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Je ne vais pas bouder le plaisir que j’ai pris à lire le texte de nos camarades momentanément égarés (pas de parano, c’est une private joke, c’est-à-dire un clin d’œil en français) du PRCF, « Défendre la langue française contre le Tout-Globish ». Contrairement à ce que pensent un certain nombre de communistes (et je ne parle pas des autres), une certaine défense de la langue n’est pas réactionnaire et l’argument selon laquelle la langue est vivante (certes) et peut évoluer (certes encore) est avant tout un argument de paresseux et de démagogues.

Car la question de fond, c’est de se demander ce que cache le bradage de la langue. À mes yeux, il est directement lié à la casse du patrimoine industriel, du secteur public, des aéroports, des barrages, de l’énergie, de l’école et de l’université. Et, évidemment, de la culture française, non dans ce qu’elle pourrait receler de franchouillard ou au contraire de snob, mais dans ce qui a fait son universalité.

Mais si , comme les initiateurs et les signataires de l’appel publié par Rouge Cerise, je m’exaspère en lisant enseignes et publicités en anglais (enfin, en charabia international, car mes amis américains continuent de trouver ridicule les « My Peugeot » et autres « My French Touch »), si voir qu’après le « Prime Time » déjà bien ancré, toutes les chaînes de télévision jargonnent dans cette même pseudo-langue me fait pousser du poil sur les dents, si, constater que l’Université a consacré « Master » là où Maîtrise convenait parfaitement, m’horripile, si entendre un candidat de Questions pour un champion répéter avec délectation le mot « Management » me donne envie d’acheter une Kalachnikov,  si , réduit au silence sur le fauteuil de mon dentiste, je l’entends m’expliquer le « process » qu’il va employer, je suis plus inquiet encore d’une invasion moins éclatante, beaucoup plus sournoise  et d’autant plus dangereuse.

Car il n’y a pas que les mots anglais anglais si j’ose dire. Ceux-là sont identifiables et on peut expliquer que stress, loin de simplifier, réduit. Car le mot a remplacé souci, inquiétude, anxiété, angoisse, tension, pression.  Que timing fait bien dans la bouche de nos commentateurs sportifs mais qu’il est beaucoup plus vague que minutage, emploi du temps, chronométrage, synchronisation, calendrier !

Non, le danger majuscule c’est l’anglicisme déguisé. On ne dit plus capable de mais en capacité de, chargé de mais en charge de, expressions directement calquées sur l’anglais et qui, au passage montrent la stupidité de ceux qui prétendent que l’anglais progresse parce qu’il est capable d’exprimer plus de choses en moins de mots !

Le danger, c’est de voir sensible remplacé par sensitive  (regardez vos tubes de dentifrice), glu devenir glue et expérience systématiquement remplacé par expertise. Le savoir d’un menuisier, il le tient de son apprentissage et de son expérience. Et l’expertise, laissons-la  aux spécialistes des accidents ménagers ou automobiles. Cessons aussi de considérer l’opportunisme comme une qualité. Il paraît que Zorglub est un joueur d’un « opportunisme éblouissant » ! Ah bon ? Pour moi, l’opportunisme je le laisse aux girouettes de la politique, les politiciens – au vrai sens du terme, péjoratif -, à ne pas confondre avec les hommes et femmes politiques.

Les grands médias de diffusion sont capables de populariser en quelques semaines des mots nouveaux, parfois utiles compte tenu des évolutions de la science, de la médecine,  mais surtout des anglicismes totalement superflus. On a eu le « live » au lieu du direct, on est convié aujourd’hui à assister à un événement en temps réel.

Certes, je ne suis pas très calé en sciences, ni en mathématiques, mais je voudrais qu’on m’explique ce qu’est le temps irréel et comment on disait avant que cette expression anglaise, in real time, ne nous envahisse ? Simultanément ? En direct ?

On pourrait multiplier les exemples.

Ce qui me chagrine, c’est lorsque ce sont les nôtres qui jargonnent en globish à longueur d’articles et de discours politiques. On est envahi par les « marqueurs », autrefois indices ou signes, une conscience peut être « samplée » (n’ayant pas compris, je ne propose pas de traduction). Et il y en a pour tous les goûts : pour certains intellectuels des pages débats de notre journal  tel ou tel  concept « fait sens » (anglicisme) et à d’autres on a fourgué, il y a quelques années déjà, cette expression prétendument peuple mais surtout débile Ça va pas le faire, autre américanisme. Depuis quelques mois, j’entends dire Ça va matcher (ou pas !).

Dans les salons littéraires, et dernièrement à la Fête de l’Huma, j’ai constaté que j’étais ringard et qu’on rigolait dans mon dos. Et alors ? À bientôt 70 ans, je ne vais pas me mettre une plume dans le cul et monter sur une table pour faire djeun’s ! Toutes les langues sont belles, et toutes sont dans le colimateur du capital. Pourquoi ne traduit-on plus systématiquement titres de livres et de films anglo-saxons ? On le fait pour les œuvres japonaises, chinoises, roumaines ou italiennes. Parce que nous sommes censés jaspiner la langue de Thatcher à défaut de celle de Shakespeare ! Pourquoi faudrait-il que le monde entier passe sous les fourches caudines de l’anglais, ou, plus exactement d’un ersatz d’anglais ?

Quand j’étais jeune, le Yé-Yé triomphait : les vedettes (devrais-je écrire stars ?) françaises s’appelaient Johnny, Eddy, Dick, Lucky...

Le ridicule ne tue pas, ce qui était censé donner une image de durs aurait bien fait rigoler les Anglo-Saxons s’ils avaient connu l’existence de nos gloires nationales. 

Ben oui, Johnny Halliday, c’était Jeannot (presque) vacances,  Eddy, Édouard. Quant à Dick (diminutif de Richard),  seuls les toutous et Richard Nixon s’appelaient  encore comme ça ! Enfin, pas tout à fait, après avoir signifié un gars, le mot était devenu l’un des 150 qui servait à désigner un membre viril en argot!

Bon, ne soyons pas trop sectaire. Une petite concession pour en terminer à Madame Lagarde qui exigeait de ses collaborateurs qu’ils parlent anglais dans les réunions de travail :

GLOBISH GO HOME !

 

Tag(s) : #TRIBUNE LIBRE, #SE FORMER - COMPRENDRE

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