluse. Albin et Antoine, sarrianais d'adoption, connaissent un sort unique, tragique mais en tout point exemplaire et symbolique. Le sort de résistants qui portent une France nouvelle, où les femmes et hommes remplis de conviction et d'enthousiasme peuvent affirmer un désir d'égalité dans la liberté et le loisir, dans la protection sociale et la justice. Le programme du CNR, aujourd'hui lapidé sur l'autel du libéralisme, arborait cette dignité et cette intégrité.

Le Conseil national de la Résistance, ce regroupement de toutes les forces sociales et politiques qui avaient la République et ses valeurs en partage, car avant d’être gaulliste ou communiste, avant d’être CGTiste ou CFTCiste, chacune et chacun savait qu’il fallait sauver la France, son honneur, ses valeurs de Liberté, d’Egalité et de Fraternité.

 

         C’est pourquoi, je suis tout particulièrement honoré de pouvoir rendre ici hommage, au nom du Parti Communiste Français, mais aussi en tant que maire au nom de la République, à Albin et Antoine. Je ne peux pas ne pas percevoir la trop grande similitude de leurs destins avec celui de mon grand-père. Résistant, communiste et père, il est fusillé par des miliciens le 6 août 1944 dans mon département du Cher. Il laissera derrière lui une famille endeuillée, mais aussi des idéaux, grands, sans nul doute trop grands pour ceux qui ont rabaissé la France. Cette histoire aura pour le moins marqué ma famille, ma mère, et pour moi, qui n'ai jamais connu qu'une paix gagnée au prix du sang, réaliser cet hommage aujourd'hui me remplit de fierté et de respect.

 

         Le premier août 1944, sous la protection d'un détachement nazi et grâce à un réseau de collaborateurs locaux, des membres du Parti Populaire Français, parti fasciste et collaborationniste, laissent libre cours à leur barbarie durant toute la soirée et la nuit.

 

Les fascistes, coutumiers de tels événements, font en sorte d'instaurer une peur généralisée dans le village : la place et le café du Casino sont occupés, des habitants sont interrogés, violentés. Une fusillade est déclenchée, non sans victimes. Marcel Chassillan, Angelo Grieco, Mme Pomarès sont blessés. Paul Roux, venant  en aide au premier des blessés est impitoyablement abattu. Lucien Faraud, agent de liaison dans la Résistance, succombera des suites de ses blessures.

 

Cette opération vise le tissu résistant  du Vaucluse, dans lequel Albin Durand joue un rôle prépondérant, sans jamais nier la diversité des combattants de l’ombre, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas.

 

         Arrivé à Sarrians en 1929, Albin fait preuve de ses qualités indéniables aux habitants. Engagé, rempli de convictions et ancré dans la réalité, il porte les initiatives avec ferveur dans tous les domaines. Il trouvera en tant qu'homme politique la confiance de presque tous. C'est parce qu'il est sincère, sans détour, parce qu'il fait ce en quoi il croit. En 1936, à l'heure du Front Populaire, il se voue sans conteste au peuple : il est élu conseiller d'arrondissement, il fonde l'association des Sports Populaires Sarrianais, ouverte à toutes et tous. Lui-même sportif, il dépense son énergie sans compter, mais dans le plus grand des partages possible : il accouche de l'agriculture solidaire dans le département, à travers coopératives et syndicats. Sans repos, il lutte pour l'égalité et la diversité.

 

Né en 1895, il a connu la Grande Guerre, au sein de la Marine. Expérience marquante dans laquelle se forgeront un internationalisme et un pacifisme de la raison. Albin est un homme qui ne peut laisser les autres indifférents : d'abord Albine, sa femme, qui l'épaulera sans cesse, mais aussi Antoine.

 

Antoine Diouf, l'employé, l'ami, le camarade, le second homme de la famille. De 15 ans son cadet, Antoine partage l'enthousiasme d'Albin. Et cet enthousiasme, il ne le perdra pas pendant l'Occupation : il en fera une arme, plus sûre que le revolver, plus bruyante que le coup du canon. Antoine chante, et chante bien, dans les bals populaires interdits par le régime vichyste, il apporte l'espoir et la gaieté, là où l'on veut noyer le peuple sous les gravats gris de la douleur.

 

 Antoine respire la différence, le vécu, c'est un homme pétri par les expériences diverses de la vie. Pupille de la Protection catholique, il connaît l’Église ; engagé dans l'armée, il se hisse au rang de caporal ; ouvrier agricole, il vadrouille d'exploitation en exploitation jusqu'à trouver une famille d'adoption chez les Durand en 1938.

 

Avec Antoine, avec Albin :

Un homme est mort qui n’avait pour défense

Que ses bras ouverts à la vie

Un homme est mort qui n’avait d’autre route

Que celle où l’on hait les fusils

Un homme est mort qui continue la lutte

Contre la mort contre l’oubli

[Eluard, « Gabriel Péri »]

 

      

Albin et Antoine ne pouvaient renoncer à la défense des valeurs qui les animaient, à la défense d'une France qui ne s'agenouille pas devant le bourreau de la solidarité, l'assassin de la liberté. Le passage en Résistance se fait sans hésitation, là où chacun selon ses moyens apporte son aide. Antoine, fort de son passage par l'armée, forme ses camardes FTP. Albin combat, résiste, organise : il structure les réseaux de communication avec les maquis et les différentes branches de la Résistance.

En bon intelligence, il essaie d'unir les efforts d'individus aux différentes idées, religions, mœurs, nationalités. Il participe au Front National, le premier et le seul, celui qui mérite l'honneur d'un tel nom, celui qui a, au prix de son sang, fait la défense de la France.

 

La défense de la France, c’est aujourd’hui, 75 ans après, la défense de ce qui fait le pays des Lumières, de la Solidarité en direction des plus démunis à l’accueil de celles et ceux qui fuient les guerres et la famine, du combat pour un monde plus juste plus égalitaire à l’exigence d’un modèle de développement respectueux des hommes et de nos ressources naturelles, voilà ce que doit être la France de 2019 et ses valeurs universelles sans cesse rappelées. Ce sont ces valeurs qui inspiraient Albin Durand et Antoine Diouf.

 

La torture et la mort n'auront donc pas raison d'Antoine et Albin. «Mais toute ombre, en dernier lieu, est pourtant aussi fille de la lumière et seul celui qui a connu la clarté et les ténèbres, la guerre et la paix, la grandeur et la décadence a vraiment vécu » écrit Stefan Zweig [Le Monde d'hier] à la veille de la Seconde guerre mondiale. Albin et Antoine, assurément, vous avez vécu, avec force, avec grandeur, avec dignité. A nous donc d’être dignes de vous."

 

                                                                                                        

Quelques photos:

 

  • Devant la mairie: le Chant des Partisans

 

Sarrians 1er août 1944 - 1er août 2019
Sarrians 1er août 1944 - 1er août 2019
Sarrians 1er août 1944 - 1er août 2019
  • Sur la place, lecture de témoignages, chant "l'Estaco"par Stephan Manganelli, le public.
Sarrians 1er août 1944 - 1er août 2019
Sarrians 1er août 1944 - 1er août 2019
Sarrians 1er août 1944 - 1er août 2019
  • Au monument aux morts: Nicolas Sansu, Madame Anne-Marie Bardet maire de Sarrians, une partie de l'assistance.

 

Sarrians 1er août 1944 - 1er août 2019
Sarrians 1er août 1944 - 1er août 2019
Sarrians 1er août 1944 - 1er août 2019

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Commémoration du massacre de Barbarenque

Vendredi 2 août au Beaucet

Rendez-vous à 18H devant la stèle

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